Etat d'urgence : l'imbroglio après une interview de Valls à la BBC en quatre actes

La radio britannique a publié vendredi un entretien avec le Premier ministre français. Celui-ci affirmait vouloir prolonger l'état d'urgence "jusqu'à ce que l'on puisse se débarasser de Daech". Mais la BBC a ensuite modifié son article.

Manuel Valls dans la cour de l'Elysée, le vendredi 22 janvier, à Paris.
Manuel Valls dans la cour de l'Elysée, le vendredi 22 janvier, à Paris. (MAXPPP)
France Télévisions

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Combien de temps sera prolongé l'état d'urgence en France ? La question a enflammé réseaux sociaux et responsables politiques, vendredi 22 janvier, après que des propos tenus par Manuel Valls à la BBC ont laissé entendre que ce dispositif exceptionnel pourrait se pérenniser pendant des années.

Devant l'ampleur de la polémique naissante, l'entourage du Premier ministre a tenu à assurer aux médias que l'exécutif n'avait nullement l'intention de repousser indéfiniment la sortie de l'état d'urgence. Francetv revient sur cet imbroglio en quatre actes.

Acte 1 : la BBC publie une interview ambiguë de Valls

Tout commence vendredi à la mi-journée, lorsque la BBC publie sur son site (en anglais) un entretien enregistré la veille avec Manuel Valls, en marge du déplacement du Premier ministre au forum de Davos (Suisse). En tête de l'article se trouve une vidéo dans laquelle le chef du gouvernement évoque, en français, les questions de migrations en Europe.

Mais le texte qui accompagne la séquence, en anglais, comporte une annonce majeure. "Manuel Valls a également dit que la France chercherait à rester en état d'urgence jusqu'à ce que la 'guerre totale et mondiale' contre le prétendu Etat islamique soit terminée", pouvait-on ainsi lire sur le site de la télévision publique britannique.

Très vite, les médias français – dont francetv info – ont relayé l'information, estimant que l'annonce du Premier ministre laissait entendre que l'état d'urgence, qui expire en théorie le 26 février prochain, pourrait se prolonger de plusieurs mois, voire plusieurs années.

Acte 2 : politiques et internautes tombent des nues

L'annonce d'une prolongation si importante de l'état d'urgence, qui accroît les pouvoirs de l'exécutif et limite certaines libertés, a sidéré bon nombre d'internautes et de politiques. 

Sur Twitter, certains accusaient le Premier ministre de rajouter "15 ans" de régime d'exception, tandis que la députée écologiste Cécile Duflot évoquait "la fin de l'Etat de droit".

Acte 3 : la BBC corrige les propos de Manuel Valls 

Mais une fois les propos rapportés par la BBC repris par les médias français, la télévision anglaise change de version. Sur son site internet, la BBC précise l'annonce de Manuel Valls et retire la phrase polémique.

On peut alors lire que le Premier ministre a indiqué que l'état d'urgence durerait "aussi longtemps que nécessaire". Mais il ajoute qu'"on ne peut pas vivre tout le temps avec l'état d'urgence". Cette mise à jour a été effectuée en toute discrétion, ce qui a le don d'agacer certains journalistes français.

Acte 4 : Matignon assure qu'il n'y a "aucune annonce"

Le fin mot de l'histoire arrive grâce à l'AFP. L'agence française finit par accéder à l'enregistrement sans doublage de l'entretien accordé par le Premier ministre à la BBC. "La guerre, c'est utiliser tous les moyens dans notre démocratie pour protéger les Français. Donc, c'est en effet l'état d'urgence. Nous allons voir si nous allons le prolonger", répond donc le Premier ministre à la question de la BBC.

"Jusqu'à quand ?" demande la journaliste. "Le temps nécessaire. Nous ne pouvons pas vivre tout le temps avec l'état d'urgence. Mais tant que la menace est là, nous pouvons utiliser tous les moyens", dit Manuel Valls. "Cela peut être pour toujours ?" relance l'intervieweuse. "Jusqu'à ce qu'on puisse, évidemment, en finir avec Daech", déclare alors le chef du gouvernement.

Interrogé sur ces déclarations, l'entourage de Manuel Valls a confirmé à l'AFP qu'il n'y avait "aucune annonce" et que l'exécutif n'avait nullement l'intention de prolonger l'état d'urgence pendant des années. Sortant de l'Elysée, où le chef de l'Etat recevait les représentants des différentes formations politiques, le secrétaire national du PCF Pierre Laurent a annoncé, en fin d'après-midi, que François Hollande lui avait confirmé son intention de prolonger de trois mois l'état d'urgence. Il expirerait donc à la fin du mois de mai.