Attentats : Jawad Bendaoud, le logeur de Saint-Denis, assure dans une lettre qu'il n'a "rien à voir avec Daech"

Dans un courrier destiné au juge, l'homme qui a loué l'appartement (qui ne lui appartenait pas) à trois terroristes à Saint-Denis clame son innocence, parfois maladroitement.

Jawad Bendaoud s'exprime sur BFMTV lors de l'assaut de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 18 novembre 2015.
Jawad Bendaoud s'exprime sur BFMTV lors de l'assaut de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 18 novembre 2015. (BFMTV / AFP)
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C'est un document qui risque de relancer les moqueries sur Jawad Bendaoud. Cet homme a logé trois terroristes, dont Abdelhamid Abaaoud, quatre jours après les attentats du 13 novembre, à Saint-Denis, dans un appartement qui ne lui appartenait pas, mais qu'il s'était octroyé. Ce logement a été pris d'assaut par le Raid le 18 novembre. Interpellé le jour même, le logeur a ensuite écrit une longue lettre de 18 pages au juge en charge de l'enquête pour tenter de se dédouaner. Vendredi 22 janvier, L'Obs publie des extraits de ce courrier rédigé mi-décembre depuis la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis) où Jawad Bendaoud est toujours en détention.

Il revient d'abord sur ce qui lui a valu sa "célébrité", et nombre de moqueries, notamment sur les réseaux sociaux : son interview filmée par BFMTV au moment de l'assaut. "Je n’ai pas demandé à être filmé par ce foutu caméraman, explique Bendaoud au juge dans sa lettre. Il m’a entendu dire aux policiers que j’étais le loueur de l’appartement, il a allumé sa caméra, si j’avais su ce qu’aurait causé cet interview, je n’aurais jamais parlé." Il explique ensuite que sa vie est devenue "une vie d’enfer en une fraction de seconde" : "Mon nom de famille a été sali, je fais l’objet de parodie, de blague."

"A aucun moment, je n’ai senti une ambiance terroriste"

Le logeur reprend ensuite le déroulement des faits et assure le magistrat de son innocence, avec des termes parfois maladroits. Il raconte ainsi que, le lundi 16 novembre, Hasna Aït Boulahcen, "qui ne portait pas de signe apparent lié à la religion", est venue le voir pour loger ses deux "frères" qui sont à la rue. Il la croit et voit surtout les 150 euros que la cousine d'Abaaoud lui promet. "Je suis marchand de sommeil à mes heures perdues", trouve bon de signaler Abaaoud au juge, dans sa lettre.

Puis il explique que, mardi 17 novembre, au moment de faire visiter l'appartement à Abaaoud et à son complice, rien ne l'interpelle : "A aucun moment je n’ai senti une ambiance terroriste ou dangereuse dans la location de l’appartement. (...) Je suis conscient d’avoir hébergé les pires assassins que la France n’a jamais connu, mais à aucun moment je me suis associé, je n’ai vu de mes yeux des armes." Pour lui, Abdelhamid Abaaoud n'avait pas l'air d'un terroriste : "Abaaoud était habillé comme un jeune normal, il était rasé, il n’avait pas de barbe, il portait un bob et son complice une casquette bleue de basket-ball américain." Il explique également que, ce soir-là, il était "défoncé", après avoir fumé du crack.

Il refuse d'être le "bouquet missaire"

Selon lui, il n'avait pas particulièrement à se montrer méfiant, car il n'était pas vraiment au courant des attaques terroristes survenues quatre jours plus tôt. Il a pourtant bien regardé la télé le 13 novembre au soir : "Je mangeais des lentilles au bœuf dans le salon avec mon père, à aucun moment le mot 'Belgique' n’a été évoqué. Il y avait une pancarte de Paris, une carte avec des dessins d’explosion. (...) Je ne savais pas que des Belges avaient participé à des attentats. Si j’avais su oui, j’aurais pu tilter."

Jawad Bendaoud refuse également d'être, comme il l'écrit dans sa lettre, le "bouquet missaire" (il voulait probablement parler de "bouc émissaire") de cette histoire. Il affirme n'avoir "rien à voir avec Daech, ni de loin ni de près" et qu'il n'a "jamais prié de sa vie". Pourtant, plusieurs des codétenus qu'il a fréquentés lors de son incarcération pour homicide en 2008, assurent que l'homme s'est radicalisé en détention : "J'ai peut-être dit que j'allais faire tout péter en sortant, concède-t-il. Mais c'était parce que j'étais énervé (...) J’y ai peut-être pensé en prison, mais une fois sorti, tout est sorti de ma tête."

Il ne trouve en revanche aucune explication au coup de fil qu'il a reçu, le 3 novembre, d'un téléphone belge. Ce même numéro a joint un autre téléphone lié aux terroristes, le lendemain des attentats. "C'est un élément grave qui, pour moi, n'a aucun sens" répond simplement le logeur.