Attentat contre des policiers à Paris : "La difficulté est de détecter le moment du passage à l'acte"

Après l'attentat sur les Champs-Élysées, l'ex-patron de la division nationale antiterroriste Roger Marion insiste sur le profil "inquiétant" de l'assaillant et rappelle qu'il est "difficile de détecter le moment du passage à l'acte".

Des CRS près des Champs-Élysées, après l\'attentat contre des policiers, le 20 avril 2017.  
Des CRS près des Champs-Élysées, après l'attentat contre des policiers, le 20 avril 2017.   (BENJAMIN CREMEL / AFP)
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Un policier a été tué, deux autres ont été blessés et une touriste a été légèrement touchée dans une fusillade sur les Champs-Élysées à Paris, jeudi 21 avril. L'assaillant a été abattu. Un attentat qui a été rapidement revendiqué par Daech évoquant un de ses combattants, Abu Yussef le Belge. L'ancien patron de la division nationale antiterroriste Roger Marion a estimé vendredi sur franceinfo que le profil de l'assaillant était inquiétant, mais que la difficulté était "toujours de détecter le moment du passage à l'acte".

franceinfo : L'homme, qui a commis l'attentat jeudi soir sur les Champs-Élysées, avait déjà été condamné pour trois tentatives d'homicide volontaire, dont deux visaient des policiers et faisait l'objet d'une enquête antiterroriste. Cela repose la question du renseignement ?

Roger Marion : Ce qui est inquiétant, c'est son profil, son passé. C'est la troisième fois qu'il s'attaque à des représentants des forces de l'ordre. Il y a aussi son passé judiciaire. Il a été lourdement condamné, il a commis des infractions très lourdes. Ce profil est inquiétant et je le mets en parallèle avec la rapidité de la revendication, et l'erreur sur la revendication. Il y a quelque chose qui ne colle pas.

L'erreur dont vous parlez c'est que quand le groupe Etat islamique revendique, il décrit l'assaillant comme étant "Abu Youssef Al-Belgiki" ("Abu Youssef le Belge"), alors que l'homme neutralisé sur les Champs-Elysées a été identifié comme étant Karim Cheurfi, un Français de 39 ans, né à Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. Ce que l'on sait de son cursus, c'est que c'est un délinquant devenu terroriste.

La difficulté est toujours de détecter le passage à l'acte. On ne peut pas présumer du moment du passage à l'acte. Au niveau du renseignement, les opérations conduites à Marseille la semaine dernière pour déjouer un attentat sont la démonstration de l'efficacité de notre dispositif antiterroriste. Des individus repérés lors d'une perquisition administrative, dans le cadre de l'état d'urgence, avaient été suivis, surveillés, disparus dans la nature puis retrouvés et localisés avant le passage à l'acte... Cela montre l'excellence du dispositif.

Un policier est mort sur les Champs-Élysées. Le symbole est fort...

C'est l'objectif du terrorisme : s'attaquer aux symboles de l'État. Notre législation antiterroriste n'est que l'héritière des anciennes atteintes à la sûreté de l'État. Les monuments, les bâtiments publics, les militaires ou les policiers sont des cibles parce que ce sont des représentants de l'État. L'acte terroriste cherche à faire le maximum de victimes et aussi à obtenir le maximum de médiatisation.

Les Champs-Élysées, c'est un symbole, c'est aussi un endroit extrêmement sécurisé avec beaucoup de policiers et cela n'a pas pu empêcher cet attentat. N'est-ce pas inquiétant ?

Aujourd'hui, les moyens utilisés par les activistes pour perpétrer leurs actions sont imparables. Il y a des failles, on ne peut pas fouiller tout le monde. Dans notre pays, il y a la liberté de circulation des personnes. Sur la voie publique, vous ne pouvez pas contrôler tout ce que transportent les personnes, qu'il s'agisse d'armes ou d'explosifs.

Attentat contre des policiers à Paris: "La difficulté est de détecter le moment du passage à l'acte", selon Roger Marion, ex-patron de la division nationale antiterroriste

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