"On ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c'est normal qu'on se venge"

Des enseignants racontent, dans la presse et sur les réseaux sociaux, que certains de leurs élèves ne condamnent pas l'attaque contre "Charlie Hebdo". Loin de là.

La minute de silence à l'école Elisée-Chatin, à Grenoble (Isère), le 8 janvier 2015.
La minute de silence à l'école Elisée-Chatin, à Grenoble (Isère), le 8 janvier 2015. (MAXPPP)
France Télévisions

Mis à jour le
publié le

Une fracture profonde traverse-t-elle la France ? La réaction de certains enfants face à l'attentat contre Charlie Hebdo le fait penser, tous ne condamnent pas l'attaque. Des professeurs et des élèves en témoignent.

Au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis un colis suspect a été découvert, vendredi dans la salle des professeurs, raconte Le Monde. A l'intérieur, il n'y avait pas de bombe mais des câbles et un détonateur, assurent deux élèves. Dessus, un mot disait "Je ne suis pas Charlie"

"Ils auraient pu ne tuer que" Charb 

Tous les élèves ont participé à la minute de silence. Mais certains à contre-cœur. "Moi, la minute de silence, je ne voulais pas trop la faire", reconnaît Marie-Hélène, 17 ans, "je ne trouvais pas juste de leur rendre un hommage car ils ont insulté l'islam, et les autres religions aussi."

"Je l'ai fait pour ceux qui ont été tués, mais pas pour Charlie [Charb], le mec qui a dessiné. Je n'ai aucune pitié pour lui. Il a zéro respect pour nous, les musulmans. Mais ce n'était pas la peine de tuer douze personnes. Ils auraient pu ne tuer que lui", assène Abdel 14 ans, collégien de 4e au collège Pierre-de-Geyter de Saint-Denis.

"C'est normal qu'on se venge"

Dans la très grande majorité des cas, tout s'est bien déroulé lors de la minute de silence, jeudi 8 janvier à midi, mais certains cas de perturbation de la minute de silence par des élèves ont été signalés au ministère de l'Education.

Une enseignante a confié au Point les provocations ayant accompagné la minute de silence observée jeudi après la tuerie à Charles Hebdo, qui a fait douze morts et quatre blessés graves. Cette professeure dans un collège classé REP de l'académie de Grenoble, dont le nom n'est pas donné, voulait rappeler, suivant les instructions du ministère, "que l'école était là pour transmettre les valeurs de la République"

Elle a donc commencé par un échange avec sa classe de 5e, "composée de collégiens de 12 ans en moyenne", silencieux. L'un d'eux lui a tout de même demandé : "Pourquoi respecter une minute de silence pour des gens que je ne connaissais pas ?" Ce qui a choqué d'autres élèves.

Cette provocation n'est rien, continue-t-elle, par rapport à ce que d'autres de ses collègues ont dû endurer : "Durant la minute de silence, dans les autres classes, il y a eu plusieurs expulsions d'élèves, les uns parlaient, disaient des choses affreuses, les autres rigolaient." Le débat ne s'est pas toujours mieux passé que la minute de silence. L'après-midi, une de ses élèves de 4e lui a dit : "Madame, on ne va pas se laisser insulter par un dessin du prophète, c'est normal qu'on se venge. C'est plus qu'une moquerie, c'est une insulte !"