Hommage au policier tué : pour combattre le terrorisme "on a notre vote", "c'est tout ce que détestent les terroristes"

A la suite de la cérémonie d'hommage national à Xavier Jugelé, le vice-président de l'association 13onze15 (association de victimes du 13 novembre), Emmanuel Domenach, dénonce "la récupération politique immédiate" des politiques.

Cérémonie de l’hommage national au policier tué sur les Champs-Elysées.
Cérémonie de l’hommage national au policier tué sur les Champs-Elysées. (BERTRAND GUAY / AFP)
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François Hollande a présidé un hommage national, mardi 25 avril à Xavier Jugelé, le policier tué sur les Champs-Élysées jeudi 20 avril, en présence d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, les deux qualifiés pour le second tour de l'élection présidentielle.

Ce policier a été "frappé par la haine" a déclaré le président de la République, dans son discours.  "C'est parce qu'il était policier qu'il est tombé" a ajouté François Hollande. Des hommages qui réveillent "une douleur à chaque fois" a réagi, Emmanuel Domenach, vice-président de l'association 13onze15 (association de victimes du 13 novembre). Ce dernier a dénoncé "la récupération politique immédiate" des politiques après l'attentat de jeudi soir. Il a regretté qu'il n'y ait "plus d'union nationale et que le terrorisme" soit devenu "un sujet comme un autre".

franceinfo : Comment vivez-vous cette succession d'hommages ? Est-ce que ça réveille une douleur ou vous y trouvez une forme d'apaisement, finalement ?

Emmanuel Domenach : Non, ça réveille une douleur à chaque fois. Après, ces hommages sont nécessaires, je trouverais anormal qu'on s'en passe. Je trouve bien qu'à chaque fois la République et la population s'unissent derrière ces victimes. Malheureusement, c'est vrai qu'ils s'accumulent, mais il va falloir passer par là.

Il va falloir s'en souvenir encore dans longtemps. Ces hommages, ils ont leur importance dans l'avenir.

Emmanuel Domenach, vice-président d'une association de victimes du 13Novembre

à franceinfo

On s'est habitués et on s'est même habitués à la récupération politique. C'est ce qu'on a vu après l'attentat des Champs-Élysées. Cette récupération politique immédiate a montré que finalement il n'y avait plus d'union nationale et que le terrorisme était un sujet comme un autre et qu'on pouvait récupérer la dépouille d'un policier à peine mort pour promouvoir ses idées politiques.

Le terrorisme est devenu un sujet de campagne dans les derniers jours de campagne et pas avant, vous le regrettez ?

Avec quatre autres associations de victimes de terrorisme, nous avons fait un courrier pour tous les candidats. Seuls trois candidats ont répondu : Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan et Benoît Hamon. On est passés d'un non débat à un débat complètement caricatural. Dans les deux cas, ce n'est pas du tout satisfaisant. Le combat contre le terrorisme mérite beaucoup mieux que ça.

Il faut une prise de conscience, car le terrorisme ne se résout pas avec des effets d'estrade.

Emmanuel Domenach, vice-président d'une association de victimes du 13Novembre

à franceinfo

J'ai entendu des mensonges terribles. J'ai entendu des gens promettre qu'il n'y aurait pas eu de Bataclan s'ils avaient été au pouvoir, parler de migrants en évoquant les terroristes Bataclan. Marine Le Pen qui a dit que c'était des migrants alors que les trois terroristes du Bataclan étaient des Français. Le terrorisme nécessite un combat de tous les instants, mais pas que sécuritaire. Il passe par l'éducation, il passe par le dialogue. Il passe par un changement de modalités en prison. A chaque fois, on tombe sur des profils différents, des profils complexes. On ne peut pas tomber dans la caricature. Malheureusement, le débat est aujourd'hui très caricatural, il n'est pas du tout à la hauteur.

Pourquoi dites-vous que la meilleure arme pour lutter contre le terrorisme, c'est d'aller voter ?

Nous, on n'a pas d'armes, on ne peut pas combattre. Eux tirent dans le dos des policiers. Par contre, on a notre vote qui permet d'exprimer une volonté de justifier nos valeurs, c'est tout ce que détestent les terroristes, car ils rejettent la démocratie, ils rejettent la justice, la laïcité. C'est ce que veulent les terroristes, qu'on n'aille pas voter, qu'on soit divisés, qu'on mette au ban toute une partie de la population que les terroristes iront récupérer car ils se nourrissent des divisions. Il faut voir que là où né l'État islamique, c'est dans des pays en guerre civile, parce qu'il y a une partie de la population qui est rejetée.

Si on renonce nous, à nos valeurs, aux valeurs de la démocratie, les terroristes auront gagné, parce que leur but c'est de nous faire peur.

Emmanuel Domenach, vice-président d'une association de victimes du 13Novembre

à franceinfo

Quand ils ont décidé d'agir à quelques jours du premier tour, c'était pour faire peur aux Français, pour les empêcher d'aller voter et pour les diviser.

Emmanuel Domenach : "Il va falloir s'en souvenir encore dans longtemps. Ces hommages, ils ont leur importance dans l'avenir."

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