Amnesty International tance l'Europe et la France sur la gestion des migrants et des attentats

Le secrétaire général de l'organisation a notamment qualifié, mercredi, de "honteuse" l'attitude des pays européens face à la crise des migrants.

Seule l'Allemagne a fait preuve d'une volonté politique "à la mesure de l'importance du problème" des migrants, estime l'ONG dans son rapport.
Seule l'Allemagne a fait preuve d'une volonté politique "à la mesure de l'importance du problème" des migrants, estime l'ONG dans son rapport. (PAUL ZINKEN / DPA / AFP)

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Plutôt habituée à fustiger les dictatures pour leurs abus, Amnesty International cible cette année l'Europe et la France, dans son rapport annuel sur la situation des droits de l'Homme dans le monde, publié mercredi 24 février. En cause, leur gestion de la crise des migrants ainsi que la réponse "liberticide" de l'Hexagone aux attentats terroristes de 2015.

Seule l'attitude de l'Allemagne est saluée

L'organisation cible cette année le Vieux continent, qui "se targue d'avoir le système de protection des droits le plus sophistiqué de la planète", selon son directeur pour l'Europe John Dalhusien. "C'est toujours le cas, mais les jours où on pouvait croire cela comme acquis sont révolus", a-t-il déploré devant la presse. 

Salil Shetty, le secrétaire général d'Amnesty, a qualifié de "honteuse" l'attitude des pays européens face à la crise des migrants qui fuient la guerre au Proche-Orient. "L'UE, qui compte plus de 500 millions d'habitants et qui constitue l'ensemble politique le plus riche de la planète, s'est singulièrement montrée incapable d'apporter une réponse cohérente, humaine et respectueuse des droits humains", insiste Amnesty dans son rapport.

Seule l'Allemagne a fait preuve d'une volonté politique "à la mesure de l'importance du problème", estime l'ONG. 

Menace pour les droits humains après les attentats

Amnesty critique aussi la réponse politique aux attentats sanglants qui ont frappé Paris en janvier et en novembre 2015. Ces attaques "ont donné une nouvelle impulsion, en France en particulier, mais également ailleurs en Europe, à toute une série de mesures représentant une menace pour les droits humains", souligne l'organisation. 

Dans le collimateur d'Amnesty : l'état d'urgence dans lequel vit la France et les "2 700 perquisitions sans autorisation judiciaire, qui ont débouché sur l'ouverture de seulement deux informations judiciaires". L'organisation dénonce également les poursuites contre des personnes accusées d'apologie du terrorisme, "une infraction définie en termes vagues. Dans un certain nombre de cas, ces poursuites constituaient manifestement une atteinte au droit à la liberté d'expression". 

Selon le secrétaire général d'Amnesty, "plus de 70 années de travail acharné et de progrès humains sont en danger" par la faute des gouvernements qui cherchent à court-circuiter des institutions comme les Nations unies, la Cour pénale internationale ou des mécanismes régionaux tels que le Conseil de l'Europe.