"J'ai rarement vu des gens dans cet état-là" dit un psy qui aide les rescapés

Après le choc des attentats de Paris, se pose désormais la question de la prise en charge des rescapés et des proches de victime. A la mairie du XIe arrondissement de Paris, une cellule de soutien psychologique a été mise en place.

(Hommages aux victimes près du Bataclan © Revelli-Beaumont/SIPA)
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franceinfoRadio France

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A la sortie de la mairie, samedi matin, Jean-Marie de Peretti, est effondré. Il vient de perdre sa fille et malgré la douleur, il accepte de témoigner. Elle assistait au concert du Bataclan. "Depuis plusieurs mois, notre fille Aurélie nous parlait de ce concert. Ça lui a fait quitter la vie, on ne la reverra plus. Toute cette nuit, on l'a vécue devant l'écran de télé. On a gardé l'espoir…"  Une douleur d'autant plus forte qu'il n'a appris la nouvelle qu'à 14h le lendemain de l'attentat. La sœur de Jean-Marie de Peretti a pourtant passé la nuit au téléphone. "Ce qui est démoralisant, c'est qu'à chaque fois, on vous dit on vous rappelle. Et personne jamais ne vous rappelle. C'est l'horreur".

 

"J'ai rarement vu des gens dans cet état-là" témoigne un psychiatre qui aide les rescapés - reportage signé Gaele Joly
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La famille de Jean-Marie de Peretti redoute maintenant de devoir l'annoncer au reste de la famille car prévenir les proches, c'est une grande difficulté, témoigne Jean-Pierre Vouche. Les traits tirés, le regard fatigué, il n'a pas dormi de la nuit. Il était l'un des premiers psychologues vendredi soir sur le terrain.

"Il y avait un homme qui venait de perdre sa femme et il ne savait pas comment l'annoncer à ses enfants. Je dois le revoir et sûrement je vais aller à domicile. Je suis en intervention pour le restaurateur, ce restaurateur qui a perdu sa femme. Je dois annoncer à un enfant de huit ans la mort de sa maman. J'ai pris en charge également plusieurs personnes de ce restaurant qui ont été choquées ".

 

"Ce qui nous inquiète, ce sont les gens qui n'ont aucune émotion"

Et pour tous ces proches de victimes et ces rescapés, il faut un accompagnement psychologique pour surmonter l'épreuve. La plupart sont dans un état de choc post-traumatique, poursuit Christophe Debien, psychiatre dans un hôpital de Lille. "Quand on est soumis à un tel stress, notre cerveau est incapable de l'absorber. Les personnes se déconnectent. Et le risque, c'est qu'elles cicatrisent avec des séquelles. Quand elles expriment quelque chose, ça nous rassure. Ce qui nous inquiète, ce sont les gens qui n'ont aucune émotion. On a croisé plutôt des gens qui vont très mal". Et particulièrement ceux qui étaient au Bataclan. "J'ai rarement vu des gens dans cet état-là".

  

Un groupe de jeunes ressort de la cellule de crise. Ils ont perdu plus d'une dizaine de leurs amis qui fêtaient un anniversaire à la terrasse du restaurant La Belle Equipe, vendredi soir.