Fusillade à Grasse : qui est le lycéen soupçonné d'avoir ouvert le feu dans son établissement ?

Killian B., un adolescent de 16 ans, affirmait être harcelé par d'autres élèves. Il est décrit comme un élève "fragile et fasciné par les armes".

Des membres du Raid interviennent lors de la fusillade au lycée Alexis-de-Tocqueville, à Grasse (Alpes-Maritimes) le 16 mars 2017.
Des membres du Raid interviennent lors de la fusillade au lycée Alexis-de-Tocqueville, à Grasse (Alpes-Maritimes) le 16 mars 2017. (VALERY HACHE / AFP)
avatar
avec Vincent Matalon et Catherine FournierViolaine JaussentFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Il s'appelle Killian B. Cet élève du lycée Alexis-de-Tocqueville à Grasse (Alpes-Maritimes) a ouvert le feu, jeudi 16 mars, au sein de son établissement. Il a blessé légèrement quatre personnes, dont le proviseur, avant d'être interpellé sans opposer de résistance. Que sait-on de cet élève scolarisé en 1re littéraire, décrit par la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, comme "fragile et fasciné par les armes" ?

De mauvaises relations avec d'autres élèves

Les motivations de l'auteur de la fusillade "semblent liées aux mauvaises relations qu'il entretiendrait avec d'autres élèves" de l'établissement, a expliqué jeudi après-midi, au cours d'un point presse, la procureure de Grasse. Fabienne Atzori a exclu tout lien "avec une entreprise terroriste". "Il semblait présenter des difficultés à s'intégrer", a-t-elle ajouté.

C'est aussi ce qui ressort d'une conversation sur Twitter entre un élève de la classe de Killian B., qui dit être son ami, et un jeune homme qui a fréquenté ce lycée entre 2013 et 2016, contacté par franceinfo. Dans cet échange, l'ami révèle que ses camarades se moquaient du suspect.

Capture d\'écran de la conversation sur Twitter.
Capture d'écran de la conversation sur Twitter. (TWITTER)

Difficile de savoir jusqu'où ces moqueries sont allées. Mais selon des témoins cités vendredi par Najat Vallaud-Belkacem, et des informations recueillies par franceinfo, le 16 mars, Killian B. "cherchait un ou des élèves en particulier". Selon BFMTV, il a expliqué en garde à vue qu'il "se sentait harcelé" par certains élèves et qu'il voulait "se venger".

Un attrait pour le satanisme

Le recteur de l'Académie de Nice a estimé, vendredi, que l'Education nationale n'avait pas pu anticiper le basculement dans la violence du lycéen, "un gamin qui est décrit avec une gueule d'ange". Les chefs d'établissements ont reçu des consignes pour signaler les comportements de violence en milieu scolaire. En l'espèce, "cette anticipation, visiblement, n'a pas fonctionné, quand on se rend compte que ce gamin était sur les réseaux sociaux", a ajouté Emmanuel Ethis.

Car sur les réseaux sociaux, c'est un tout autre visage que Killian B. dévoile. Dans ses différents profils, que franceinfo a pu consulter, le jeune homme "à la gueule d'ange" publiait des dessins faisant référence à un imaginaire morbide et à des rituels satanistes. Dans une vidéo publiée sur Facebook en novembre 2016, il s'affichait derrière un masque à gaz et un masque de clown, une arme vraisemblablement factice à la main, qu'il pointait face à la caméra avant de la positionner sur sa tempe.

Sur son profil, le suspect avait également mis en ligne, le 11 février, une photo des deux tireurs de Columbine (Colorado, Etats-Unis), qui avaient tué 12 lycéens en 1999. Cet intérêt pour cette fusillade se retrouvait également sur sa page YouTube : le jeune homme y avait en effet créé une playlist contenant deux vidéos faisant référence à la tuerie. Il y avait en outre publié une phrase : "Celui qui marquera l'histoire avec votre sang."

Sur l'un de ses comptes Twitter, un seul message apparaît : le retweet d'une vidéo de l'attentat terroriste au camion-bélier perpétré à Nice le 14 juillet 2016. Killian B. défend le partage de cette vidéo dans un échange avec des utilisateurs du réseau social qui le critiquent.

Capture d\'acran du compte Twitter de Killian B.
Capture d'acran du compte Twitter de Killian B. (TWITTER)

L'ami de Killian B. qui a échangé avec l'ancien élève parle aussi d'une attirance pour la violence.

Plusieurs armes en sa possession

Lorsqu'il est entré dans son lycée, jeudi, Killian B. était en possession d'un pistolet, d'un fusil, d'un revolver et de deux grenades, a appris franceinfo de source policière. Des armes de poing et des grenades à plâtre ont été découvertes sur le jeune tireur, et un engin explosif artisanal, dont la dangerosité n'a pas été précisée, a été retrouvé dans son sac à dos.

Que cet adolescent soit en possession d'un tel arsenal a visiblement surpris. "Je cite ce que me disait un de ses enseignants : 'C'était un élève qui ne payait pas de mine, dont on n'aurait jamais imaginé un seul instant qu'il puisse être, comme on l'a découvert par la suite, fasciné par les armes de guerre'", a déclaré la ministre de l'Education nationale.

Comment cet adolescent, visiblement fasciné par la violence, a-t-il pu se procurer ces armes ? "Le revolver était chez le grand-père" et le fusil chez ses parents, selon France Bleu Azur et l'AFP. Son père est conseiller municipal de Grasse, adhérent du RPF, un micro-parti de droite, a appris franceinfo. Sa mère est une femme au foyer. Le maire Les Républicains de Grasse, Jérôme Viaud, a confirmé face à la presse "connaître la famille" du suspect.

Un ami qui l'a aidé ?

Killian B. n'avait visiblement pas beaucoup d'amis, mais il en avait au moins un sur lequel il pouvait compter : Lucas R., âgé de 17 ans. Jusqu'où ? Selon une source policière contactée par franceinfo, les deux adolescents étaient très liés et ont effectué une partie de leur scolarité ensemble. 

Lucas R., activement recherché depuis jeudi, a été arrêté vendredi, sans heurt, peu avant midi, à 25 kilomètres de Grasse, dans une rue de Callian (Var). Son profil avait été diffusé par la PJ de Nice après l'interpellation de son jumeau, lui aussi ami avec le tireur. Lucas R. a été placé en garde à vue. Il est soupçonné de complicité dans le cadre de l'enquête ouverte pour "tentatives d'assassinats".

Peu d'informations ont filtré sur Lucas R.. Il a changé de compte Facebook en janvier. Il aurait ouvert un nouveau compte avec le pseudo "Lucas Kilmister", en référence à Lemmy Kilmister, le leader du groupe de heavy metal britannique Motörhead, décédé en 2015. Ce compte montre un attrait certain pour la violence. "Lucas Kilmister" "like" régulièrement les publications sur Facebook de Killian B., et vice-versa. Plus troublant, les deux garçons ont changé de photo de profil lundi en fin d'après-midi à 45 minutes d'intervalle. Lucas pour mettre une photo de Motörhead, Killian celle d'un squelette aux cheveux longs vêtu d'une veste, avec deux armes à la main. C'est le personnage d'un jeu vidéo, un psychopathe, tueur de masse.

Capture d\'écran du profil Facebook de Killian B.
Capture d'écran du profil Facebook de Killian B. (FACEBOOK)

Dans les photos de profil de "Lucas Kilmister" apparaît notamment un cliché de T.J. Lane, un garçon de 17 ans auteur du meurtre de trois lycéens, dans l'Ohio, aux Etats-Unis, en 2012. C'était lors de son procès, un an plus tard. Lorsque le juge lui avait laissé la parole pour faire une courte déclaration, T.J. Lane, tourné vers les familles de ses trois victimes, avait agité sa main gauche et lancé : "La main qui a appuyé sur la gâchette qui a tué vos fils sert à me masturber avec ce souvenir." Il leur avait ensuite fait un doigt d’honneur et s'était réinstallé à sa place. Il a été condamné à la prison à vie sans possibilité de remise de peine.

"Il m'a envoyé un message lundi car il cherchait à entrer en contact avec T.J. Lane. Il voulait lui envoyer un dessin violent pour avoir son avis, mais le courrier lui avait été retourné", explique à franceinfo David Brocourt, un plasticien et collectionneur. Passionné par les serial killers, cet homme correspond avec certains d'entre eux par courrier, et archive précieusement leurs réponses. "Lucas Kilmister" l'avait ajouté en ami sur Facebook il y a quelques mois. "Je ne l'ai jamais rencontré, mais il m'envoyait parfois des messages", précise David Brocourt à franceinfo.