Attentats du 13 novembre : la femme qui a dénoncé Abaaoud témoigne

RMC a recueilli le témoignage de cette amie d'Hasna Aït Boulahcen, la cousine du terroriste mort dans l'assaut de la police à Saint-Denis.

Capture d'écran d'une vidéo de propagande de l'Etat islamique, publiée le 24 janvier 2016, dans laquelle Abdelhamid Abaaoud apparaît.
Capture d'écran d'une vidéo de propagande de l'Etat islamique, publiée le 24 janvier 2016, dans laquelle Abdelhamid Abaaoud apparaît. (AL-HAYAT MEDIA CENTRE / AFP)

Mis à jour le , publié le

Son nom a été modifié, sa voix transformée et elle n'apparaît pas à l'écran, pour protéger son anonymat et sa sécurité. Sonia affirme avoir permis aux enquêteurs de localiser Abdelhamid Abaaoud, l'un des organisateurs présumés des attentats parisiens du 13 novembre, tué au cours de l'assaut du Raid contre l'appartement de Saint-Denis dans lequel il se cachait après les attaques. RMC a rencontré cette femme et diffuse son témoignage, jeudi 4 février.

"Il me dit, normal : 'les terrasses, c'est moi'"

La jeune femme raconte qu'elle était une amie de longue date d'Hasna Aït Boulahcen, la cousine d'Abdelhamid Abaaoud, morte elle aussi lors de l'assaut de la police. Sonia assure qu'elle était là lorsque son amie a reçu un coup de téléphone, deux jours après les attentats. Son interlocuteur lui demande alors d'"aller chercher quelqu’un qui a besoin d’un hébergement". Le rendez-vous a lieu au 2, rue des Bergeries, à Aubervilliers, dans une zone industrielle au bord de l'A86. Comme convenu, Hasna Aït Boulahcen donne le code "1010". Un homme sort d'un buisson. C'est Abdelhamid Abaaoud, mais Sonia ne le reconnaît pas tout de suite. "Il avait un bob sur la tête, des baskets orange, un bombers, pour moi c’était un Roumain. En plus, il avait le sourire, il ne ressemblait pas du tout à un terroriste", explique-t-elle.

Dans la voiture, la conversation s'engage, relate Sonia, qui dit comprendre alors à qui elle a affaire. "Il me dit, normal : 'les terrasses, c’est moi'." "Il est fier de lui, il raconte ça comme s’il racontait qu’il était parti faire les courses et qu’il avait trouvé un baril de lessive en promotion. Il est content, voilà." Abdelhamid Abaaoud confie aussi comment il est rentré en France. "Il m’a dit : 'on est rentrés sans documents officiels', et qu’ils sont rentrés à plusieurs, qu’avec lui il y a des Syriens, des Irakiens, des Français, des Allemands, des Anglais. (…) Il me dit qu’ils sont rentrés à quatre-vingt-dix, et qu’ils sont un peu partout en Ile-de-France." 

"C'est mon cousin, il va terminer son travail"

Avant de descendre de voiture, Abdelhamid Abaaoud donne ses ordres : il veut une planque, deux costumes et deux paires de chaussures, selon Sonia. Celle-ci dit avoir conseillé à Hasna Aït Boulahcen d'appeler la police pour dénoncer son cousin. Mais celle-ci aurait refusé. "Elle me dit : 'non, c’est mon cousin, il faut comprendre, il va terminer son travail et puis il va partir."

Et, d'après Sonia, Abaaoud projetait bien de commettre de nouveaux attentats : "La phrase exacte qu’il m’a dite, c’est 'il y a eu des ratés, et je suis là pour faire en sorte qu’il n’y ait plus de ratés'." Hasna Aït Boulahcen aurait d'ailleurs parlé à Sonia des cibles qui devaient être attaquées le jeudi suivant : un centre commercial, ainsi qu’un commissariat et une crèche à la Défense, dans les Hauts-de-Seine. "Dans ma tête, je me dis : 'je sais que je vais les en empêcher'", affirme Sonia. La femme dit avoir appelé le 197, le numéro d’urgence mis en place par le ministère de l’Intérieur pour fournir des renseignements aux enquêteurs. Hasna Aït Boulahcen lui a donné l'adresse de la planque : 8, rue du Corbillon, à Saint-Denis. Le lendemain, le Raid donne l'assaut. Abdelhamid Abaaoud, Hasna Aït Boulahcen ainsi qu'un autre homme sont tués.