Visite des parlementaires au Bataclan : "Pour éliminer les trois terroristes, il a fallu un extrême professionnalisme"

La commission d'enquête parlementaire sur les attentats de Paris et Saint-Denis s'est rendue dans la salle où 90 personnes ont été tuées le 13 novembre. L'un de ses membres raconte à francetv info ce déplacement.

Des policiers en poste devant le Bataclan, à Paris, le 17 mars 2016. 
Des policiers en poste devant le Bataclan, à Paris, le 17 mars 2016.  (ALAIN JOCARD / AFP)
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Quatre mois après, se rendre au Bataclan pour "comprendre". La commission d'enquête parlementaire sur les attentats de Paris et Saint-Denis, active depuis deux mois, s'est déplacée, jeudi 17 mars, dans la salle de concert où 90 personnes ont été tuées le 13 novembre.

Il ne s'agissait pas d'une reconstitution : aucune scène n'a été rejouée. Les membres de la commission d'enquête ont retracé la chronologie de l'attaque sanglante du Bataclan, accompagnés des forces de l'ordre intervenues le 13 novembre (Brigade de recherche et d’intervention, Raid et police judiciaire). Olivier Falorni, député et membre de la commission d'enquête parlementaire, explique à francetv info le déroulement et l'objectif de ce déplacement. 

Francetv info : Quel était le but de votre déplacement au Bataclan ?

Olivier Falorni : Nous avons essayé de comprendre in situ la chronologie des faits, du début du massacre jusqu'à l'assaut final, soit trois heures. Nous avons plus appris avec cette matinée qu'avec les auditions que nous avons déjà menées, car les acteurs qui sont intervenus ce soir-là (des responsables de la BRI, dont le chef a commandé les opérations le 13 novembre, des responsables du Raid, des acteurs de la police judiciaire, de la brigade anticriminalité…) nous ont expliqué à chaque endroit exactement ce qu'il s'était passé. 

Cela a été éclairant, émouvant aussi. Nous avons respecté une minute de silence en entrant dans cette salle. Même si nous avions conscience de l'horreur des faits, une fois dans les lieux, nous avons été saisis par l'émotion, tout comme les forces d'intervention qui n'étaient pas revenues depuis ce jour maudit. La salle est aujourd'hui en travaux. Il y a des échafaudages un peu partout au rez-de-chaussée. Le plancher a été enlevé… Mais il y a des stigmates, comme des impacts de balles. On imagine bien l'horreur que cela a pu représenter.

Qu'avez-vous appris ?

Nous avons obtenu des informations très précises sur le déroulement de l'intervention, que je ne peux vous révéler car nous sommes sous le régime du huis clos et du secret. Nous sommes allés à l'endroit où a eu lieu l'échange de feu nourri entre les deux derniers terroristes et les policiers de la BRI et du Raid, dans un recoin du Bataclan. On comprend toute la difficulté de l'intervention, le courage qu'il a fallu et la violence de cet affrontement.

On comprend aussi l'intervention d'un commissaire divisionnaire de la BAC qui est rentré juste après le début de l'attaque. Il rentre dans cette salle avec un seul coéquipier, il tire à près de trente mètres sur le premier terroriste qui est sur la scène en train de tuer des spectateurs. Il l'abat, ce qui met un terme au massacre dans la fosse. On a eu ce soir-là l'incarnation de ce que signifient le courage et le professionnalisme. Au fil de leurs récits, on comprend tous les moments de l'intervention en fonction de la topologie des lieux, particulièrement difficile. Pour éliminer les trois terroristes, il a fallu un extrême professionnalisme. On ne peut qu'admirer tous ces policiers qui sont entrés là au péril de leur vie et qui ont sauvé des dizaines, pour ne pas dire des centaines de nos concitoyens qui étaient au Bataclan.

Nadine Ribet-Reinhart, dont le fils Valentin, 26 ans, a été tué au Bataclan, a dénoncé "une parodie scandaleuse" de justice… 

Je respecte la douleur de cette femme, mais il ne s'agissait pas d'une reconstitution judiciaire. Le terme "reconstitution" ne convient pas, parce qu'il appartient au vocabulaire judiciaire. Il s'agissait de mieux comprendre, en étant sur place, l'intervention et la progression de nos forces de sécurité. 

Par ailleurs, la justice doit jouer son rôle, elle doit donner tous les éléments aux familles pour comprendre. Il y a peut-être une confusion entre le rôle d'une reconstitution judiciaire et celui d'une commission parlementaire. Nous, élus, ne sommes pas là pour rendre justice. Il y a une séparation des pouvoirs. Notre rapport sera remis début juillet et apportera des éléments de réponse, révélera s'il y a eu des défaillances, proposera des solutions…