"Ce n'est pas en enlevant la kippa que ça changera quelque chose"

L'appel du président du consistoire israélite de Marseille à ne plus porter ce signe religieux en public fait débat chez les juifs de France. Nous avons recueilli les réactions de plusieurs d'entre eux.

Un homme porte une kippa lors d'une commémoration au Mémorial de la Shoah, le 27 avril 2014, à Paris. 
Un homme porte une kippa lors d'une commémoration au Mémorial de la Shoah, le 27 avril 2014, à Paris.  (ZACHARIE SCHEURER / NURPHOTO / AFP)

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"On est obligés de se cacher un petit peu (...) jusqu'à des jours meilleurs." Le président du consistoire israélite de Marseille, Zvi Ammar, a conseillé, mardi 12 janvier, aux juifs de Marseille de ne plus porter la kippa, après l'agression antisémite perpétrée contre un enseignant.

Cet appel a semé le trouble au sein de la communauté juive et provoqué un vif débat. Dès mardi soir, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, s'est opposé à cette consigne"Nous ne devons céder à rien, nous continuerons à porter la kippa."

"Pour certains, ça a été un réveil"

Mercredi, au téléphone, Eliahou Altabé reprend lui aussi ces termes. Ce juif pratiquant est l'un des représentants du mouvement ultra-orthodoxe loubavitch dans le 8e arrondissement de Marseille (Bouches-du-Rhône). S'il dit comprendre la position de Zvi Ammar, il pense, lui aussi, "garder la kippa""Il ne faut pas céder à la peur ou baisser la tête. C'est un recul. On touche à l'essence juive", estime-t-il. 

Depuis mardi soir, le sujet est au centre de toutes les discussions dans son entourage. "Tout le monde autour de moi est d'accord avec ça, renchérit Eliahou Altabé. Beaucoup de personnes ont réagi à l'appel du consistoire israélite de Marseille. Pour certains, le fait de dire qu'il valait mieux enlever sa kippa a même été un réveil. Certains ont réfléchi à la remettre." 

Pour lui, qui porte aussi le chapeau et la barbe, ôter la kippa serait bel et bien un signe de recul face aux terroristes. D'autant plus qu'il n'a jamais eu "aucun souci à Marseille""Si j'en avais, je ne l'enlèverais pas non plus. Ce n'est pas en enlevant la kippa que ça changera quelque chose", martèle-t-il. 

Tweets indignés et dessins ironiques

Son avis semble être partagé par de nombreuses personnes, qu'elles soient juives ou non. L'appel du président du consistoire de Marseille a ainsi provoqué la colère (très inspirée) du dessinateur Joann Sfar, qui s'est fendu de plusieurs dessins ironiques sur son compte Instagram.

Une photo publiée par Joann Sfar (@joannsfar) le

 "J'ai toujours détesté les signes religieux. Mais maintenant que je vois qu'en France on déconseille aux juifs de porter une kippa 'pour leur sécurité', j'ai envie de mettre la kippa, les couettes et d'avoir Rabbi Jacob à fond dans mon walkman (...)", assène-t-il en quelques coups de crayon. 

Une photo publiée par Joann Sfar (@joannsfar) le

"C'est un peu renoncer que de se cacher"

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur opposition à remiser ce symbole traditionnel au placard ou leur solidarité vis-à-vis de la communauté juive. 

Yoram, 22 ans, a lui réagi en utilisant le hashtag #jeporteunekippa. Car l'appel du président du consistoire de Marseille a dérangé cet étudiant à Sciences Po, juif peu pratiquant, déjà horrifié par l'agression à la machette de l'enseignant. "On m'a toujours appris à ne pas me cacher en tant que juif. C'est étonnant de dire cela car c'est un peu renoncer que de se cacher", glisse-t-il par téléphone.

"Je pense que Zvi Ammar a dû penser qu'il ne fallait plus se montrer comme juif pour se protéger. Il a dit cela par peur", renchérit-il. Interrogé sur le sens du #jeporteunekippa, le jeune homme confie n'avoir pas vraiment pensé à lancer un mouvement. Juste à réveiller certaines consciences : "Pour faire face, on doit être accompagné. Je pense qu'il faudrait un geste de solidarité, un mouvement de jeunesse citoyen, vis-à-vis de cette communauté."