Caroline Fourest dénonce un climat de "quasi-guerre civile"

La journaliste a été prise à partie par plusieurs centaines d'opposants au mariage pour tous, samedi, entre Paris et Nantes. Elle revient sur ces évenements dans une tribune publiée dimanche par Le Huffington Post.

La journaliste Caroline Fourest à la Maison de la radio, le 22 mars 2013 à Paris.
La journaliste Caroline Fourest à la Maison de la radio, le 22 mars 2013 à Paris. (MAXPPP)

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"Je sais bien qu'à force d'enquêtes sur les réseaux intégristes et ultranationalistes, je ne suis pas leur journaliste préférée. J'en suis même flattée." Caroline Fourest revient sur une journée agitée, dans une tribune publiée sur le Huffington Post, dimanche 14 avril, intitulée "Les homophobes sont allés trop loin à Nantes".

La veille, la journaliste a passé la journée à jouer au chat et à la souris avec des militants opposés au mariage pour tous, entre Paris et Nantes (Loire-Atlantique). La police a dû intervenir à plusieurs reprises pour la protéger, alors qu'elle était prise à partie par plusieurs centaines de manifestants.

Une "dérive" vers "l'extrême droite"

Connue pour ses enquêtes sur les milieux nationalistes et intégristes, Caroline Fourest suscite de profondes inimitiés. Dans sa tribune, elle dénonce toutefois un "excès" qui "dépasse de loin le cadre d'un acharnement personnel. Il est politique et révélateur d'un climat plus inquiétant, signant la dérive du champ idéologique vers l'extrême droite... la plus décomplexée." Un peu plus loin, la journaliste dénonce un climat délétère et radical. "En venir à harceler, huer, injurier et à se mettre dans de tels états parce que quelques couples vont pouvoir se marier et sécuriser juridiquement leurs enfants, ce n'est pas normal."

Elle s'interroge également sur "l'attitude de la droite républicaine, étrangement passive, voire complaisante" envers "les appels à la guerre civile venant d'une extrême droite qui rêve visiblement de rejouer le 6 février 1934, jour où les ligues fascistes ont tenté de renverser la République". Sur France Info, Caroline Fourest décrit cette stratégie de radicalisation, expliquant que les opposants au mariage des homosexuels "ont visiblement décidé de créer un climat de quasi-guerre civile parce qu'ils n'acceptent tout simplement pas que le projet pour le mariage pour tous soit voté par une majorité parlementaire élue".

Quelque 450 militants rassemblés en début d'après-midi

Pour comprendre ces déclarations, retour sur les événements de samedi. Caroline Fourest doit animer un débat sur l'islam à Nantes, dans le cadre des journées du Nouvel Observateur. Attendue par une centaine de manifestants, elle doit quitter la gare en courant, sous la protection d'un cordon policier.



Un peu plus tard, en début d'après-midi, environ 450 militants anti-mariage pour tous se rassemblent devant la Cité des congrès, où ont lieu les journées. Quelque 70 personnes, âgées de 20 à 25 ans, tentent alors de forcer le barrage de CRS pour pénétrer dans le bâtiment. Après des jets de pierres, un tir de gaz lacrymogène et des jets de yaourt, une dizaine de militants accèdent à la salle de conférence où la journaliste anime un débat. Ils y restent une dizaine de minutes, avant d'être évacués par le service de sécurité.



Le TGV pour Paris retardé d'une quarantaine de minutes

Rebelote au retour, puisque 200 militants attendent Caroline Fourest à la gare de Nantes, selon la police. Des manifestants s'allongent alors sur le ballast. Le train à destination de Paris est retardé d'une quarantaine de minutes. "J'ai dû avancer jusqu'au train avec les policiers, en mode 'tortue' dans les couloirs, avec des manifestants qui allaient au contact", explique Caroline Fourest à France Info.

A son arrivée à Paris, la journaliste est de nouveau accueillie sous les huées par 200 manifestants. Elle quitte les lieux encadrée par la police. "Ils arrivaient à pousser les CRS, malgré un déploiement policier important. Il y avait un curé en soutane qui brandissait un immense drapeau français", raconte Caroline Fourest. Un témoin de la scène a posté un cliché sur Twitter.

Alexandre Gabriac, leader des Jeunesses nationalistes, un mouvement d'extrême droite, se félicite des événements sur Twitter.