Attentats : les sept jours d'enquête qui ont permis à la police de remonter la piste des terroristes

Depuis vendredi 13 novembre, cinq des sept kamikazes des attentats de Paris ont été identifiés. Deux assaillants sont toujours recherchés.

Un homme est arrêté par des membres des forces de l'ordre lors de l'intervention antiterroriste à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 18 novembre 2015.
Un homme est arrêté par des membres des forces de l'ordre lors de l'intervention antiterroriste à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 18 novembre 2015. (PETER DEJONG / AP / SIPA)
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Ils n'ont pas cherché à se cacher. Parce qu'ils comptaient se suicider, les terroristes des attaques du 13 novembre à Paris ont laissé un peu partout en Ile-de-France des indices. Depuis vendredi, ils ont permis aux enquêteurs de remonter leur trajectoire mortelle.

Francetv info reprend le fil de l'enquête.

Samedi 14 novembre : les premiers noms

Dans la matinée. Au Bataclan, alors que les secours continuent d'évacuer les corps des 89 victimes, les policiers font une première découverte. Un doigt, retrouvé à l'endroit où un kamikaze s'est fait exploser, "parle" : il appartient à Omar Ismaïl Mostefai, un Français de 29 ans, présent dans le fichier des empreintes génétiques pour huit condamnations. Ses proches sont interpellés dans la journée.

Une Polo noire, garée devant la salle de concert, est ouverte en fin de matinée. "A l’intérieur se trouvaient des documents de location au nom d’un Français, résidant à Molenbeek, commune voisine de Bruxelles", rapporte Le Parisien. Il s'agit de Salah Abdeslam, 26 ans.

En passant le nom dans leurs fichiers, les policiers sursautent. L'homme a été contrôlé le matin même, à bord d'une Golf grise, à Cambrai (Nord). Mais, comme son nom n'était pas encore lié aux attentats, les gendarmes l'ont laissé repartir. "Cela s’est joué à très peu", souffle une source proche du dossier au Parisien.

Dans l'après-midi. Au Stade de France, l'enquête progresse. On apprend en début d'après-midi qu'un passeport syrien a été "retrouvé à proximité d'un des corps des assaillants", selon une source de l'AFP. Quelques heures plus tard, le ministre grec de la protection publique annonce que le document appartient à un migrant enregistré sous le nom d'Ahmad Al-Mohammad. "Le détenteur du passeport syrien est arrivé le 3 octobre par l'île grecque de Leros où il a été enregistré conformément aux règles de l'Union européenne", indique Nikos Toskas.

Le centre de gravité de l'affaire se déplace à Molenbeek, la commune de Bruxelles où résidait Salah Abdeslam. Sept personnes sont interpellées par la police belge. Parmi elles figurent les deux autres occupants de la Golf contrôlée à Cambrai. "Il n’y avait pas de logistique, rien. Il a appelé ses copains, qui se sont trouvés au mauvais endroit au mauvais moment", racontera plus tard un de leurs proches à L'Obs. Une version dont doutent les enquêteurs, qui se demandent si l'un d'eux, Mohamed Amri, n'a pas confectionné les gilets explosifs.

Salah Abdeslam, lui, est introuvable. Deux éléments viennent alourdir les soupçons qui pèsent contre lui : un homme qui lui ressemble figure sur les images de vidéosurveillance des terrasses de bars attaquées. Dans la soirée de samedi, le groupe Etat islamique revendique l'attentat, et évoque "huit frères portant des ceintures d'explosifs et des fusils d'assaut". Seuls sept corps ont été retrouvés.

Dimanche 15 novembre : une voiture et deux nouveaux noms

Dans la nuit. Une perquisition, qui sera révélée le lendemain, est conduite dans un résidence hôtelière Appart'City d'Alfortville (Val-de-Marne). "J'ai entendu la police défoncer les portes dans la nuit de samedi à dimanche", raconte à l'AFP une locataire de l'appart-hôtel, voisine des chambres louées. Elle assure avoir vu deux hommes, mais ne pas les avoir reconnus sur les photos présentées par la police.

Comment les policiers ont-ils localisé cet appartement ? On l'apprendra bien plus tard, mais un téléphone a été retrouvé près du Bataclan. A l'intérieur, un plan de la salle et un SMS avec cette phrase : "C'est parti on commence". "C'est grâce à ce téléphone que les enquêteurs remontent la piste jusqu'à l'un des points de chute des commandos à Alfortville. La recherche sur la géolocalisation dudit téléphone indique que son propriétaire y était passé avant les attaques", écrit Le Monde.

Dans la matinée. La veille, les enquêteurs de la police judiciaire ont aussi visionné et revisionné les images des 1 400 caméras de vidéosurveillance disséminées dans Paris. Ils ont réussi à retracer l'itinéraire de la deuxième voiture utilisée par les assassins, la Seat Leon noire qui transportait le commando qui a mitraillé les terrasses. Le véhicule est retrouvé dans la nuit de samedi à dimanche à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Selon Le Parisien, les policiers planquent plusieurs heures à proximité, dans l'espoir de voir revenir l'un de ses occupants.

Ils ouvrent finalement le véhicule. A l'intérieur, trois kalachnikovs et des chargeurs, selon Le Monde. Surtout, la Seat permet aux enquêteurs d'identifier un deuxième kamikaze. Elle a été louée par Brahim Abdeslam, 31 ans, le frère aîné de Salah. Les policiers mettent ainsi un nom sur l'homme qui s'est fait exploser au comptoir d'un bar du boulevard Voltaire. 

Dans l'après-midi. En fin d'après-midi, le parquet annonce que deux nouveaux kamikazes ont été identifiés. Outre Brahim Abdeslam, il communique le nom de Bilal Hadfi. Ce jeune Français de 20 ans, qui résidait en Belgique, est le kamikaze du restaurant McDonald's qui jouxte le Stade de France. Il a été identifié grâce à ses empreintes digitales. La police nationale lance un appel à témoins contre Salah Abdeslam.

Lundi 16 novembre : une nouvelle planque perquisitionnée à Bobigny

La France se réveille avec un chiffre impressionnant : en 48 heures, 168 perquisitions ont été menées, dans 19 départements. Lundi matin, l'une d'elles a mené les policiers dans un pavillon de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Il a été loué, sur le site Homelidays, par Brahim Abdeslam pour une semaine, du 10 au 17. "Des gens très gentils, corrects, bien habillés. Il n'y avait pas de barbes, de djellabas, des gens qui se sont présentés comme travaillant pour une société", confie la propriétaire à Europe 1. C'est son mari qui a prévenu la police, en entendant à la télévision le nom de leur locataire.

A 10 heures, France 2 révèle que le kamikaze au passeport syrien s'est bien mêlé au flot des migrants pour entrer en Europe. "Il existe une concordance entre les empreintes papillaires [digitales] du kamikaze et celles relevées lors d'un contrôle en Grèce en octobre 2015", confirme le procureur de la République. Parti sur un canot qui a chaviré, il a été récupéré par les secours grecs et enregistré sur l'île de Leros, où il a déposé ses empreintes digitales, le 3 octobre. Il a ensuite demandé l'asile en Serbie, le 7 octobre, selon les autorités locales.

Le parquet donne un quatrième nom : Sami Amimour, un Français de 28 ans, est l'un des assaillants tués après le carnage du Bataclan.

A Molenbeek, les événements se sont brusquement accélérés. Pendant quatre heures, la police belge fait le siège du 47 rue Delaunoy. Salah Abdeslam est la cible de cette spectaculaire opération policière. Mais le suspect n'est pas là. "Ils l’ont pas chopé ! Franchement, il est fort, Salah", s’exclame Reda, provocateur, aux journalistes qui patientent sous une pluie battante. Les deux hommes de la Golf grise, qui ont exfiltré Salah, sont placés sous mandat d'arrêt pour "attentat terroriste".

Un autre homme est au centre de toutes les interrogations. Abdelhamid Abaaoud, un jihadiste belge qui se trouve en Syrie, est considéré par les enquêteurs comme un "inspirateur" possible des attaques de Paris. Cerveau de la cellule de Verviers, il a côtoyé Salah Abdeslam, un jeune de Molenbeek comme lui, en prison.

Mardi 17 novembre : le mystère du 18e arrondissement

Dans la matinée. Le cordon rouge et blanc des policiers est déployé une nouvelle fois dans Paris. Sur la place Albert-Kahn, dans le 18e arrondissement de la capitale, une voiture a attiré l'attention des enquêteurs. Et pas seulement parce qu'elle est mal garée et immatriculée en Belgique. "Cette voiture a été aperçue sur l'autoroute A1, dans le cadre de ce qui pourrait être des liaisons préparatoires entre Paris et la Belgique", explique une source policière à l'AFP.

"A l’intérieur, les policiers ont trouvé des mouchoirs, des emballages de nourriture et, plus intéressant, un GPS dont les données sont en cours d’exploitation", indique Le Parisien. Cette découverte épaissit un peu plus l'un des mystères de cette affaire. Dans son communiqué de revendication, le groupe Etat islamique avait mentionné, aux côtés des quartiers frappés, le 18e arrondissement de Paris.

Un vieux routier du jihadisme français fait son apparition dans le dossier. Selon des sources proches de l'enquête, c'est Fabien Clain, un proche de Mohamed Merah et un membre de la filière d'Artigat (Ariège), qui a lu le communiqué de revendication de l'Etat islamique.

Dans la soirée. Salah Abdeslam n'est plus le seul suspect en fuite. Un deuxième homme est actuellement recherché par les enquêteurs et pourrait être le neuvième membre des commandos qui ont attaqué Paris. Il apparaît comme le troisième homme du commando des terrasses sur une vidéo. Elle le montre à 21h32 au moment de la fusillade qui a fait cinq morts devant le café Bonne bière, à l'angle de la rue de la Fontaine au Roi et de la rue du Faubourg du Temple, dans le 10e arrondissement de Paris.

La police nationale diffuse un appel à témoins pour identifier le kamikaze qui s'est mêlé aux migrants.

Mercredi 18 novembre : l'assaut de Saint-Denis

Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) se réveille dans la peur. A 4h20, une rafale de kalachnikov brise le silence de la nuit. En pleine nuit, les hommes du Raid ont encerclé un immeuble situé rue du Corbillon, en plein centre-ville. Ils cherchent Abdelhamid Abaaoud, le commanditaire présumé, que l'on croyait en Syrie. 

Un mystérieux témoignage recueilli lundi a signalé sa présence en France. Les policiers ont suivi sa cousine pour remonter jusqu'à lui. Les services secrets marocains ont donné un coup de main, sans que l'on sache bien lequel.

L'opération s'achève à 11h45. Bilan : sept personnes interpellées, deux terroristes présumés tués (dont l'un ou l'une qui se serait fait exploser). Selon les informations de France 2, ils projetaient de commettre des attentats imminents à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle et au centre commercial des Quatre Temps, à la Défense (Hauts-de-Seine).

Jeudi 19 novembre : le corps d'Abaaoud "formellement identifié"

Abdelhamid Abaaoud était bien en France. Vers 15 heures, le parquet de Paris annonce que le commanditaire présumé des attentats a été "formellement identifié". C'est son corps qui a traversé le plancher. Les policiers l'ont retrouvé à l'étage du dessous, criblé de balles. "On ignore par ailleurs à ce stade si Abbaoud s'est fait – ou non – exploser", précise le parquet.

Vendredi 20 novembre : La cousine d'Abaaoud, identifiée, ne s'est pas fait exploser

Dans l'appartement de Saint-Denis, rempli de gravats et partiellement effondré, les constatations se poursuivent. Les enquêteurs découvrent d'abord un troisième corps. Puis un sac à main avec un passeport au nom d'Hasna Aït Boulahcen, qui serait la cousine d'Abaaoud, âgée de 26 ans. Son corps est formellement identifié quelques heures plus tard. Mais finalement, selon une source policière, elle ne se serait pas fait exploser. Elle serait morte pendant l'assaut.

Le troisième kamikaze du Stade de France a également été identifié, et le parquet de Paris précise qu'il avait été contrôlé le 3 octobre en Grèce, sur l'île de Leros, en même temps qu'un autre kamikaze, celui qui portait un faux passeport syrien au nom d'"Ahmad Al-Mohammad". Ils étaient donc deux à s'être mêlés aux migrants fuyant la guerre en Syrie.

Autre avancée de l'enquête, vendredi : le jihadiste belgo-marocain Abdelhamid Abaaoud a manipulé l'une des trois kalachnikov retrouvées dans la voiture des tueurs des terrasses, selon une source proche de l'enquête. Cet élément renforce l'hypothèse de sa participation directe à ces attaques. Ce jihadiste a été filmé au soir des attentats par une caméra de vidéosurveillance à Montreuil, à proximité de l'endroit où a été retrouvée la Seat du commando des terrasses de bars et restaurants parisiens.