Les groupes violents dans le viseur. Après la mort du militant antifasciste Clément Méric, agressé par des militants d'extrême droite mardi, le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a demandé samedi 8 juin au ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, d’engager immédiatement la procédure de  dissolution des Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR). Quatre des cinq suspects placés en détention provisoire dans le cadre de l'enquête ont indiqué aux enquêteurs être des sympathisants du groupe d'extrême droite Troisième Voie, parent des JNR.

Un conseiller de Jean-Marc Ayrault a assuré que la mobilisation concernant les JNR allait "au-delà de ce qui s'est passé" mardi. "Les conditions, très restrictives, pour engager une procédure contradictoire de dissolution sont réunies", a-t-il précisé. Des éléments de renseignement laissent notamment penser que les JNR étaient en passe de constituer un "groupe de combat". Explications.

Qu'est-ce que les JNR ?

Les JNR sont un petit mouvement d'extrême droite radicale dirigé par une figure du mouvement skinhead, Serge Ayoub, alias "Batskin". Aujourd'hui proche de la cinquantaine, Serge Ayoub a lancé en 2010 Troisième Voie, dont les JNR, comptant vingt à trente militants, sont une sorte de service d'ordre. Tout de noir vêtus, ils arborent parfois une devise héritée des fascistes italiens : "Croire, obéir, combattre".

Troisième Voie se réclame du "solidarisme" : au sein de l'extrême droite, il s'agit d'un discours teinté de social, qui remonte aux années 1970, avec un double refus du "marxisme totalitaire", alors incarné par l'URSS, et du "capitalisme international" des Etats-Unis. Les JNR sont nées une première fois en 1987. "C'est alors le premier groupuscule qui organise vraiment politiquement la jeunesse skinhead d'extrême droite, éparpillée par nature", explique l'historien Nicolas Lebourg, spécialiste de cette mouvance.

Ces dernières années, Troisième Voie et les JNR se sont faits assez discrets, si ce n'est lors du défilé traditionnel de l'extrême droite radicale, distinct de celui du Front national, au mois de mai. Ils ont un lieu de ralliement, Le Local, un établissement situé dans le 15e arrondissement de Paris et tenu par Serge Ayoub.

Quelle est leur défense dans l'affaire Clément Méric ?

"C'est bizarre, les JNR ne sont pas impliquées dans l'affaire. Ayrault, en voulant mettre en pièces l'extrême droite, met en pièces l'intelligence", a réagi Serge Ayoub, le dirigeant des JNR. Les JNR, "ça n'a pas de statut, pas de structure juridique, ça n'existe pas", dit-il. Serge Ayoub a été entendu vendredi dans le cadre de l'enquête sur la mort de Clément Méric. 

Jeudi soir, sur i-Télé, le leader des JNR a affirmé n'avoir "aucune responsabilité" dans cette affaire. Sur un ton provocateur, habituel chez cet homme connu pour ses talents d'orateur, il a refusé de condamner l'homicide du militant antifasciste, allant jusqu'à lancer : "Celui qui est mort est l'agresseur."

Comment est-il possible de les dissoudre ?

Pour qu’un groupe soit dissous, un décret doit être signé en Conseil des ministres par le président de la République, en vertu de la loi du 10 janvier 1936. Celle-ci visait les ligues fascistes qui avaient tenté un coup de force contre la République le 6 février 1934.

Un groupe peut être dissous s'il présente au moins une des sept caractéristiques prévues par la loi. Sont par exemple concernés ceux "qui provoqueraient des manifestations armées dans la rue", "provoqueraient à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine" ou "présentent, par leur forme et leur organisation militaires, le caractère de groupes de combat ou de milices privées".

Depuis vingt ans, à peine une dizaine de dissolutions ont été ordonnées en vertu de la loi du 10 janvier 1936. Cette loi a été particulièrement utilisée (PDF) dans les années 1930 contre les milices d'extrême droite, durant la guerre d’Algérie (FLN, OAS) et durant les événements de mai 1968.