"Nous tuerons l'un des otages français" : la menace de Ben Laden avant la présidentielle de 2012

Les services de renseignement américains ont publié, mardi, une centaine de documents découverts dans la cache de l'ex-chef d'Al-Qaïda.

Capture d'écran d'une vidéo diffusée, le 3 novembre 2001, par Al-Jazeera, dans laquelle Oussama Ben Laden s'en prend à l'ONU.
Capture d'écran d'une vidéo diffusée, le 3 novembre 2001, par Al-Jazeera, dans laquelle Oussama Ben Laden s'en prend à l'ONU. (AL-JAZEERA / AFP)
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Il considérait la France comme la "tête de l'Europe" et voulait la cibler. Le chef d'Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, a suggéré de faire tuer un otage français en Afrique "une semaine avant l'élection présidentielle" de 2012, selon un document déclassifié (en arabe et en anglais) publié, mardi 1er mars, par les autorités américaines.

Dans cette lettre adressée à un "frère" de son organisation peu avant sa mort en 2011, le leader jihadiste présente un "plan de négociations" concernant les cinq Français enlevés, en septembre 2010, à Arlit, au Niger. Il demande d'abord d'"épargner" les otages, pour s'en servir à des fins de propagande. Parmi eux, une femme, Françoise Larribe, qu'il "faudrait échanger contre une rançon, car détenir des femmes est étrange". Montant exigé : cinq millions d'euros.

Tuer un otage pour "faire pression" sur Sarkozy

Quant à la libération des quatre hommes, il la conditionne à un "départ immédiat" de la France d'Afghanistan ou à un "arrêt des opérations de combat" sur place. "Si Sarkozy continue de refuser à négocier, alors, une semaine avant l'élection présidentielle, nous tuerons un des hommes, celui au rang le moins élevé dans sa compagnie", écrit-il.

Selon Oussama Ben Laden, une telle exécution "pourrait faire pression" sur le chef de l'Etat français en vue d'un retrait d'Afghanistan contre une libération des autres otages. "Il perdra alors l'élection", prédit le chef d'Al-Qaïda. Finalement, Nicolas Sarkozy a annoncé, début 2012, un retrait des troupes françaises, et tous les otages ont été libérés en vie, fin 2013.

Les ambassades françaises désignées comme cibles

Dans cette même lettre, Oussama Ben Laden appelle les membres d'Al-Qaïda au Maghreb islamique et en Somalie à considérer la France comme une cible prioritaire. "Toute action qui ne pourra pas être dirigée contre des Américains devra l'être contre la France, actuellement tête de l'Europe", écrit-il, visant notamment "les ambassades, les ambassadeurs et les intérêts commerciaux" français.

Cette lettre déclassifiée fait partie des nombreux documents découverts, en 2011, au Pakistan, dans la cache d'Oussama Ben Laden, lors de l'assaut durant lequel il a été tué. Une centaine d'entre eux ont été publiés, mardi, après une première vague d'une centaine de fichiers diffusée en 2015.

Le testament de Ben Laden dévoilé

On y découvre également qu'Oussama Ben Laden a demandé, avant sa mort, à ce que la plus grande partie des 29 millions de dollars (27 millions d'euros) lui appartenant au Soudan soient dépensés "pour le jihad, au nom d'Allah", selon un document présenté comme son testament (en arabe et en anglais).

Dans cette lettre au destinataire inconnu, le responsable jihadiste dit aussi vouloir léguer plusieurs centaines de milliers de dollars à deux membres d'Al-Qaïda avec lesquels il a collaboré. D'autres sommes devaient aller à sa famille proche. Ce testament daterait de la fin des années 1990, après le départ forcé du jihadiste du Soudan, où il a vécu pendant cinq ans. 

Par ailleurs, dans une lettre datée de 2008 (lien en anglais), Oussama Ben Laden demande notamment à son père de prendre soin de sa femme et de ses enfants s'il venait à mourir avant lui.

Les inquiétudes sécuritaires du chef d'Al-Qaïda

En 2011, quelques mois avant d'être tué, le chef jihadiste écrit (lien en anglais) à l'une de ses femmes, qui vient de recevoir un plombage dentaire en Iran, et la met en garde. Il redoute l'éventuelle implantation d'un mouchard électronique lors de l'opération, qui pourrait permettre à des espions de la suivre. Il demande aussi à sa femme d'apprendre l'ourdou et le pachto avant de le rejoindre. "C'est extrêmement important, pour des raisons de sécurité", écrit-il.

Dans une autre lettre adressée à des membres d'Al-Qaïda s'apprêtant à libérer un otage afghan, Oussama Ben Laden s'inquiète d'un possible piège lors de la remise de rançon. "Il est important de se débarrasser de la mallette dans laquelle les fonds sont remis, car une puce de traçage pourrait y avoir été placée", prévient-il.