Climat tendu dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. Jean-Luc Mélenchon, qui se présente face à Marine Le Pen, a dénoncé mardi 29 mai un tract anonyme distribué par des proches du FN qualifiés par le leader du Front de gauche de "crétins". Ces derniers ont porté plainte pour "séquestration", le suppléant de Mélenchon pour infraction au Code électoral. Que s'est-il passé ?

Côté Front de gauche : une plainte déposée contre X 

• Un faux tract sème le trouble

Mardi, des militants du Front de gauche mènent une opération de porte-à-porte à Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais). Ils constatent que des tracts anonymes reproduisant une photo de Jean-Luc Mélenchon, candidat dans la circonscription face à Marine Le Pen, sont distribués. On y lit une citation extraite d'un discours tenu à Marseille le 14 avril : "Il n'y a pas d'avenir pour la France sans les Arabes et les Berbères du Maghreb." Ainsi qu'un "Votons Mélenchon" en français et en arabe.

Selon Hervé Poly (PCF), suppléant de Jean-Luc Mélenchon dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais, la personne qui distribuait ces tracts s'est présentée comme un militant du FN.

• Une camionette du FN immobilisée

Des militants du PCF empêchent la camionnette qui aurait servi à transporter les tracts de quitter les lieux. Dans le véhicule, immatriculé dans les Hauts-de-Seine, une pancarte visible à travers le pare-brise comporte un nom, un numéro de téléphone et la mention "DPS", pour "Département protection sécurité", le service d'ordre du FN, raconte Hervé Poly.

Ce dernier dépose plainte contre X. Il estime qu'il y a infraction au Code électoral. "Marine Le Pen essaie de renverser une tendance (...), elle sait qu'elle va perdre et donc elle emploie des méthodes de l'extrême droite", "des méthodes de lâche", dénonce-t-il.

Côté Front national : une plainte pour tentative de séquestration

•  le FN se félicite de l'initiative

Marine Le Pen "assume totalement". Interrogée sur le plateau du Grand journal de Canal + pour savoir si le document provenait de son camp, la présidente du parti d'extrême droite a répondu: "bien sûr, nous allions d'ailleurs faire un communiqué pour expliquer ce coup de communication politique, mais les nervis de M. Mélenchon ont attaqué un camion (de militants) parce qu'ils ne connaissent que la violence", a-t-elle répondu assurant que le procédé n'était "pas déloyal".

A l'AFP, Bruno Bilde, directeur de campagne de Marine Le Pen, avait déjà expliqué que le FN s'était félicité d'une initiative "individuelle". Lui estime que ce tract n'est "ni injurieux", "ni diffamatoire". "Je ne vois pas quel est le motif de la plainte, à moins que M. Mélenchon renie le discours 'immigrationniste' de Marseille", ajoute-t-il. "C'est une initiative qui permet de mettre M. Mélenchon devant ses responsabilités" et "va permettre d'engager le débat", juge-t-il.

D'ailleurs, le FN a été consulté avant l'impression et la distribution du tract, mais il ne l'a pas financé, assure Bruno Bilde.

• Trois personnes portent plainte pour "tentative de séquestration"

Mardi, trois personnes qui distribuaient ces tracts ont déposé plainte contre X pour "tentative de séquestration". Elles accusent des militants du Front de gauche de les avoir empêchées de partir. Une autre plainte pour "dégradations" a été déposée car les pneus du véhicule d'un des militants ont été crevés, selon Bruno Bilde.

En meeting de soutien à deux candidats dans l'Essonne le soir même, Jean-Luc Mélenchon a lancé : "Les communistes ont réussi à coincer trois salopards, qui distribuaient anonymement, les crétins, en plein jour, un tract avec ma photo."

"Mais comme ils sont bêtes, ils ne savent pas que l'arabe se lit à l'envers", et ont donc écrit "Votons Mélenchon" dans le mauvais sens, s'est-il moqué. Selon lui, ce tract ne visait qu'à "exciter les gens les uns contre les autres".