Risque d'attentat en France : pour l'urgentiste Patrick Pelloux, "tous les professionnels de santé doivent être formés"

Face au risque d'attentat, l'urgentiste et président de l'Association des médecins urgentistes de France, Patrick Pelloux, affiche sa volonté de "former la population aux gestes qui sauvent."

Patrick Pelloux, le 9 janvier 2017.
Patrick Pelloux, le 9 janvier 2017. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)
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Dès la rentrée prochaine, les étudiants en deuxième année de médecine seront formés aux blessures de guerre. Des techniques de médecine militaire seront enseignées à certains étudiants de sixième et septième années.

Pour Patrick Pelloux, urgentiste au Samu de Paris et président de l'Association des médecins urgentistes de France, c'est nécessaire. Sur franceinfo, il estime qu'il faut former aussi les étudiants infirmiers et kinésithérapeutes. "Tous les professionnels de santé doivent avoir une connaissance des plans d'alerte de secours en cas d'attaque terroriste."

franceinfo : Etait-il nécessaire de former les étudiants en médecine aux blessures de guerre ?

Patrick Pelloux : Oui, cela fait partie de ce qui s'est passé après les attentats. Sur instruction de Marisol Touraine [alors ministre de la Santé] et de Bernard Cazeneuve [alors ministre de l'Intérieur], on avait formé l'ensemble des médecins de terrain, les médecins du Samu et les médecins des pompiers. Maintenant, on entre dans une période plus longue. On forme les étudiants en médecine dès les premières années comme ceux de dernière année, de manière à avoir l'ensemble des générations formées à la prise en charge des victimes d'attentat.

Cette nouvelle formation, jusque-là réservée aux urgentistes et aux médecins militaires, permettra-t-elle de sauver plus de victimes, en cas d'attaque ?

Cela prouve que la France est en train de s'adapter à une guerre terroriste très longue et très compliquée. Il faut qu'on forme la population aux gestes qui sauvent. Il faut qu'on ait une capacité de réagir, parce qu'on sait que quand quelqu'un est blessé par des armes de guerre, chaque minute compte. Depuis 2015, on a changé toute notre stratégie d'intervention, avec les sapeurs-pompiers, les policiers, les gendarmes, le Samu et les urgences. Maintenant, on en arrive à une politique au long cours, parce qu'on sait que le risque d'attentat et notamment les attentats par les islamistes, peuvent reprendre. Il faut qu'on soit un peuple capable d'agir pour sauver le maximum de victimes.

La France et ses secours sont-ils totalement prêts à faire face à un nouvel attentat ?

Honnêtement, les secours sont prêts. Tous les Samu et les Services d'Incendie et de Secours s'entraînent. Des colonnes d'extraction en cas d'attentat ont été montées par les compagnies républicaines de sécurité (CRS). Tout le monde s'y est mis, on a tout changé. Maintenant, c'est une question de durée. Il faut former les étudiants en médecine, mais pas seulement. Je pense qu'il faut former aussi les étudiants en études d'infirmiers, de kiné. Tous les professionnels de santé doivent avoir une connaissance des plans d'alerte de secours et de comment on agit en cas d'attaque terroriste. Dans un deuxième temps, il faut augmenter le savoir-faire de l'ensemble de la population sur les gestes qui sauvent.