Homme abattu à Orly : l'opération Sentinelle "réduit plutôt la sécurité des Français qu'elle ne l'augmente"

Michel Goya, ancien colonel des troupes de Marine et spécialiste des questions défense, a récusé samedi l'intérêt de l'opération Sentinelle. Il dénonce une opération d'affichage politique et regrette son coût humain, "l'équivalent de l'engagement en Afghanistan".

Des soldats de l\'opération Sentinelle à Paris en novembre 2015.
Des soldats de l'opération Sentinelle à Paris en novembre 2015. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)
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franceinfoRadio France

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Un homme a été abattu samedi 18 mars aux alentours de 8h30 à l'aéroport d'Orly, après avoir tenté de s'emparer de l'arme d'une militaire de l'opération Sentinelle. Cette opération de l'armée française a été déployée au lendemain des attentats de janvier 2015 de Charlie Hebdo pour faire face à la menace terroriste et protéger les points sensibles du territoire.

Pour Michel Goya, ancien colonel des troupes de Marine, professeur à Science Po et spécialiste des questions de défense, cette opération Sentinelle n'est pas efficace. "Elle est contre-productive", a t-il même estimé, et "réduit plutôt la sécurité des Français qu'elle ne l'augmente".

franceinfo : L'opération Sentinelle a-t-elle bien fonctionné aujourd'hui ? 

Michel Goya : Les soldats de l'opération Sentinelle sont capables de se défendre, c'est évident. Mais depuis 1995 qu'il y a en permanence des soldats, cette opération (Vigipirate et Sentinelle) n'a jamais arrêté le moindre attentat, la moindre attaque contre des civils. En revanche, tout cela a un coût. Cela a coûté, depuis plus de 20 ans aux alentours de 700 millions d'euros. Cela aurait été plus utile, pour la sécurité des Français, s'ils avaient été investis dans d'autres organes de sécurité, notamment de sécurité intérieure ou de renseignement intérieur.

L'opération Sentinelle représente-t-elle un coût humain ?

C'est le moins que l'on puisse dire. Elle repésente des millions de journées de travail. En terme d'investissement humain, c'est l'équivalent de l'engagement en Afghanistan. Cette opération Sentinelle représente entre 7 000 et 10 000 hommes déployés en permanence, et vous avez en plus un affaiblissement des capacités de nos forces armées, une réduction de l'entrainement... En réalité, cette opération affaiblit les forces. Ces forces sont normalement destinées à affronter des ennemis sur des théâtres extérieurs. 

Du point de vue de l'État major à Raqqa, l'opération Sentinelle est une victoire pour les organistations jihadistes qui ont écarté la menace d'eux.

Michel Goya, ancien colonel et spécialiste défense

Le président de la République François Hollande a réaffirmé le rôle de l'opération Sentinelle. Est-ce une opération d'affichage politique ?

Très clairement. Le seul intérêt que l'on pourrait y voir est éventuellement de rassurer, ce qui n'est pas négligeable, mais assez factice. Des militaires peuvent protéger ponctuellement des sites sensibles, mais ils ne peuvent pas protéger toute la population, c'est évidemment impossible. Si quelqu'un veut s'attaquer à des civils, il n'a que l'embarras du choix, il lui suffit d'éviter les forces Sentinelle.

"Sentinelle n'a jamais arrêté le moindre attentat, la moindre attaque contre des civils" - Michel Goya, ancien colonel des troupes Marine et spécialiste défense.

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