Camps de Roms démantelés : Hollande dans la droite ligne de Sarkozy ?

Trois mois après l'élection du candidat socialiste, les actions pour déloger les Roms se multiplient. Sous Sarkozy, elles provoquaient pourtant l'indignation générale de la gauche.

Des policiers procèdent au démantèlement d'un camp de Roms près de Lille (Nord), le 9 août 2012.
Des policiers procèdent au démantèlement d'un camp de Roms près de Lille (Nord), le 9 août 2012. (PATRICK DELCROIX / LA VOIX DU NORD / MAXPPP)
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POLITIQUE - 200 Roms délogés près de Lille (Nord) et 240 autres renvoyés en Roumanie par un charter au départ de Lyon, jeudi 9 août, 160 Roms expulsés de la porte d'Aubervilliers à Paris, mercredi 8, une centaine à Villeurbanne (Rhône) mardi 7, 300 familles à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) le 26 juillet et une centaine de personnes à La Tronche (Isère) le même jour... Sur le sujet épineux des campements illégaux de Roms, l'élection de François Hollande le 6 mai n'a, semble-t-il, pas changé grand-chose.

C'est en tout cas ce que constatent les associations d'aide aux migrants, qui voient les démantèlements de camps se multiplier pendant l'été. "Les engagements de François Hollande avaient fondé de grands espoirs au sein de l'ensemble des associations et des intéressés eux-mêmes, qui attendaient un vrai changement de politique", écrivent dans un récent communiqué plusieurs associations. Elles regrettent que "les pratiques actuelles ne sont conformes en rien aux engagements du président de la République".

Quand la gauche dénonçait la chasse aux Roms

"On ne peut pas continuer à accepter que des familles soient chassées d'un endroit sans solution. Cela les conduit à s'installer ailleurs, dans des conditions qui ne sont pas meilleures", assurait en effet François Hollande le 27 mars, laissant entendre qu'il ne suivrait pas la même politique que Nicolas Sarkozy. A partir de l'été 2010, l'ancien chef de l'Etat avait en effet suscité une vive polémique en visant "le démantèlement de tous les camps illégaux".

Des policiers procèdent à des contrôles d'identité pendant l'évacuation de 80 Roms dans un camp de Lyon (Rhône), le 9 juillet 2012.
Des policiers procèdent à des contrôles d'identité pendant l'évacuation de 80 Roms dans un camp de Lyon (Rhône), le 9 juillet 2012. (ALEXANDRE ROTH-GRISARD / MAXPPP)

La première secrétaire du PS, Martine Aubry, avait alors qualifié d'"indignes" les mesures prises par le gouvernement Fillon pour raccompagner les Roms dans leur pays d'origine. "Moi, ça me fait vraiment mal, c'est insupportable de voir ça sur notre territoire", ajoutait-elle en août 2010, précisant qu'elle avait demandé au préfet du Nord d'arrêter les expulsions sur les terrains qui dépendaient de la métropole lilloise. "Occuper illégalement un terrain ne constitue pas un trouble suffisant à l'ordre public pour entraîner une expulsion du territoire", estimait-elle.

Au même moment, comme l'expliquait le site du Nouvel Observateur, les Verts appelaient "tous les citoyens à s'opposer à ces expulsions de la honte, où on sépare les hommes des femmes et des enfants, ce qui ne manque pas de rappeler les plus sombres moments de notre histoire""Nous ne sommes plus dans la lepénisation des esprits, mais dans la mise en acte d'une politique d'extrême droite", déplorait le parti de l'actuelle ministre du Logement, Cécile Duflot.

Les associations "très déçues"

Des déclarations qui, aujourd'hui, conduisent les associations d'aide aux migrants à se sentir trahies. "On constate une continuité exacte de ce que nous dénonçons depuis des années, c'est-à-dire des expulsions sèches, qui interviennent pendant les vacances, en catimini, sans concertation ni accompagnement... Nous sommes très déçus, déplore l'animateur du collectif Romeurope, Malik Salemkour, dans un entretien à FTVi.

Et celui qui est aussi vice-président de la Ligue des droits de l'homme de conclure, amer : "Dans la forme, on n'a pas les mêmes discours haineux que nous avons eu à dénoncer ces dernières années. Mais sur le terrain, c'est la même politique d'expulsion qui est menée, avec la même brutalité."