Cabu, père du Grand Duduche et du beauf, tué dans l'attaque de "Charlie Hebdo"

Le dessinateur épinglait les travers de son époque à travers ces deux icônes. Il est mort dans l'attentat terroriste contre le magazine satirique.

Cabu sur le plateau de \"Vivement dimanche\", le 14 décembre 2010.
Cabu sur le plateau de "Vivement dimanche", le 14 décembre 2010. (MAXPPP)
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Cabu, c'était le Grand Duduche et le beauf. Pendant près de 60 ans, Cabu, 76 ans, tué mercredi 7 janvier avec d'autres dessinateurs dans l'attentat contre Charlie Hebdo, a épinglé, avec ces deux icônes, les travers de son époque, les politiques, l'armée et toutes les religions.

Le Grand Duduche, jeune cancre antimilitariste

Le Grand Duduche lui vient de ses années lycée. Jean Cabut - futur Cabu - est né le 13 janvier 1938 à Châlons-sur-Marne (Marne). Il publie ses premiers dessins à 15 ans dans L'Union de Reims et entame des études artistiques à Paris. Avant d'embarquer pour 27 mois de service militaire en Algérie, dont il revient radicalement antimilitariste. A son retour, ce dessinateur compulsif et rapide entre dans le circuit des dessinateurs de presse, place ses crobards dans Ici Paris ou Le Hérisson, puis rejoint François Cavanna qui lance Hara-Kiri.

Le Grand Duduche est imaginé dès 1962 pour Pilote, rappelle Télérama. "J’avais présenté à René Goscinny, alors rédacteur en chef, des dessins de mes années lycée, racontait-il sur France Culture. Il a aimé et m’a conseillé de mieux exploiter un grand personnage caché dans le fond." Le Grand Duduche est un jeune qui s'ennuie dans un monde de vieux. Il a le physique de son créateur et, écrit Télérama"devient dans les années 70 antimilitariste, plus engagé". Cancre révolté, sympa, il l'accompagnera tout au long de sa carrière. "C'est le seul personnage positif que j'ai jamais dessiné, les autres sont des monstres", confiait-il lors de la sortie de l'intégrale de la série.

Le beauf, Français moyen gueulard et raciste

Cabu devient plus acerbe et imagine en 1973 sa seconde icône : le "beauf". Le dessinateur à la coupe au bol y met tout ce qu'il déteste. Le personnage incarne, selon Cavanna, cité dans un portrait de Libération, "les relents de pastis, la pétanque, la connerie morne". Le beauf, inspiré d'un patron de bistrot, est la caricature du Français gueulard, alcoolique, raciste. Son personnage est si célèbre qu'il entre dans le dictionnaire (Le Robert), comme : "Beauf. Beau-frère (d'après une B.D. de Cabu). Français moyen aux idées étroites, conservateur, grossier et phallocrate." 

En 1995, dans Charlie Hebdo et Le Canard enchaîné, le beauf suit l'air du temps et fête ses 30 ans. Il devient le "nouveau beauf", en adoptant les codes des nouveaux riches. Il porte un catogan, un piercing, arbore une barbe de trois jours, fume le cigare, travaille dans la pub ou la télé et déteste l'ancien beauf. "C'est pour moi la nouvelle forme de totalitarisme, disait l'anar rêveur à Libé. Luxueuse, avec des paillettes mais tout aussi dangereuse. Aujourd'hui, les gens sont informés et distraits en fonction de ce que les annonceurs tolèrent comme espace."

Ecolo convaincu et amateur de jazz

Les caricatures de Mahomet publiées en 2006 par Cabu étaient parmi les plus caustiques parmi celles qui avaient valu à l'équipe de Charlie des menaces de morts. Après 35 000 dessins, le père du chanteur Mano Solo, écologiste convaincu, grand amateur de jazz et de Paris, avait gardé la hargne de ses débuts et n'avouait qu'un regret, celui de n'avoir pas toujours été assez féroce.