Un mois après la disparition de Maëlys, les enquêteurs butent sur l'énigme Nordahl L.

L'ancien militaire de 34 ans, mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineur de 15 ans, est en détention provisoire. Il clame son innocence malgré les éléments compromettants dont disposent les gendarmes.

Nordahl L., suspect dans l\'affaire de la disparition de la petite Maëlys, sur une photo publiée sur son compte Facebook.
Nordahl L., suspect dans l'affaire de la disparition de la petite Maëlys, sur une photo publiée sur son compte Facebook. (FACEBOOK)
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Juliette CampionCatherine FournierFrance Télévisions

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Sur la petite route qui mène à la salle des fêtes de Pont-de-Beauvoisin (Isère), trois gamins discutent après la sortie des classes, mercredi 20 septembre. Le soleil a radouci l'atmosphère, après plusieurs jours de pluie automnale. "Il se promenait avec ses deux chiens. Les gendarmes ont cherché dans un trou d'eau, mais si je t'assure !" "Il", c'est Nordahl L., le suspect numéro 1 dans l'affaire de la disparition de la petite Maëlys. La fillette de 9 ans s'est volatilisée depuis un mois, dans la nuit du 26 au 27 août, lors d'un mariage célébré dans la salle polyvalente située quelques mètres plus loin.

Il n'est pas rare de surprendre ce genre de conversations dans le bourg de 3 500 habitants. Les battues ont cessé, les journalistes sont partis, mais le joli visage de l'enfant est encore bien présent, figé sur les avis de recherche scotchés aux devantures des commerces. Nordahl L., l'homme de 34 ans mis en examen pour son enlèvement et sa séquestration, est connu dans le village. C'est un enfant du pays, arrivé à l'âge de 6 ans à Domessin, à 5 kilomètres de là, avec ses parents, son frère et sa sœur.

Un avis de recherche pour retrouver Maëlys, affiché sur la devanture d\'un commerce à Pont-de-Beauvoisin (Isère), le 22 septembre 2017. 
Un avis de recherche pour retrouver Maëlys, affiché sur la devanture d'un commerce à Pont-de-Beauvoisin (Isère), le 22 septembre 2017.  (CATHERINE FOURNIER / FRANCE INFO)

"Gentil, timide et doux"

"On se connaît tous, on a été à l'école ensemble dans les années 1980, on faisait de la mobylette. Nordahl, c'est un bon copain d'adolescence", résume Damien, décrivant au téléphone un garçon "gentil, timide et doux". "Après, on a tous fait nos vies, on peut changer", nuance le trentenaire. "Je l'ai connu avec ma sœur, nous sortions souvent avec lui, il était très gentil, je m'en souviens encore aujourd'hui et il n'a jamais eu de gestes déplacés... J'ai du mal à croire tout ça... Je ne sais que dire de plus...." lâche de son côté Anita, encore abasourdie.

Ces amis-là l'ont perdu de vue après son engagement dans l'armée en 2002. Nordahl L., né en 1983, a alors 19 ans. Il est affecté comme maître-chien au 132e bataillon cynophile de l’armée de terre basé à Suippes, dans la Marne. Il s’agit d’un bataillon d’infanterie spécialisé dans la détection d’armes, la recherche d’explosifs ou de stupéfiants.

Condamné pour un incendie

Ses proches d'hier et d'aujourd'hui sont unanimes : le jeune Isérois nourrit une véritable passion pour les chiens. Mais l'aventure dans l'armée va s'arrêter net cinq ans plus tard : selon une source proche de l'enquête, Nordahl L. est réformé "P4", ce qui correspond à des troubles psychologiques incompatibles avec l'exercice militaire. Sa consommation de drogue est aussi en cause, selon Paris-Match. D'après le magazine, Nordahl L. a été interpellé sur zone militaire en mai 2004 et décembre 2005 pour "usage de stupéfiants et autres infractions à la législation des stupéfiants".

A son retour dans l'Isère, l'ancien militaire bascule dans la délinquance. Dans la nuit du 15 au 16 octobre 2008, il incendie, avec deux autres copains, le snack-bar "La Plage" à Paladru. Il écope d'un an de prison ferme en avril 2009, mais bénéficie d'un aménagement de peine.

Nordahl L. tente de se refaire en lançant sa société d'élevage canin. Elle est enregistrée en février 2010 et domiciliée à Chambéry. Mais l'expérience périclite et le jeune homme enchaîne des petits boulots en intérim, dont une mission de cariste dans l'usine des sirops Routin, institution locale.

Courses de voitures et boxe thaï

Sur son compte Facebook de l'époque, qu'il n'a pas fermé, on trouve des films de ses deux chiens, deux bergers malinois, des vidéos amateurs de bagarre et de courses de voitures, des photos de combat de boxe thaïlandaise, son sport favori, un cliché de lui déguisé en Al Capone, avec le pistolet-mitrailleur Thompson "de son père", comme il le précise dans les commentaires. Nordahl L. s'avère également être un grand fan de l'émission "Histoires naturelles" sur TF1.

"Il n'avait pas la vie classique d'un jeune de son âge, il était un peu marginal et a connu beaucoup d'échecs", souligne un enquêteur. Comme l'a raconté son ancien avocat à Paris-Match, une double hernie discale le contraint à se mettre en arrêt-maladie en février 2017 et à revenir vivre chez ses parents. Paule, patronne d'un troquet de Saint-Jean-d'Avelanne, où le trentenaire avait ses habitudes, se souvient de lui comme d'un garçon "plutôt solitaire""Il commandait un café ou un diabolo-menthe, achetait deux Cash [des jeux à gratter] et s'installait en terrasse. Il ne traînait pas avec les gens du coin."

D'anciennes petites amies violentées

Côté sentimental, son entourage lui connaît plusieurs relations. Un gérant de fast-food de Pont-de-Beauvoisin le décrit comme quelqu'un de "bien accompagné" "Je le voyais souvent avec de jolies filles, il était à l'aise, propre sur lui, au volant d'une belle voiture. C'était pas un mauvais gars de l'extérieur." Pour autant, il décrit "Nono" comme un célibataire chronique, trop "instable, immature et vagabond" pour se fixer dans une relation et fonder une famille. Selon une source proche du dossier, Nordahl L. était actif sur les sites de rencontre. Un homme à femmes ? "Un homme qui voulait des femmes", corrige cette source.

Les gendarmes sondent actuellement le passé du suspect. Selon France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, ses ex-petites amies ont toutes décrit un homme qui les harcelait. "Il a eu un comportement violent, intimidant et menaçant avec les femmes qu'il a fréquentées, confirme une source proche de l'enquête à franceinfo. Il les obligeait à faire certaines choses et les filmait sans leur consentement." Après le mariage, les enquêteurs ont passé au crible le Fijais, le fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles. Une vingtaine de personnes de la localité sont ressorties. Mais pas Nordahl L.

Pris en filature par les gendarmes

Le samedi 26 août, Nordahl L. s'invite. Le marié est un copain d'enfance. La suite est connue : pendant la soirée, il fournit certains invités en cocaïne et est vu en compagnie de la petite Maëlys. Il lui montre les photos de ses chiens sur son téléphone portable, elle l'appelle "tonton". Ses parents diront, a posteriori, que son comportement était "étrange" avec l'enfant. Maëlys est vue pour la dernière fois par sa grand-mère à 2h45. L'alerte de sa disparition est donnée vers 3 heures du matin.

Selon nos informations, l'enquête a permis de l'établir avec certitude : Nordahl L. s'est absenté à des horaires correspondant à la disparition de la fillette. Et ce, même s'il est réapparu au début des recherches. Aux gendarmes, il a dit être rentré chez lui pour changer son short, taché de vin, finalement jeté dans une poubelle de la voie publique et introuvable. Il s'est ensuite éclipsé avant l'arrivée des gendarmes, vers 4 heures du matin. Très vite, ces derniers ont été frappés par des incohérences lorsqu'il a été entendu parmi les 180 invités du mariage. Ils ont ensuite été surpris par sa capacité à repérer et à tenter de semer les gendarmes en civil qui l'ont suivi les jours précédant son placement en garde à vue. Un "comportement de délinquant, peut-être dû à ses activités liées aux stupéfiants", souligne un enquêteur.

Un calme déconcertant face aux enquêteurs

Au fil de l'enquête, des indices "graves et concordants" ont été rassemblés contre Nordahl L. A chaque fois, le suspect a apporté une réponse, faisant preuve d'une assurance et d'un calme déconcertants. "Il est très serein. Et loin d'être bête", relève une source proche du dossier. La trace ADN de Maëlys repérée près du tableau de bord de sa voiture ? Nordahl L. affirme que la fillette est montée en compagnie d'un garçonnet blond pour voir si ses chiens étaient dans le coffre. A ce stade, aucun garçonnet blond n'a été retrouvé par les gendarmes.

Les traces de griffures sur son bras et son genou ? Il assure s'être blessé en taillant des framboisiers, avant d’être contredit par sa mère. Sa voiture soigneusement nettoyée au lendemain du mariage ? Il rétorque qu'il souhaitait la vendre et avait trouvé un acheteur. "On ne nettoie pas sa voiture pendant une heure et demie pour la vendre", balaie un enquêteur. D'autant qu'un produit très puissant, pouvant tromper l'odorat des chiens pisteurs, a été utilisé pour le coffre. Un second téléphone portable caché aux gendarmes et dont le numéro a été résilié dès le lundi ? Nordahl L. répond qu'il voulait s'en séparer. Cette ligne téléphonique est passée en mode avion au cours de la soirée mais a activé des antennes relais à trois reprises en dehors du secteur de la salle des fêtes. 

Malgré ces éléments, le suspect continue à nier sa responsabilité dans la disparition de la fillette. "Mon frère est un roc", estime son frère aîné, contacté par franceinfo. "Il est innocent à 100% et n'a rien à voir avec cette histoire", martèle-t-il. A ce jour, aucune des preuves collectées, des perquisitions menées ni des analyses effectuées n'ont permis de retrouver Maëlys. Les enquêteurs se heurtent au silence du jeune homme. Un sentiment partagé par l'avocat des parents de la fillette, Fabien Rajon, pour qui "un homme détient les clés de cette affaire". Du côté de la défense, le nouvel avocat de Nordahl L., Alain Jakubowicz, refuse de s'exprimer pour l'instant.