Jacqueline Sauvage : "Recevoir des claques n’est pas normal"

Après avoir bénéficié d'une grâce présidentielle partielle, la sexagénaire livre ses premières impressions dans un entretien publié par "L'Obs". Elle estime être devenue, "sans le vouloir", un symbole des femmes battues.

Jacqueline Sauvage devant la cour d'assises de Blois (Loir-et-Cher), le 1er décembre 2015.
Jacqueline Sauvage devant la cour d'assises de Blois (Loir-et-Cher), le 1er décembre 2015. (MAXPPP)
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"J'étais tellement contente, j'ai sauté de joie." Quand elle a appris sa grâce présidentielle partielle, Jacqueline Sauvage, condamnée pour meurtre en 2014, a laissé éclater son émotion. Douze jours après cette remise gracieuse, elle livre ses premières impressions, dans un entretien accordé à L'Obs, depuis sa prison de Réau (Seine-et-Marne). La sexagénaire salue notamment les efforts de ses filles, dont elle vante le "courage" : "Je leur serai reconnaissante toute ma vie."

"[Ce geste] obéissait à une réaction de survie", indique-t-elle, interrogée sur le moment où elle a tiré sur son ex-mari, avant d'être condamnée à dix ans de prison. "Pendant cet instant très bref où j’ai tiré, je ne me contrôlais plus. C’est dans cet état que m’avait poussée la violence perpétuelle de mon mari." Dans ces réponses transmises par écrit – grâce à l'entremise de sa fille Sylvie Marot – Jacqueline Sauvage ajoute que "l'emprise [de son ancien mari] n'a pas disparu" et que ses nuits sont encore agitées par des cauchemars.

"Je suis devenue un symbole sans le vouloir"

L'histoire de cette femme battue, condamnée à dix ans de prison pour avoir tué son mari, a fait grand bruit dans l'opinion. En témoigne la pétition de soutien, signée par plus de 435 000 personnes. L'ampleur de cette mobilisation a surpris l'intéressée. "Je suis devenue un symbole sans le vouloir, explique-t-elle. Je pense que beaucoup de femmes se reconnaissent dans cette histoire, je m'en rends bien compte à travers tous les courriers que je reçois." Ainsi, dans une tribune publiée par francetv info, la comédienne Eva Darlan rappelait qu'il y a chaque année "134 femmes qui meurent par an sous les coups de leurs compagnons. Et qui ne font jamais la une des journaux."

Après la condamnation de leur cliente, ses avocates ont défendu l'idée d'une "légitime défense différée", dans une tribune publiée par Le Monde. Jacqueline Sauvage réclame également une évolution de la loi, afin que les femmes battues et leurs familles "soient reconnues pour ce qu'elles sont, des victimes". Comme pour rappeler une évidence oubliée, elle leur adresse d'ailleurs un message : "On ne doit pas se laisser faire, recevoir des claques n’est pas normal."