Les Eagles of Death Metal à l'Olympia : "Si j'y vais, j'irai pour affronter ma peur", confie un rescapé du Bataclan

Le groupe américain redonne un concert dans la capitale, mardi, trois mois après les attentats de Paris. Tous les rescapés ont été invités. Alexis raconte à francetv info ses appréhensions.

Les Eagles of Death Metal en concert à Oslo (Norvège), le 14 février 2016.
Les Eagles of Death Metal en concert à Oslo (Norvège), le 14 février 2016. (ROALD, BERIT / NTB SCANPIX / AFP)

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Ses yeux bleus ne cessent de scruter les passants. Installé dans une brasserie parisienne du boulevard Henri-IV, près de la place de la Bastille, Alexis est tendu. "J'ai fait l'effort de venir dans un restaurant parce que c'est le midi." Mais de sa place, il tient à pouvoir surveiller les allers et venues des serveurs et des clients.

Le 13 novembre 2015, le jeune homme était au Bataclan pour assister au concert de l'un de ses groupes préférés, les Eagles of Death Metal. Trois mois après les attentats de Paris, il n'a pas encore remis les pieds dans une salle de concert, ni dans un cinéma, et n'entre dans un café ou dans un restaurant que très occasionnellement. Trop dur pour le moment.

Mardi 16 février, les Eagles of Death Metal seront à l'Olympia, pour "terminer" le concert du 13 novembre. Pas moins de 900 rescapés du Bataclan devraient répondre présents, pour essayer de tourner une page. Alexis a son billet, mais il ne sait pas encore s'il sera bien dans la salle mythique du boulevard des Capucines. "Je mûris encore ma décision. J'y étais fortement opposé au début, et puis là, je ne sais plus… Dans tous les cas, ce sera une décision de dernière minute."

"Je verrai si le dispositif de sécurité me convient" 

Cette soirée du 13 novembre est encore trop proche.

Trois mois, c'est tôt. Dans ma tête, je suis toujours au Bataclan.

Alexis, rescapé du Bataclan

à francetv info

"Hier soir encore, raconte Alexis, j'ai mis du temps à me rendormir. Je ne sais pas si c'est l'approche du concert, mais, ces derniers jours, mes cauchemars se sont multipliés."

Avant les attentats, Alexis était un jeune homme insouciant. Aujourd'hui, la sécurité est devenue son obsession. "J'irai peut-être devant l'Olympia, je verrai si le dispositif de sécurité me convient. Après, si j'entre, je ne sais pas si je resterai. C'est très angoissant, la configuration de l'Olympia…" Sans même savoir s'il sera bien au concert, Alexis a d'ailleurs déjà troqué sa place, initialement prévue dans la fosse, pour une place au balcon. "Je me suis dit que s'il y avait des personnalités, elles seraient au balcon, et que ce serait plus sécurisé."

"Cela peut être une expérience de communion, mais…"

Au Bataclan, le 13 novembre, c'est dans la fosse que ce fan des Eagles of Death Metal se trouvait. Pendant deux longues heures, Alexis est resté parfaitement immobile, le visage caché au milieu des victimes. L'odeur du sang et de la poudre hante toujours sa mémoire, comme il l'a écrit dans un texte mis en ligne quelques jours après l'attaque. Le jeune homme s'en est sorti indemne physiquement. "Je n'avais même pas une goutte de sang sur mes vêtements", se souvient-il. Lavés, rangés, il ne les a pas portés depuis. "Mais si je vais au concert, ce sera avec ces vêtements-là, parce que j'ai de la chance de pouvoir les porter aujourd'hui."

Cette "chance", Alexis l'assume comme un poids.

Si je vais au concert, c'est aussi une façon de matérialiser la chance que l'on a d'être en vie, d'être indemne.

Alexis, rescapé du Bataclan

à francetv info

Le jeune homme voit aussi cela comme une sorte de test, "pour affronter [sa] peur, voir [s'il est] capable de revenir, en partie, à ce qu'était [sa] vie avant, une vie remplie de concerts".  

Alexis explique également que ce serait l'occasion de vivre ce concert avec les membres de l'association Life for Paris, créée en janvier pour les rescapés des attentats de novembre. "Cela peut-être une expérience de communion. Mais que se passera-t-il si le groupe rejoue les chansons exactement dans le même ordre ? Je n'ai rien oublié de la chronologie du concert. Tout est gravé dans ma tête, presque de manière clinique." 

Le jeune homme termine son café et s'excuse, il doit partir. L'après-midi s'annonce chargé. Avant d'être auditionné par une commission parlementaire sur les attentats de Paris, il a son rendez-vous hebdomadaire avec une psychologue de l'association Paris aide aux victimes. Une étape supplémentaire pour l'aider à prendre sa décision.