Attentats de Paris : le déroulement de la cavale de Salah Abdeslam se précise

Le suspect est recherché par les autorités depuis les attentats du 13 novembre, à Paris et au Stade de France.

La photo de Salah Abdeslam, principal suspect encore vivant après les attentats de Paris, publiée mardi 17 novembre 2015 par la police fédérale belge.
La photo de Salah Abdeslam, principal suspect encore vivant après les attentats de Paris, publiée mardi 17 novembre 2015 par la police fédérale belge. (POLICE FEDERALE BELGE)
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Plus de cinq semaines après les attentats de Paris, Salah Abdeslam demeure introuvable. Le Français, un temps résidant en Belgique, est soupçonné d'avoir fait partie d'un des commandos de jihadistes qui ont frappé la capitale, tuant 130 personnes le 13 novembre. Au fil de l'enquête, les polices française et belge en apprennent davantage sur les conditions de la cavale du "fugitif qui ne s'est pas fait exploser", dans la nuit et les jours qui ont suivi les attaques meurtrières. 

Francetv info retrace ce parcours, mercredi 23 décembre, à la lueur des dernières informations révélées par les médias franco-belges qui ont pu consulter les procès-verbaux des auditions de complices présumés, accusés d'avoir assuré l'exfiltration de Salah Abdeslam.

Après les attentats, il passe plusieurs coups de fil 

Si le rôle joué par Salah Abdeslam n'est pas clair, sa présence à Paris le soir des attentats de Paris ne fait aucun doute : dans la soirée, son téléphone a été repéré dans le 18e arrondissement, où une attaque devait avoir lieu, avant d'être annulée pour une raison inconnue. Il y abandonne une voiture, une Clio, et prend la direction du sud de la capitale.

Avec ce téléphone, il passe plusieurs coups de fil. L'un, énigmatique, est adressé à un détenu de la prison de Namur, en Belgique, affirme la RTBF. Selon La Libre Belgique, le fugitif contacte également "un cousin parisien", à qui il demande, en vain, de venir le récupérer. "Celui-ci a refusé, affirmant : 'Je ne sais pas si tu es au courant, mais il y a des attentats.'" Enfin, au moins un autre appel, passé vers 2 heures, est destiné aux complices présumés, qui accepteront de le rejoindre : Hamza Attou et Mohammed Amri. Comme Salah Abdeslam, ils vivent à Molenbeek, une commune de Bruxelles.

Au bord de la crise de nerfs, il est rejoint par deux complices présumés

Vers 5 heures, Hamza Attou et Mohammed Amri retrouvent Salah Abdeslam à Châtillon (Hauts-de-Seine), au sud de Paris, "à quelques mètres du McDo", écrit Le Parisien"Il était essoufflé, il transpirait. (...) Il pleurait et criait en nous racontant ce qu'il s'était passé", selon l'un d'eux, interrogé en Belgique. D'après les procès-verbaux de son audition, Salah Abdeslam aurait admis alors "avoir été dans une voiture et avoir utilisé une kalachnikov pour abattre des personnes".

Il portait également une ceinture d'explosifs sur lui et aurait menacé de l'actionner, selon les déclarations de ces complices présumés. Une ceinture d'explosifs a effectivement été retrouvée non loin de ce point de rendez-vous, à Montrouge (Hauts-de-Seine), dix jours après les attaques. Selon une source proche de l'enquête, citée par CNN (en anglais), elle a bien été portée par Salah Abdeslam. L'un des "convoyeurs", Hamza Attou, l'a confirmé en garde à vue : "Il nous a dit de le ramener à Bruxelles, sinon il allait faire exploser la voiture."

Ils rejoignent la Belgique, passant trois contrôles de police 

Pendant le trajet vers la Belgique, Salah Abdeslam reste extrêmement nerveux, "tendu, [il] réagissait dès que nous ralentissions", assure son ami belge"Assis sur la banquette arrière, Salah passe le trajet qui le ramène en Belgique légèrement allongé, capuche sur la tête et veste-doudoune fermée", raconte Le Parisien. Toujours selon le quotidien, il martèle que "les Français [vont] le torturer s'ils [l'attrapent]", répétant : "je me vengerai."

Durant ce périple, les trois hommes franchissent trois barrages de police, tous sur le territoire français. "Salah reste silencieux sur la banquette arrière", poursuit Le Monde.fr. Au dernier barrage, "près de Cambrai, Abdeslam donne même son adresse de Molenbeek".

A Bruxelles, Abdeslam envisage de "changer de tête"

A l'approche de la capitale belge, au petit matin, Salah Abdeslam se rend avec l'un des chauffeurs sur un marché, où il achète "un jean noir, une veste sans capuche, un caleçon et des chaussettes", qu'il enfile dans la camionnette d'un commerçant, selon Le Parisien

"Dans une boutique voisine, il s'offre, cette fois, un téléphone portable à 20 euros avant de s'arrêter chez un coiffeur", poursuit le quotidien. "Il voulait une coloration [pour changer de tête], mais le coiffeur n'en faisait pas", assure le complice présumé. Le fugitif finit par se faire couper les cheveux "à ras, et se fait raser un trait sur le sourcil".

Selon les informations du Parisien, c'est dans un café tout proche, à Laeken, que Salah Abdeslam demande à "rejoindre une planque à Schaerbeek, un autre quartier de Bruxelles, où il affirme que quelqu'un l'attend". Rejoint par un ami sur place, Ali Oulkadi, le fugitif abandonne ses chauffeurs, et se fait conduire par le nouvel arrivant, indique RTL.be. 

Il aurait fui Molenbeek caché dans un meuble

Si Ali Oulkadi assure avoir conduit Salah Abdeslam à Schaerbeek, des révélations de la RTBF, datées du 16 décembre, font état de sa présence dans une maison de la commune de Molenbeek "jusqu'au 16 novembre en fin de matinée." Salah Abdeslam en serait sorti sous le nez des enquêteurs, qui surveillaient la maison en attendant de pouvoir la perquisitionner. Il serait sorti caché dans un meuble, transporté par des complices qui simulaient un déménagement, ou dans une voiture, selon la chaîne. Cette information n'a cependant pas été confirmée par le parquet fédéral belge. 

Salah Abdeslam disparaît à nouveau des radars

Un départ en Syrie ? Une cavale dans un autre pays étranger ? La mort ? La localisation de Salah Abdeslam demeure une hypothèse. Dans une interview à L’Express, son frère, Mohamed, assure que le suspect "n’avait pas de ressources pour organiser sa cavale". "Et s’il était mort ?, se demandait-il, le 11 décembre. Nous n’avons jamais eu la preuve qu’il était encore vivant."