Le cannibalisme fait la une de l'actualité ces derniers jours. En moins d'une semaine, deux cas particulièrement atroces d'anthropophagie ont secoué l'Amérique du Nord. Samedi 26 mai, un homme surnommé depuis "Miami zombie" a été abattu en Floride alors qu'il était en train de dévorer le visage d'un SDF encore vivant. Trois jours plus tard, un étudiant de 21 ans se faisait interpeller dans le Maryland. Il est soupçonné d'avoir tué son colocataire puis de l'avoir découpé et mangé son cœur et des parties de son cerveau.

Pourquoi certains êtres humains, dans l'histoire récente, en viennent à dévorer leurs semblables ? FTVi a listé quatre explications non exhaustives.

1. Pour survivre lorsqu'on ne peut pas faire autrement

Le cannibalisme "de survie" est sans doute l'explication la plus compréhensible, et donc la moins difficilement admise aujourd'hui. L'exemple le plus marquant d'une telle situation remonte au 13 octobre 1972, lorsqu'un avion de la Force aérienne uruguayenne s'écrase dans la cordillère des Andes avec 45 personnes à son bord.

Après avoir épuisé leurs maigres réserves, les rescapés réussissent à survivre pendant dix semaines dans des conditions extrêmes en mangeant les restes des victimes. Ils avouent les faits quatre jours après leur sauvetage lors d'une conférence de presse, se référant à la Bible. "Nous nous sommes dit que si le Christ, pendant la Cène, avait offert son corps et son sang à ses apôtres, il nous montrait le chemin en nous indiquant que nous devions faire de même : prendre son corps et son sang, incarné dans nos amis morts dans l’accident", explique l'un d'entre eux dans un documentaire diffusé par Arte en 2008.

2. Pour transgresser le plus grand tabou humain

Dans L'Avenir d'une illusion (PDF, pages 27-28), paru en 1927, Sigmund Freud évoque des "désirs instinctifs" qui "renaissent avec chaque enfant" : ceux de l'inceste, du cannibalisme et du meurtre. Empêché au fil des années de satisfaire ces désirs originels par la culture, l'éducation, ou encore la morale, qui fondent ce que le psychanalyste appelle le surmoi, l'homme se retrouverait frustré.

S'il n'établit pas de hiérarchie entre ces trois désirs instinctifs, Freud note toutefois dans ce même ouvrage qu'à la différence de l'inceste et du meurtre, "seul le cannibalisme semble être réprouvé par tous et peut paraître à toute autre observation qu'à l'observation analytique entièrement abandonné". Manger ses semblables constituerait donc l'interdit suprême, le tabou absolu. Pour faire simple, un manque de surmoi pousserait donc certains, dans un accès de folie meurtrière, à le transgresser. 

3. Pour s'accaparer les vertus des victimes

En dévorant leurs congénères, certains anthropophages, même contemporains, espèrent absorber un peu de leurs qualités. Dans son ouvrage de référence Tristes Tropiques, l'anthropologue Claude Lévi-Strauss évoque cet aspect du cannibalisme, qui relève "d'une cause mystique, magique ou religieuse", et qui a pour finalité de "permettre l'incorporation [des] vertus" du défunt ou encore "la neutralisation de son pouvoir".

Un criminel anthropophage français a récemment justifié son acte par une raison similaire. En janvier 2007, un détenu de la maison d'arrêt de Rouen, Nicolas Cocaign, a ainsi arraché puis mangé un morceau de poumon de celui qui partageait sa cellule afin de "prendre son âme". Jugé responsable de ses actes, il a été condamné en juin 2010 à trente ans de prison, rappelle Le Monde

4. Pour découvrir le goût de la chair humaine

Enfin, certains évoquent tout simplement la curiosité pour justifier leurs actes. Outre l'aspect mystique de son geste, le détenu de Rouen a ainsi déclaré lors de son procès qu'il avait cuisiné le morceau de poumon avec des oignons par "curiosité". Lors de son expertise psychologique, il a ajouté : "Ce qui est terrible, c'est que c'est bon. Ça a le goût de cerf. C'est tendre. Ce que j'ai fait, j'ai aimé le faire."

Le blog Globule et téléscope de Slate.fr remarque d'ailleurs que les anthropophages ne sont pas vraiment d'accord sur le goût de leurs victimes. L'Allemand Armin Meiwes, qui avait tué puis mangé (lien en anglais) un ingénieur consentant en 2001, a affirmé que sa viande "avait un goût de porc, en un peu plus amer, plus fort". Enfin, un journaliste du New York Times cité par le blog aurait déclaré que l'homme est "si proche d’une bonne viande de veau bien développé [qu'il pense] que personne qui soit doté d’un palais ordinaire et d’une sensibilité normale n’aurait pu le distinguer du veau".