Sur le papier, c'est le siège de droite le plus menacé de France métropolitaine. Le 6 mai, la circonscription de Jean-Christophe Lagarde, numéro deux du Nouveau Centre, en plein cœur de la Seine-Saint-Denis, n'a pas fait exception dans le département : François Hollande y a battu Nicolas Sarkozy à plates coutures, avec 66,4% des voix au second tour de la présidentielle. Au premier, Nicolas Sarkozy, pourtant soutenu par le député sortant, n'y a réalisé que 17,93%, un petit point seulement devant Jean-Luc Mélenchon.

Malgré ces chiffres très défavorables, Jean-Christophe Lagarde reste confiant quant à sa réélection sur cette ancienne terre communiste (Bobigny, Drancy, Le Bourget) dont il s'est emparé en 2002. "Les électeurs savent bien faire la différence entre les scrutins. Les législatives, ce sont 577 élections locales", tranche-t-il. Faire de ce scrutin un enjeu local et non national, telle est donc la stratégie choisie par Jean-Christophe Lagarde, l'enfant du pays, qui enchaîne les succès électoraux dans sa ville de Drancy depuis les municipales de 2001.

"Il a fait beaucoup pour transformer la ville"

Vendredi 25 mai, sur le marché, c'est le maire, davantage que le candidat, qui distribue ses tracts. Madeleine, 65 ans, qui se présente comme une femme "de gauche", reconnaît que le centriste "a fait beaucoup pour transformer la ville". Elle votera pour lui aux législatives, un peu gênée tout de même de ne pas aider François Hollande, pour qui elle a voté à la présidentielle.

Aux habitants qui le saluent, Jean-Christophe Lagarde, vêtu de la veste jaune pâle qui lui a porté chance en 2001 et 2002, ne tient pas de grands discours sur la politique nationale. Il écoute patiemment, un par un, des gens se plaindre de leur logement social ou de problèmes de voirie. L'opposition l'accuse d'ailleurs de mener une campagne "très municipale" afin de faire oublier son appartenance à la majorité sortante.

Malgré sa position de président exécutif du Nouveau Centre et l'investiture officielle de l'UMP, les logos des deux partis sont invisibles sur ses affiches et ses tracts de campagne. "Ça a toujours été le cas, se défend-il, même en 2007 après la victoire de Nicolas Sarkozy." Une législative qu'il avait alors remportée face au candidat communiste Abdel Sadi, adjoint au maire de Bobigny, qui se représente cette année, avec près de 60% des voix. Et ce malgré le score important de Ségolène Royal (58%) dans la circonscription au second tour de la présidentielle.

"Le score de Hollande, c'est Jean-Christophe qui va le faire !"

"Vous verrez, le score de Hollande, c'est Jean-Christophe qui va le faire, comme en 2007 avec Royal !", prédit l'un de ses soutiens. En tout cas, la gauche n'a pas décidé de faire bloc pour reconquérir ce siège. Front de gauche, EELV et PS présentent chacun des candidats, auxquels il faut ajouter un dissident socialiste et, bien sûr, l'extrême gauche. La candidate du PS, Milouda Latrèche, a été parachutée dans la circonscription après avoir échoué à être investie sur ses terres, à Mantes-la-Jolie (Yvelines), à plus de 60 km de là. Difficile de faire le poids face à un adversaire aussi implanté que Jean-Christophe Lagarde.

A gauche, on souligne que François Hollande a amélioré de 8 points le résultat de Ségolène Royal en 2007. Cette dynamique suffira-t-elle ? C'est ce que veut croire Abdel Sadi, qui critique le "clientélisme" de Jean-Christophe Lagarde. "Le climat se tend dans cette campagne", affirme par ailleurs le candidat communiste, qui se plaint de conflits avec des militants du camp opposé. "A Drancy, toutes les affiches collées sur les panneaux officiels sont arrachés en moins d'une demi-heure", accuse-t-il. Sur l'issue du scrutin, Abdel Sadi ne tire pas de plans sur la comète. Il sait que "les gens votent aussi pour des personnes". Et qu'il a face à lui un député sortant redoutable.