Attentats du 13-Novembre : comment Abdelhamid Abaaoud a échappé aux services de renseignement

Les failles des services de renseignement et de la stratégie militaire sont mises au jour dans "Où sont passés nos espions ?", ouvrage signé de deux journalistes qui sort mercredi 11 janvier chez Albin Michel.

Commémoration des attentats du Bataclan, avec un concert, un an après, le 13 novembre 2016.
Commémoration des attentats du Bataclan, avec un concert, un an après, le 13 novembre 2016. (SERGE ATTAL / ONLY FRANCE)
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Les attaques de Paris et Saint-Denis, qui ont fait 130 morts le 13 novembre 2015, auraient-elles pu être évitées ? "Oui", affirme Le Parisien, mardi 10 janvier, en citant l'ouvrage cosigné par l'un de ses journalistes, Eric Pelletier, et par un grand reporter de "Sept à huit", Christophe Dubois.

Où sont passés nos espions ?, qui paraît mercredi chez Albin Michel, révèle les failles des services de renseignement et de la stratégie militaire dans la traque d'Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats, mort cinq jours plus tard dans l'assaut contre sa cache de Saint-Denis. Franceinfo revient sur trois de ces erreurs.

Repéré à Athènes, Abaaoud s'échappe

La Direction générale des services extérieurs (DGSE) repère Abaaoud dans la capitale grecque. "A la mi-janvier 2015, les informations transmises à la police grecque (une douzaine de numéros de téléphone suspects) permettent de le localiser au cœur d'Athènes", souligne Eric Pelletier dans Le Parisien.

Pourquoi le jihadiste belgo-marocain, qui avait rejoint les rangs de l'Etat islamique en Syrie dès 2013, se trouvait-il en Grèce ? "Pour coordonner à distance" un attentat "du côté de Verviers", en Belgique. Mais, après l'assaut de la police belge contre la cellule de Verviers, le 15 janvier 2015, la surveillance se relâche et Abaaoud parvient à s'enfuir vers la Syrie.

L'importance de son camp d'entraînement, en Syrie, est minorée

Car c'est en Syrie que s'entraîne le terroriste. Les deux journalistes jugent d'ailleurs que la France a fait une "erreur stratégique" de septembre 2014 à septembre 2015 en se contentant de frapper l'Etat islamique en Irak et non dans son extension syrienne.

"La ligne du quai d'Orsay prévaut", assure Le Parisien : "Affaiblir Daech dans son sanctuaire reviendrait, du moins le croit-on à l'Elysée, à renforcer le dictateur Bachar Al-Assad." Or ce serait dans les camps d'entraînement en Syrie que grandit la menace terroriste contre la France, devenue "cible prioritaire". A en croire l'ouvrage, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, aurait longtemps tiré la sonnette d'alarme, en vain.

Lorsqu'il est visé en Syrie, il est trop tard

Fin août 2015, les services français prennent conscience de l'importance du futur coordonnateur des attaques du 13 novembre à Paris. Un "document ultrasensible pointe l'ombre d'Abdelhamid Abaaoud derrière une demi-douzaine d'alertes terroristes, dont la dernière en date : l'attaque du train Thalys", relève Le Parisien.  

A partir de septembre 2015, François Hollande décide d'élargir à la Syrie la lutte contre l'Etat islamique. Les camps d'entraînement des jihadistes sont visés par des frappes. Mais pour Abaaoud, il est trop tard : "Le tueur est rentré en Europe dès le mois de juillet par la route des migrants, passant notamment par la Hongrie et l'Autriche." Aurait-on pu prévoir ce trajet ? Le Parisien assure que oui, puisque sur "le matériel informatique retrouvé" dans l'une des deux planques du jihadiste à Athènes ont été découvertes des recherches comme "Y a-t-il une frontière entre l'Autriche et la Hongrie ?" ou encore "Immigration Hongrie".