Encore un peu de sursis pour Patrick Devedjian. Le président du conseil général des Hauts-de-Seine pouvait s'attendre à une séance publique houleuse, vendredi 29 juin, après la violence des coups échangés ces derniers jours avec sa propre majorité. Mais devant le public, la presse, et le préfet, exceptionnellement présent, le tumulte a laissé place à un calme tout relatif.

La publication, à la mi-juin, du livre Le Monarque, son fils, son fief, brûlot signé Marie-Célie Guillaume, directrice de cabinet de Patrick Devedjian, a provoqué un nouveau psychodrame dans les Hauts-de-Seine, département habitué aux coups tordus en tous genres. L'ouvrage, écrit à la manière d'une fable, n'est pas tendre avec les protagonistes : le "Monarque" (Nicolas Sarkozy), le "Dauphin" (Jean Sarkozy), les "Thénardier" (Isabelle et Patrick Balkany), ainsi que d'autres figures de la "Principauté" (le département) y sont décrits comme des individus cyniques et sans morale.

Devedjian contesté pour son "fonctionnement solitaire et méprisant"

L'esclandre a été tel que Patrick Devedjian a été obligé d'engager une procédure de licenciement à l'encontre de sa fidèle collaboratrice. Suffisamment pour apaiser la fronde de sa majorité ? Une semaine après avoir voté une motion de défiance contre le président du conseil général, les élus UMP n'ont pas voulu étaler leurs divisions en public vendredi. "Tous nos collègues ont pris place sur les bancs", a fait observer Denis Larghero, président par intérim du groupe UMP à l'assemblée départementale. Les frondeurs n'ont donc pas pratiqué la politique de la chaise vide, ni mis Patrick Devedjian en difficulté.

Mais en coulisses, on s'active déjà pour la suite. Les élus de droite, qui en 2011 ont reconduit le député d'Antony à la tête du département sous la pression de Nicolas Sarkozy, ne rêvent que de le voir chuter. L'élection d'un nouveau président de groupe est prévue la semaine prochaine. Le maire de Saint-Cloud, Eric Berdoati, l'un des principaux détracteurs de Patrick Devedjian, s'est déclaré pour le poste. Objectif : instaurer un nouveau rapport de force entre le patron du département et les élus de la majorité, dont certains dénoncent son "fonctionnement solitaire et méprisant".

"Laver son linge sale en famille"

Derrière cette agitation, Jean Sarkozy, qui a vu dans le livre de Marie-Célie Guillaume un "coup de poignard", tente de rester discret. Fuyant la presse, il s'attarde finalement quelques minutes pour soutenir qu'il ne cherche pas l'affrontement avec Patrick Devedjian. Mais aussi pour le mettre en garde. "On n'insulte pas les gens. Ce n'est pas ma culture, ce ne sont pas mes méthodes. Nous attendons maintenant des actes", affirme le fils de l'ancien chef de l'Etat. Sans plus de précisions.

En fait, la majorité départementale va "laver son linge sale en famille", promettent plusieurs élus. D'ici à 2014, année du prochain renouvellement, il paraît peu probable que les frondeurs aillent jusqu'à obliger Patrick Devedjian à démissionner. "Personne n'y a intérêt, ils occupent tous un poste de vice-président", ricane-t-on dans les rangs de l'opposition de gauche.

De son côté, Patrick Devedjian s'emploie à faire bonne figure. "Je ne connais pas un seul parti qui n'ait pas de turbulences", a-t-il répondu aux socialistes qui l'ont interpellé publiquement dès le début de la séance. "Surtout quand on a perdu", a-t-il malicieusement ajouté. Comme pour rejeter sur Nicolas Sarkozy la responsabilité de la situation délétère qui règne sur son ancien fief. Les règlements de compte ont encore de beaux jours devant eux dans la Principauté.