"'La Marseillaise' à toutes les sauces, je n'en peux plus", résume un rescapé du Bataclan

Alexis, 26 ans, a frôlé la mort pendant l'attaque du Bataclan, où il est resté immobile pendant deux heures. En ce jour d'hommage national aux victimes, il préfère garder ses distances avec la cérémonie.

Un drapeau français flotte au vent, place de la République à Paris, le 22 novembre 2015.
Un drapeau français flotte au vent, place de la République à Paris, le 22 novembre 2015. (LOIC VENANCE / AFP)
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Propos recueillis parFrance Télévisions

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"Je n'ai aucune égratignure, mais, psychologiquement, c'est plus compliqué." Pendant l'attaque du Bataclan, Alexis, 26 ans, est resté deux heures dans la salle, immobile, sans oser décrocher son téléphone portable qui vibrait, par peur d'être exécuté. Peu après le massacre, il a rédigé un émouvant billet, pour exprimer sa terreur et son incompréhension. Alors que la France rend un hommage national aux victimes vendredi 27 novembre, francetv info a recueilli son témoignage et son ressenti, par rapport à cette cérémonie.

Francetv info : Comment allez-vous, deux semaines après les attaques ?

Alexis : Le soir des attentats, il y avait une cellule psychologique à la mairie du 11e arrondissement, mais les personnels étaient débordés. Depuis, j'ai vu une psychiatre à l'hôpital militaire de Clamart, mais cela n'a pas été très concluant. Je ne sais pas si je vais poursuivre, ou peut-être avec un psychologue. Je ressens un fort sentiment de culpabilité. J'ai comme un poids sur les épaules, en pensant à tous ceux qui étaient à mes côtés au Bataclan. Je ne ferai plus de concert, je suis incapable d'écouter la musique que j'aime, je suis devenu claustrophobe, agoraphobe, hypersensible et irritable.

Allez-vous regarder l'hommage national aux victimes, à la télévision ?

Je n'en suis pas sûr. Je reste très sceptique sur cette cérémonie organisée aux Invalides. Elle relève du protocole, presque de l'obligation institutionnelle. Si je regarde, je serai sans doute bouleversé, par empathie pour les victimes, mais je préfère intérioriser mes pensées. Certaines familles de victimes ont d'ailleurs refusé d'y participer, ce que je comprends tout à fait. Ma famille aurait sans doute réagi pareil. Maintenant, si cela fait du bien aux personnes touchées, tant mieux.

Les autorités encouragent également les Français à afficher un drapeau...

Oh, là, non, très peu pour moi. Même chose avec l'hymne. Je n'en peux plus de La Marseillaise, à force de l'entendre partout et à toutes les sauces. C'est peut-être générationnel – et d'ailleurs, je n'ai rien contre –, mais ce n'est pas mon truc. Par contre, je suis repassé par hasard devant le Bataclan, j'ai vu les trottoirs remplis de mots, de fleurs et de bougies... Cela m'a bouleversé.

Vous êtes "en terrasse", pour reprendre ce slogan populaire sur les réseaux sociaux ?

Non. Je ne partage pas ces slogans : "Je suis en terrasse" ou "Paris est une fête". Personnellement, je ne suis pas près de mettre les pieds dans une salle de concert ou sur une terrasse. Je travaille dans une agence où on s'occupe des réseaux sociaux, donc j'ai un peu de recul là-dessus. Après, je comprends que les gens l'utilisent.

En tant que rescapé, qu'aimeriez-vous dire à François Hollande avant son discours ?

Je lui dirais que, en septembre, une info faisait mention de menaces contre des salles de spectacles, et qu'aucune mesure n'a été prise. Je lui dirais que, en janvier, après Charlie Hebdo, la menace n'a pas été prise suffisamment au sérieux. Je lui dirais qu'on ne répond pas aux attentats en larguant un tapis de bombes ou en profitant d'une cérémonie d'hommage pour soigner sa popularité, surtout pendant un quinquennat désastreux.

Plus largement, quand je vois comment les politiques ont récupéré les événements, j'en reste pantois. Les personnels de santé que j'ai vus le soir du Bataclan, eux, sont admirables. Mais ils ne s'expriment pas en public. Lors des attaques, nous étions dans quelque chose de concret, pas de symbolique.