Centre national du contre-terrorisme : "En cas de bavure, le Président se trouve en première ligne"

Alain Rodier, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement, a essayé de comprendre sur franceinfo le rôle du "Centre national du contre-terrorisme" dont la création a été annoncée mercredi par l'Élysée.

Emmanuel Macron descend les Champs Élysées (Paris) en voiture militaire, le 14 mai 2017.
Emmanuel Macron descend les Champs Élysées (Paris) en voiture militaire, le 14 mai 2017. (ABD RABBO AMMAR / MAXPPP)
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L'Élysée a annoncé, mercredi 7 juin, la création d'un "Centre national du contre-terrorisme" placé directement auprès du président de la République. Alain Rodier, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R) a estimé sur franceinfo que l'intérêt du chef de l'État actuel pour les services de renseignement est "très positif" mais que le risque est qu'il n'y ait "plus le fusible nécessaire mais suffisant pour épargner le président". "Le président ne pourra pas dire qu'il n'est pas au courant en cas de problème", a-t-il expliqué.

franceinfo : Qu'est-ce qu'il y a de nouveau avec la création de ce "Centre national du contre-terrorisme" ?

Alain Rodier : Le rattachement de cette unité auprès de la présidence de la République signifie d'un côté que le Président se sent concerné par les services de renseignement. C'est très rare durant la 5e république. Il n'y avait que Rocard et Balladur qui s'intéresseraient aux renseignements. C'est très positif. Mais de l'autre côté, comme cette structure est placée sous l'autorité directe du chef de l'État, en cas de bavure, le Président se trouve en première ligne. Il n'y a plus le fusible nécessaire mais suffisant pour épargner le président. Le président ne pourra pas dire qu'il n'est pas au courant en cas de problème.

Le rôle de cette unité spécifique est-il clair ?

Non. Est-ce qu'il y aura une subordination hiérarchique ou est-ce que ce sera uniquement une structure de coordination ? Il faut attendre des précisions. Les services de renseignement sont aux ordres du politique, donc, de toute façon, ces services vont exécuter. 

On n'est pas aux États-Unis où les services de renseignement sont quasi un État dans l'État. En France, ils sont aux ordres.

Alain Rodier, directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement

à franceinfo

S'agit-il d'une strate supplémentaire dans un système déjà complexe ?

Est-ce qu'on n'est pas encore en train d'alourdir le système ? On verra comment fonctionne cette structure en action. Pour le moment, la présidence de la République est destinataire de toutes les diffusions, toutes les informations liées au terrorisme et donc peut-être qu'il y en avait trop et que cette structure fera le tri.