La police accusée de montage dans l'affaire de Tarnac

Des parlementaires de gauche et les avocats de Julien Coupat et des huit personnes mises en examen dans l'affaire des sabotages de lignes SNCF, font état de {"présomptions très sérieuses de falsifications"} par les enquêteurs et dénoncent un {"florilège de manipulations"}.

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"On est au-delà de la déloyauté, on est dans des présomptions très sérieuses de la falsification sinon de la fabrication de preuves", a déclaré Maître William Bourdon lors d'une conférence de presse à l'Assemblée nationale aux côtés de plusieurs parlementaires de gauche. "Au-delà de l'absence de charges, du fiasco judiciaire, on est dans le scandale judiciaire, on est dans le scandale d'Etat" .

Evoquant des "manipulations" de l'enquête, les avocats citent notamment un témoignage anonyme et très à charge du 14 novembre 2008, trois jours après les interpellations. Selon le quotidien Libération, ce témoin "sous X" a de nouveau déposé, cette fois sous sa réelle identité, un mois plus tard et son témoignage allait "radicalement à l'encontre des propos" tenus quand il était témoin anonyme. Selon Me Bourdon, "ce témoin affirme lui-même qu'il a gravement été manipulé" . De plus, la défense estime que le procès-verbal pourrait avoir été antidaté.

Autre grief de la défense : le procès-verbal de filature établi par la police le soir des sabotages. Il semble démontrer la présence près d'une ligne du TGV sabotée, en rase campagne et en pleine nuit, de Julien Coupat, supposé chef du groupe, et de son amie Yldune Lévy. Mais le "timing" mentionné par les policiers rend impossible un des déplacements relatés. Ils n'auraient donc pas réalisé cette filature. "Ils n'y étaient pas et ils ont inventé", a déclaré Me Jérémie Assous, autre avocat de Coupat.

"Le gouvernement n'échappera pas à une demande de commission d'enquête parlementaire de la gauche sur ce dossier, qui ressemble de plus en plus à une affaire d'Etat" , a résumé le député socialiste André Vallini. Plusieurs parlementaires ont interpellé le gouvernement, à l'image de Noël Mamère ou François Hollande, qui a invité la ministre de la Justice et ancienne ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie à "dire tout ce qu'elle sait".

Neuf membres d'un supposé groupe d'ultra-gauche, arrêtés en novembre 2008 pour la plupart à Tarnac (Corrèze), ont été mis en examen pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste" pour des sabotages commis par le placement de fers à béton sur des caténaires dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, ainsi que le 26 octobre 2008. La police suit toujours la piste du groupe de Tarnac, comme le montre l'arrestation hier dans le village d'un nouveau suspect, compagnon d'une des femmes mises en examen.

Anne Jocteur Monrozier, avec agences