Anticlérical, l'octogénaire pillait les églises pour décorer ses toilettes

Remis en liberté, l'octogénaire et sa présumée complice devraient être prochainement convoqués devant le tribunal correctionnel.

(PHILIPPE LISSAC / PHOTONONSTOP)

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C'était sa manière bien à lui de porter préjudice à l'église. Un octogénaire aux convictions anticléricales affirmées et sa voisine, fraîchement baptisée catholique, ont été interpellés fin février. Ils sont soupçonnés de s'être unis dans une entreprise commune de pillage d'églises durant des mois dans la banlieue ouest de Paris, a-t-on appris lundi 7 mars de source concordantes.

10 000 euros de préjudice

Plus de 3 000 objets religieux en tout genre, santons, croix, statues, icônes, chapelets ou cierges, ont été retrouvés à leurs domiciles de Bagneux (Hauts-de-Seine) lors d'une perquisition en fin de semaine dernière. "Chez l'octogénaire, les toilettes étaient entièrement recouvertes de crucifix, il n'y avait plus un seul centimètre carré de libre", a expliqué l'un des curés victimes du couple de pilleurs, et qui a depuis pu récupérer une partie du butin dérobé.

Le prêtre avait remarqué la disparition régulière d'objets dans son église Notre-Dame-de-Lourdes de Chaville (Hauts-de-Seine) à partir de novembre, "dès que je mettais une croix d'autel sur le confessionnal, ça disparaissait". Mais le pillage de sa crèche en décembre a été celui de trop. "Je me suis dit, 'Ça suffit", et j'ai déposé plainte."

Les policiers lui ont alors appris que d'autres édifices religieux avaient été la cible de mêmes méfaits depuis plusieurs semaines, notamment à Sèvres, Meudon, Saint-Cyr, Montigny-le-Bretonneux ou Cachan, où de modestes bougies comme "des icônes russes anciennes ou de l'artisanat monastique de Bethléem à 3.000 euros pièce" avaient été dérobés, pour un préjudice global estimé à 10 000 euros.

Il estimait qu'il fallait reprendre les biens de l'église

Le curé de Chaville, grâce à un système de vidéosurveillance de son église, avait par ailleurs constaté que les malfrats agissaient selon un rite précis, "toutes les 4-5 semaines, le dimanche, entre 16 heures et 16h30". "J'ai dit à la police que, selon mes calculs, ils devraient revenir le 21 février. Et ils sont revenus ! Avec une demi-heure d'avance !", a relaté l'homme d'église. Les enquêteurs ont alors suivi les deux suspects jusqu'à leurs domiciles, où ils ont été interpellés avant d'être placés en garde à vue.

"Les policiers s'attendaient à des jeunes... alors que lui a 80 ans, c'est un apparatchik, un révolutionnaire, qui estime que les biens de l'église doivent être repris ! Et elle, une femme de 60 ans baptisée il n'y a pas longtemps. Il fallait la voir, sur les vidéos, quand elle volait des chapelets !", a encore décrit le prêtre.

Remis en liberté, les deux voisins devraient être prochainement convoqués devant le tribunal correctionnel. "On ne veut pas la mort du pêcheur", a précisé, magnanime, le curé.