Trois mois après les attentats du 13 novembre à Paris, quatre blessés graves témoignent

La presse a recueilli les récits de plusieurs survivants des attaques du 13 novembre 2015 à Paris. Plus de 130 personnes avaient trouvé la mort dans ces attentats.

Une femme allume une bougie en face du café Carillon à Paris, le 14 novembre 2015. 
Une femme allume une bougie en face du café Carillon à Paris, le 14 novembre 2015.  (MARIUS BECKER / DPA / AFP)
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Tous différents, tous convalescents. Les 350 blessés des attaques du 13 novembre à Paris se remettent peu à peu. Trois mois après les attentats contre les terrasses et dans la salle de concert du Bataclan, où l'horreur a duré plusieurs heures, les journaux publient des poignants témoignages de survivants. Voici quatre d'entre eux. 

Aurélie, 28 ans, commence "sa deuxième vie"

Dans la soirée du vendredi 13 novembre, Aurélie, 28 ans, boit un verre en terrasse avec deux amies au Carillon, dans le 10e arrondissement de Paris, quand survient le commando de tueurs. Anna, 24 ans, et sa sœur Marion, 27 ans, sont abattues. Aurélie reçoit huit balles dans le corps, aux bras, aux jambes, et à la mâchoire. Elle est défigurée.

La première tentative de reconstruction de la mâchoire échoue, raconte L'Express, et "il lui faut attendre un mois avant de pouvoir reparler, libérée de la trachéotomie. Mais avec la langue immobilisée et la lèvre disparue, la rééducation est difficile et certains sons plus difficiles que d'autres à prononcer.". Aurélie, qui exerçait avant l'attentat un métier dans la communication, doit s'habituer à sa nouvelle voix. Et faire le deuil de son ancien visage, dont la reconstruction sera plus lente que prévu.

D'autres progrès sont plus rapides qu'annoncés : "Au médecin qui lui annonce qu'il lui faudra trois ans avant de pouvoir reprendre le cours normal de sa vie, poursuit l'hebdomadaire, elle répond, avec aplomb, que deux ans lui suffiront. On lui prédit six mois avant de pouvoir remarcher ? Au bout de quatre semaines, elle est sur pied. Un corps meurtri mais un moral d'acier." Un courage dont témoigne cette phrase qu'elle a lancée à sa mère : "Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n'en as qu'une."

Maya, 27 ans, et Mehdi, 30 ans, une douleur commune

Maya Nemeta, une architecte de 27 ans, et Mehdi Zaidi, un consultant de 30 ans, étaient également au Carillon, ce 13 novembre. Sur une tablée de cinq, ils sont les deux seuls à avoir survécu : Amine –le mari de Maya, le plus vieil ami de Mehdi– et leurs amies Charlotte et Emilie ont été tués sur le coup.

Si Maya et Mehdi ont échangé des SMS et, depuis peu, se sont entrenus au téléphone, ils ne se sont pas revus depuis trois mois. La première raison est la plus évidente : ils poursuivent dans des centres hospitaliers différents leur convalescence et leur rééducation, explique Le Monde. Avant de décrire les blessures : "Leur peau couturée rappelle celle des grands blessés de guerre. L’un boite, l’autre se déplace avec des béquilles. D’un bras de Mehdi et d’un pied de Maya dépassent des tiges métalliques de plusieurs dizaines de centimètres visant à ressouder leurs os brisés. A chacun, on doit encore prélever un morceau de la crête iliaque afin de le greffer sur l’os d’un membre en capilotade."

Mais les deux jeunes gens craignent aussi les lourds souvenirs que remueront leurs retrouvailles. Si Mehdi, lors d'une permission de sortie, s'est forcé à retourner au Carillon, où il a fumé, en pleurs, une cigarette, sur cette terrasse qui le hante, Maya n'en est pas encore là. Mais elle dit au Monde qu'elle ira vivre "dès que possible au sixième étage d’un immeuble du 11e arrondissement entre les anciens locaux de Charlie Hebdo et le Bataclan", délibérément. Pour surmonter la terreur.

Victor, 29 ans, "tellement content d’être là"

Il était venu de Nantes, où il étudiait le droit, pour écouter au Bataclan le groupe Eagles of Death Metal. "Sa soirée, écrit Paris Match, se termine dans le noir, face contre terre, les tibias explosés par une balle. Ses oreilles sifflent, il est incapable de bouger. Dans la fosse du Bataclan, ils sont plusieurs comme lui à jouer les morts, à craindre les sonneries de téléphone qui entraînent les exécutions, à étouffer leurs cris de douleur dans les corps sans vie qu’ils trouvent sous eux. "

Trois mois après, celui qui n'avait plus qu'un litre de sang dans le corps lorsque "les policiers l’ont extrait de la salle de concert", est désormais sorti de l’hôpital. Mais, continue l'hebdomadaire, "il doit rester couché dans l’appartement familial qu’il occupe faute de pouvoir retourner chez lui, à Nantes. Il faudra un an et plusieurs interventions avant qu’il puisse remarcher normalement". Il tient grâce à sa mère, son frère, sa passion de la musique, et la joie d'être en vie. "Je suis tellement content d’être là, ça me donne envie d’en profiter et ça me rend plus fort", confie-t-il au journal, "en attrapant sa guitare".