Attentat sur les Champs-Elysées : ce que l'on sait de l'assaillant

L'homme qui a été abattu jeudi était connu des services de police et avait été condamné à quinze ans de prison en 2003. Il était visé par une enquête du parquet antiterroriste.

Des policiers stationnent près du domicile de Karim Cheurfi jeudi 20 avril 2017 à Chelles (Seine-et-Marne). Cet homme est suspecté d\'avoir tué un policier dans la soirée sur l\'avenue des Champs-Elysées, à Paris.
Des policiers stationnent près du domicile de Karim Cheurfi jeudi 20 avril 2017 à Chelles (Seine-et-Marne). Cet homme est suspecté d'avoir tué un policier dans la soirée sur l'avenue des Champs-Elysées, à Paris. (Sarah BRETHES / AFP)
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D'heure en heure, le déroulé de l'attaque qui a visé des policiers, jeudi 20 avril, sur les Champs-Elysées, à Paris, se précise. Le profil de l'assaillant, qui a été abattu, se dessine lui aussi peu à peu. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de l'individu.

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C'est un Français de 39 ans

Le nom de l'assaillant n'a pas été communiqué officiellement dans un premier temps car des perquisitions étaient en cours, notamment "pour savoir s'il a bénéficié de complicités". Mais son identité "est connue et a été vérifiée", a indiqué le procureur de la République de Paris, François Molins, dans la nuit de jeudi à vendredi. Il s'agit de Karim Cheurfi, un Français de 39 ans, né à Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. Les autorités ont rapidement réussi à l'identifier, car il était le titulaire de la carte grise du véhicule utilisé pour l'attaque.

De son côté, le groupe Etat islamique, qui a revendiqué l'attaque dans le courant de la soirée, a désigné l'assaillant avec un pseudonyme de jihadiste comme étant "Abou Youssef le Belge", précisant qu'il était "l'un des combattants de l'Etat islamique". Les enquêteurs envisagent vendredi matin l'éventualité d'une revendication d'opportunité de la part de l'organisation terroriste.

Des armes et un papier évoquant Daech retrouvés dans sa voiture

Karim Cheurfi a attaqué les forces de l'ordre présentes sur l'avenue des Champs-Elysées avec un "fusil d'assault", a indiqué jeudi soir le procureur de la République de Paris, François Molins. Un fusil à pompe avec des munitions de calibre 12, deux gros couteaux de cuisine et un sécateur, ainsi qu'un Coran ont été retrouvés dans la voiture de l'assaillant, a appris franceinfo de source judiciaire. 

Les enquêteurs y ont également retrouvé un papier faisant référence à Daech. Dans le GPS du véhicule se trouvaient les adresses de la Direction générale de la sécurité intérieure, du commissariat de Lagny (Seine-et-Marne) ainsi que de plusieurs armureries. Un autre papier a également été trouvé, mais on ignore pour l'heure son contenu.

Il avait déjà été condamné deux fois

Cet homme sans profession connue avait déjà eu affaire plusieurs fois à la justice, notamment pour avoir tenté d'essayer d'abattre des policiers. En 2001, il avait tiré et blessé au thorax un élève policier ainsi que son frère, après un accident de la route. Il avait percuté leur véhicule alors qu'il conduisait une voiture volée, à Roissy-en-Brie (Seine-et-Marne), raconte Le Parisien.

Lors de la garde à vue qui avait suivi, Karim Cheurfi avait dérobé l'arme d'un agent et avait fait feu sur lui à trois reprises, selon des informations confirmées à franceinfo. Deux ans plus tard, il avait été condamné à 20 ans de réclusion pour ces trois tentatives d'homicide. Une peine réduite à quinze ans de prison en 2005. Selon une journaliste de BFMTV, il était finalement sorti en juin 2013.

Quelques mois plus tard, Karim Cheurfi a été une nouvelle fois condamné, à Meaux (Seine-et-Marne), à quatre ans de prison, dont deux de sursis avec mise à l'épreuve, cette fois-ci pour un "vol aggravé" qui s'est soldé par une course-poursuite avec des policiers. Il était sorti de prison à la fin 2015, sans s'être fait remarquer pour radicalisation durant sa détention, assure LCI.

Il était visé par une enquête du parquet antiterroriste

Toutefois, depuis peu, Karim Cheurfi faisait l'objet d'une enquête préliminaire ouverte par la section antiterroriste du parquet de Paris, pour des suspicions de passage à l'acte contre des policiers, mais sans lien a priori avec l'islamisme radical. L'assaillant ne présentait apparemment pas de signes de radicalisation et n'était d'ailleurs pas fiché S.

Arrêté en février puis placé en garde à vue à Meaux, il avait été relâché faute de preuves suffisantes. "Il a été interrogé longuement par les policiers, a affirmé Audrey Goutard, journaliste à France 2, parce que des informateurs avaient indiqué aux policiers que cet homme était à la recherche d'armes pour tuer des policiers. Mais faute d'éléments, parce que son profil ne correspondait pas à celui d'un terroriste et à un homme islamisé, le parquet antiterroriste a décidé de le relâcher."

Selon Le Monde, la donne a changé en mars. A ce moment-là, Karim Cheurfi "entre dans les radars de la direction générale de la sécurité intérieure". Il est soupçonné d'avoir voulu entrer en contact "avec un combattant dans la zone irako-syrienne", affirme le quotidien. Mais "sa dangerosité n'est pas jugée prioritaire".

Il présentait une personnalité instable

Si Karim Cheurfi n'était pas concerné par une fiche S, il faisait toutefois l'objet d'un suivi psychiatrique, assure une journaliste de BFMTV. L'homme se montrait en effet très "haineux" envers les policiers. 

Interrogé par l'AFP, l'un de ses voisins explique que Karim Cheurfi avait "perdu la raison" et était "psychologiquement vraiment atteint". "Ses actes, ses réactions, sa façon de marcher, son attitude étaient en décalage, comme s'il venait de Mars", assure l'habitant du quartier de Chelles (Seine-et-Marne) où le suspect vivait, sous couvert d'anonymat. Un autre voisin affirme que l'homme avait été très "marqué" par son passage en prison. 

Trois membres de l'entourage familial de Karim Cheurfi se trouvent en garde à vue vendredi matin. Le domicile de sa mère, où il vivait, a été perquisitionné dans la nuit de jeudi à vendredi. Des ouvrages religieux y ont été trouvés, mais ne constituent pas des éléments suffisants pour attester d'une radicalisation, selon les informations de franceinfo. Le domicile de la compagne de son demi-frère, dans le même département, a aussi été perquisitionné.