Au procès de Francis Heaulme, ses anciens codétenus appellent leur "ami" à "dire la vérité"

Trois de ses anciens voisins de cellule ont été entendus jeudi après-midi, alors que le procès entre dans sa dernière ligne droite. L'un d'entre eux a fendu l'armure de l'accusé, pour un court instant.

Francis Heaulme au premier jour de son procès devant la cour d\'assises de la Moselle, à Metz, le 25 avril 2017. 
Francis Heaulme au premier jour de son procès devant la cour d'assises de la Moselle, à Metz, le 25 avril 2017.  (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCEINFO)
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Catherine FournierFrance Télévisions

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Il est 19 heures, jeudi 11 mai, dans la salle des assises de Metz. La fatigue et la chaleur électrisent la cour, qui entre dans la dernière ligne droite du procès de Francis Heaulme, jugé depuis près de trois semaines pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz. A la barre, un homme au verbe haut, bien campé sur ses deux jambes, demande au président : "Est-ce qu'il peut me regarder dans les yeux ?" Francis Heaulme, debout dans le box, s'approche de la vitre. Le témoin tourne la tête vers lui : "S'il dit que je mens, mon regard sur lui va changer totalement." L'accusé baisse la tête, les bras croisés devant lui, comme hésitant.

Pascal Michel était son voisin de cellule à la maison d'arrêt de Metz en 2006. Ils ont échangé "des bouts de papier à travers la fenêtre", puis du "tabac" et des confidences en "salle de muscu". Le tueur en série lui aurait avoué avoir tué les deux enfants en septembre 1986. "Je lui ai parlé de Montigny, oui, mais je lui ai dit que ce n'était pas moi", proteste doucement Francis Heaulme. "Alors, je ne suis pas ton ami", se vexe son ancien codétenu. Silence. "Si, tu es mon ami. Je t'ai parlé de Montigny, mais je ne t’ai pas dit 'j’ai tué les enfants'." Pour la première fois depuis le début de ce procès, l'accusé semble enclin à se livrer. Le témoin, grand gaillard vêtu de noir, l'encourage : "Tu m’as toujours respecté, c’est ça l’amitié. Ici, c’est l’endroit où on peut dire la vérité." La salle retient son souffle. Puis l'occasion tant espérée est tuée dans l'œuf par une protestation de la défense et une question couperet du président. Francis Heaulme se rassoit.

"Il ne peut pas être lui même"

Ce moment d'audience, peut-être gâché trop vite, intervient alors que Pascal Michel dressait le portrait d'un autre Francis Heaulme. Celui qui vit derrière les murs depuis maintenant 25 ans, soit près de la moitié de sa vie. Un endroit où sa rage meurtrière semble contenue, sevrée d'alcool et d'errances, assommée de neuroleptiques. Autant son itinéraire a été sanglant, entre 1984 et 1992, autant son parcours carcéral paraît sans incidents. 

C’est moche de dire ça, mais il est attachant.

Pascal Michel

devant la cour d'assises de Metz

Son ancien codétenu assure avoir "découvert quelqu'un de très respectueux, très drôle, qui a adopté les codes de la prison". A savoir le "respect" et le silence. "C’est pas une balance, il savait que j’avais un téléphone portable, il n'a jamais rien dit." Les deux hommes parlent la même langue. "Il ne vous comprend pas", fait observer le témoin après une question de la partie civile. "Là, il est dans une cour d’assises, il ne peut pas être lui-même."

Un codétenu amène

Avant Pascal Michel, deux autres codétenus ont également décrit un homme "généreux", qui "servait le café" et ouvrait "un paquet de bonbons Haribo" quand il recevait "chez lui" – en cellule. "Le courant passait très bien, il me faisait rire à larmes (sic)", a raconté Michel Lys, petit homme maigrichon plutôt confus, à qui Francis Heaulme aurait également parlé du double meurtre de Montigny, lorsqu'ils étaient à l'isolement à la maison centrale d'Ensisheim, en 2008. 

Il a l'air bien triste. Je le regarde, il me fait beaucoup de peine.

Michel Lys

devant la cour d'assises de Metz

Francis Grégoire, lui, se souvient des "parties d’échecs" avec l'accusé à la maison d'arrêt de Metz entre juillet et octobre 2002. "Il me mettait des volées, il était très très fort." Il faut dire que les amis de Francis Heaulme ne sont pas très nombreux en prison. "Tout le monde disait 'c’est un tueur de série'. En centrale, on y est pas pour rien", observe Michel Lys, qui s'inquiète du sort de son ancien codétenu s'il est condamné à l'issue de ce procès : "A la centrale, ils vont tous le lyncher, lui cracher dessus." "Michel Fourniret est aussi incarcéré à Ensisheim et personne ne lui a rien fait", relativise l'avocate générale. 

Il n'empêche. Avouer le meurtre de deux enfants ne serait pas sans effet sur ses conditions de détention. Selon Michel Lys et Pascal Michel, Francis Heaulme craint surtout de ne plus voir sa sœur, la seule à lui rendre visite. Lorsqu'il reconnaît avoir tué le petit Joris Viville, 9 ans, ce qui lui vaut d'être condamné à perpétuité en 1997, elle cesse de venir le voir pendant un an. "Je lui ai dit 'Pourquoi tu le dis pas [pour Montigny] ?'", explique Pascal Michel à la barre. "Je peux pas, je peux pas, je peux pas", lui aurait répondu Francis Heaulme. "Pour Joris, la sœur elle n'est pas venue pendant un an, alors là, elle ne va pas venir pendant combien de temps ?" Entendue la première semaine du procès, Christine Heaulme a pourtant juré à son frère qu'elle ne l'abandonnerait "jamais".

Des confessions troublantes 

Si l'empathie de ces codétenus peut sembler sincère, il n'en reste pas moins qu'ils sont là pour porter l'accusation contre Francis Heaulme. Assis sur un fauteuil roulant, Francis Grégoire confirme l'avoir entendu lui dire qu'il "s’était pris des cailloux" ce 28 septembre 1986 à Montigny-lès-Metz, et qu'il s’était "vengé" avec "l'autre", un complice. "Il m’a dit qu’il avait baissé le froc du plus grand", ajoute-t-il. Alexandre Beckrich, qui avait le pantalon baissé, faisait 10 cm de plus que Cyril Beining.

Pascal Michel fait un récit encore plus détaillé des confessions qu'il aurait reçues, avec "détachement". A la barre, le détenu mime la scène et fait les questions-réponses : "Je lui ai dit : 'Tu me manques de respect, tu veux me faire croire que tu as couru après deux gosses plein de vie alors que tu avais bu ?' Il a répondu : 'Je suis tombé et c’est eux qui sont venus vers moi pour me ramasser.' 'Tu te fous de ma gueule, tu veux me faire croire à moi, que pendant que tu étais en train de fracasser un gosse, l’autre il regardait, il faisait rien ?' Il m’a dit 'bah ouais'."

"Personne ne m'a vu faire ça"

La défense monte au créneau et lit un rapport rédigé par un surveillant pénitentiaire sur le témoin. Il fait état de "pressions et menaces" sur Francis Heaulme pour qu'il "s'implique dans le meurtre de Montigny" et souligne la ressemblance de Pascal Michel avec Patrick Dils. L'audience bascule dans le surréaliste avec cette question de Stéphane Giuranna, l'avocat de la défense, à l'ancien codétenu : "Où étiez-vous ce 28 septembre 1986 ?" 

Les parties civiles auront le dernier mot, par la voix de Thierry Moser : "Il faut revenir à l’essentiel et ne pas se perdre dans des niaiseries." L'avocat du père d'Alexandre Beckrich préfère penser que les jurés resteront sur cette lettre projetée devant la cour, écrite le 10 mars 2005 par Francis Heaulme à Pascal Michel, transféré dans une autre prison. On peut y lire : "J'ai plus d’affaire, je suis tranquille pour Montigny, ils ne peuvent pas dire que c’est moi, personne ne m’a vu faire ça." Le verdict sera rendu le 18 mai.