Saint-Denis : deux mois après l'assaut, les habitants de l'immeuble "humiliés"

Le 18 novembre dernier, plusieurs habitants d'un immeuble de Saint-Denis ont cru voir leurs dernières heures arriver quand les hommes du RAID sont intervenus pour déloger Abdelhamid Abaoud, considéré comme l'un des cerveaux des attentats de Paris. Deux mois après, un tiers seulement des 43 ménages qui vivaient dans l'immeuble ont été relogés.

(L'immeuble du 48 rue le la République deux mois après l'assaut du RAID © RF / Alice Serrano)
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 Abdel vivait avec sa femme et sa fille en face de l'appartement où s'étaient retranchés les terroristes. "On a appris que les assurances s'étaient réunies et qu'il n'y avait aucune indemnisation, on n'avait pas le statut de victime accordé par l'Etat. On est humilié."

 

Humilié car deux mois après on n'a toujours pas proposé un logement à cet ingénieur en recherche d'emploi. Humilié car il vit entassé avec sa femme, sa fille, sa sœur et sa nièce dans un 37 m2, des cafards au sol, alors qu'il louait un 50m2 à trois. Humilié car le statut de victime collatérale du terrorisme ne lui a pas été accordé, il n'a perçu aucune indemnité alors que les douilles jonchent encore le sol de son appartement, que certains de ses meubles sont cassés, son mur témoigne encore des impacts de balle. Humilié car il n'a eu que 10 minutes pour récupérer ses affaires personnelles dans le noir, l'immeuble ne dispose plus d'électricité.

Saint-Denis : deux mois après l'assaut, les habitants de l'immeuble "humiliés" - le reportage d'Alice Serrano
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Ce père de famille a le sentiment de payer le fait de vivre à Saint-Denis, une banlieue à la mauvaise réputation. Sa sœur, qui est-elle propriétaire de l'un des logements qu'elle a dû évacuer, doit encore rembourser son prêt pour un appartement qu'elle n'habite plus, doit payer des charges pour de travaux d'urgences effectués dans un immeuble qu'elle n'a plus l'espoir de réintégrer.

 

Même constat pour les trois habitants que j'ai rencontrés. Ils ne sont pas bien, pas bien du tout. Certains en arrêt maladie, d'autres, en "burn out". Il faut bien voir qu'ils n'ont pas pu réintégrer leurs logements, n'ont pu récupérer qu'une partie de leurs effets personnels pour certains, rien pour ceux qui vivaient dans le bâtiment investi par les terroristes. Il a été placé sous scellés.