Rire, larmes et rock... A l'Olympia, les Eagles of Death Metal redonnent des ailes aux victimes des attentats

Le groupe américain a "terminé" son concert du Bataclan, mardi soir, dans une salle pleine. Si les rescapés des attentats du 13 novembre ont été rassurés par la sécurité, l'épreuve a tout de même été difficile. 

Les Eagles of Death Metal sur la scène de l'Olympia, le 16 février 2016 à Paris.
Les Eagles of Death Metal sur la scène de l'Olympia, le 16 février 2016 à Paris. (MAXPPP)
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"Il est 5 heures... Paris, s'éveille... Paris, s'éveille..." Dans la mythique salle de l'Olympia, mardi 16 février, il est en réalité un peu plus de 21 heures, quand les paroles de la chanson de Jacques Dutronc retentissent dans les enceintes. La scène, où les instruments attendent leurs musiciens, est encore plongée dans l'obscurité.

Jesse Hughes, le chanteur vedette des Eagles of Death Metal, arrive d'un pas déterminé, une cape sur le dos, et une lampe de poche à la main. Face à lui, une clameur comme aucune autre. Des hurlements, des applaudissements, des sourires, des larmes, de la joie. De la fosse au balcon, ça saute, ça chante, ça danse.

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Trois mois et trois jours après les attentats de Paris, les "EODM" ont décidé de "terminer" leur concert du Bataclan, pour tourner une page. Dans la salle, 900 rescapés du 13 novembre sont là, pour une soirée très spéciale. Matthew, un Américain fan du groupe, est de ceux-là. "J'aurai vécu deux concerts historiques, celui du 13 novembre et celui de ce soir", glisse-t-il.

"Faire la fête jusqu'au bout de la nuit"

Tee-shirt à l'effigie des Eagles of Death Metal, jean noir et bracelets en cuir, Alexis grille une cigarette devant la plus célèbre façade du boulevard des Capucines, et ses lettres rouges lumineuses qui annoncent le groupe du soir. La veille encore, Alexis n'était pas bien sûr d'être là. "Si j'y vais, j'irai pour affronter ma peur", confiait-il. Le jeune homme s'est décidé. Il est bien là, plus détendu et plus serein.

Je suis allé chez mes parents pour récupérer mes vêtements, ceux que je portais le 13 novembre, ils ont alors compris que j'avais pris ma décision et que j'allais au concert.

Alexis, un rescapé du Bataclan

à francetv info

"Je compte bien faire la fête jusqu'au bout de la nuit après avoir passé trois mois sans concert, cloîtré", ajoute-t-il. Il n'est pas question que les terroristes lui volent ce qu'il aime le plus, la musique et les concerts.

Avant de faire la fête, il y a les barrières de sécurité à passer. Quatre fouilles, les billets, les cartes d'identité, les sacs. Depuis le début de l'après-midi, le quartier est entièrement bouclé, et la circulation interdite aux voitures comme aux piétons. Deux barrages sont contrôlés par la police, les deux autres par la sécurité de l'Olympia. Jeremy, un jeune journaliste présent au Bataclan le soir du drame, partage sur son compte Twitter ses impressions : "Le dispositif policier avant d'entrer dans le quartier de l'Olympia est juste dingue, plus anxiogène qu'autre chose, en vrai."

Un barrage de sécurité à proximité de l'Olympia, avant le concert des Eagles of Death Metal, le 16 février 2016.
Un barrage de sécurité à proximité de l'Olympia, avant le concert des Eagles of Death Metal, le 16 février 2016. (MAXPPP)

En attendant le premier contrôle, Audrey trouve, au contraire, "rassurant le fait de voir toute cette sécurité". La jeune femme brune est revenue avec son compagnon voir les Eagles of Death Metal, davantage par "obligation", confie-t-elle. Le couple a déjà assisté à d'autres concerts depuis le 13 novembre. Main dans la main, ils prennent un selfie devant la mythique façade.

Je voulais tester ma réaction pour ce soir. Je sais que je la maîtrise. C'est celle des autres que j'appréhende maintenant.

Audrey, rescapée du Bataclan

à francetv info

Et puis finalement, une fois dans le hall de la salle, tout est normal. Presque, banal. Le groupe White Miles, assure, comme le 13 novembre, la première partie du concert. On boit des pintes de bière, on parle, on rit. Mais parmi les spectateurs, à mesure que la foule grossit, arrivent de nombreuses personnes en béquilles. Un carnet ou un téléphone à la main, des dizaines de journalistes déambulent et prennent le pouls de cette soirée. On trouve aussi des psychologues, un badge distinctif accroché à la poitrine, qui zigzaguent entre les spectateurs, prêts à leur parler, si certains en ressentaient le besoin.

"C'était très difficile, mais j'y suis arrivé"

Les dernières notes de Paris s'éveille s'achèvent, les Eagles of Death Metal démarrent ce concert tant attendu. Le groupe ne lâche pas un mot et entame I Only Want You avant de s'interrompre pour observer une minute de silence à la demande de Jesse Hughes. Un recueillement à peine perturbé par un traditionnel "à poil" lancé par un spectateur, repris de volée par un cinglant "ta gueule" qui calme ses ardeurs.

Puis le groupe repart dans ses riffs endiablés. La clameur reprend de plus belle. Pour Benjamin, c'est trop dur. Comme bien d'autres spectateurs, le jeune homme ne peut contenir ses larmes. 

Je suis venu ici, pas parce que ça me fait plaisir, mais parce qu'il le fallait, comme un enterrement. J'ai perdu des gens proches au Bataclan...

Benjamin, proche de victimes du Bataclan

à francetv info

Sur scène, le groupe continue de dérouler ses morceaux, toujours avec la même énergie, la même efficacité, et ponctue la soirée de quelques messages. Pas de longs discours, plutôt des "je vous aime" et des "je suis parisien maintenant". Mais avant tout du rock. Une musique qu'Alexis adore, des morceaux qu'il a écoutés des centaines de fois. Pourtant, rien ne sera jamais plus pareil pour lui.

Le bruit des batteries me rappelle trop les rafales que j'ai entendues le 13 novembre.

Alexis, rescapé du Bataclan

à francetv info

C'est le premier départ du groupe et le rappel. Jesse Hughes revient, en brandissant une guitare bleu, blanc, rouge. "Je trouve ça mignon", s'amuse Alexis. Le jeune homme baisse enfin la garde, et profite des dernières chansons. "Ils ont réussi à me rattraper. C'était très difficile, avoue-t-il. Mais j'y suis arrivé. Peut-être que maintenant, je pourrai retourner à d'autres concerts, moins chargés en émotion cette fois."

Après cette soirée de deux heures, Alexis a d'ores et déjà décidé de reprendre la vie un peu là où elle s'était arrêtée. En avril, il ira se marier, aux Etats-Unis, où il avait vu pour la première fois un concert des Eagles of Death Metal.