Ce que l'on sait du trafic de viande de cheval dans le sud de la France

Des chevaux ayant servi à la recherche médicale se sont retrouvés, après falsification de documents, dans le circuit agroalimentaire.

Des carcasses de cheval dans un abattoir en Roumanie. Un réseau de trafiquants de viande de cheval a été démantelé lundi 16 décembre, dans le sud de la France et en Espagne.
Des carcasses de cheval dans un abattoir en Roumanie. Un réseau de trafiquants de viande de cheval a été démantelé lundi 16 décembre, dans le sud de la France et en Espagne. (DANIEL MIHAILESCU / AFP)
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La viande de cheval fait de nouveau l'actualité. Onze mois après le scandale des plats cuisinés qui a mis en cause l'entreprise Spanghero de Castelnaudary, une opération de gendarmerie a été menée dans onze départements, lundi 16 décembre, pour démanteler un vaste réseau de trafiquants de viande de cheval. Une information révélée par France 3 Languedoc-Roussillon

Quelque 21 personnes ont été interpellées. L'opération, conduite dans le sud de la France et en Espagne, a mobilisé une centaine de militaires dans l'Hexagone. Francetv info récapitule les éléments connus de l'affaire.

Qui sont les personnes interpellées ?

Vingt-et-une personnes ont été interpellées, dont, selon France 3, plusieurs personnes d'une même famille à Narbonne (Aude), suspectées d'être les cerveaux du trafic, un informaticien habitant à Reillanne (Alpes-de-Haute-Provence). Figurent également parmi les personnes interpellées "quatre vétérinaires" et "treize maquignons qui servaient de rabatteurs", a indiqué Brice Robin, le procureur de la République à Marseille. Ces personnes ont été arrêtées dans le Gard, la Drôme et le Cantal. Sont également soupçonnés d'avoir participé à ce commerce illégal des personnels d'abattoir, notamment à Gérone en Catalogne.

Les enquêteurs soupçonnent ces personnes de d'avoir tissé un réseau pour "falsifier les documents" des animaux théoriquement impropres à la consommation, les faire abattre, et les revendre dans des boucheries du sud de la France, d'Espagne et peut-être d'Italie. Contrairement au premier scandale de la viande de cheval, cette marchandise n'aurait pas été vendue comme de la viande de bœuf, mais bien comme du cheval.

Les services vétérinaires ont également procédé à des saisies de viande issue de la société Rochette, ex-Narbonnaise des viandes, lundi matin aux abattoirs de Narbonne. Ils ont aussi contrôlé les certificats sanitaires fournis à l’établissement.

D'où vient la viande de cheval incriminée ?

L'affaire porte sur "plusieurs centaines de chevaux ayant participé à des programmes scientifiques entre 2010 et 2012", explique France 3 Languedoc-Roussillon. "Les bêtes, utilisées par des laboratoires de recherche ou des entreprises pharmaceutiques, comme Sanofi", se sont retrouvées dans le circuit agroalimentaire, "après falsification des documents de traçabilité qui accompagnent obligatoirement ces animaux", explique le procureur. 

Le laboratoire Sanofi peut-il être mis en cause ? 

A ce stade de l'enquête, il semble que le groupe Sanofi ait été abusé. "Le laboratoire va se constituer partie civile", a précisé le procureur de Marseille. Car, après s'être servi du sang des animaux pour la fabrication et la recherche de sérums ou de vaccins, le laboratoire pharmaceutique revendait les bêtes pour une somme modique à un marchand de chevaux.

Des reventes légales, effectuées en toute transparence, selon le labo, puisque des fiches médicales accompagnant ces animaux précisaient effectivement : "abattage interdit pour la consommation humaine". Mais les chevaux, au lieu d'être euthanasiés puis transportés à l'équarrissage, étaient revendus par les maquignons. Selon France 3, chaque animal racheté à Sanofi pour 10 euros leur a ainsi rapporté entre 500 et 800 euros. Au départ, précise la chaîne, la transaction était également intéressante pour le laboratoire, puisqu'elle lui évitait les frais d'équarrissage estimés à près de 250 euros l'animal.

"On ne suit pas le devenir de tous les chevaux, on fait confiance à ceux qui nous les achètent", précise l'entreprise pharmaceutique, contactée par francetv info. "Nous gardons les chevaux pendant trois ans avant de les réformer et de les vendre à des particuliers, des vétérinaires ou des éleveurs", ajoute son porte-parole. 

Comment ce réseau a-t-il été démantelé ?

Cette opération est le fruit de deux ans d'enquête entre la France et l'Espagne. Tout a commencé par une lettre anonyme, envoyée à la direction départementale de la protection des populations de l'Aude, en octobre 2012. Ce courrier accuse la société de négoce de chevaux de Narbonne, Rochette, d'agissements frauduleux.

Une enquête est alors lancée par le parquet de Narbonne. Les hommes de la section de recherche de la gendarmerie nationale de Montpellier découvrent qu'entre 2010 et 2012, au moins 200 chevaux ont été rachetés à Sanofi-Pasteur sur son site d'Alba-la-Romaine, en Ardèche, par un marchand de chevaux de Saint-Jean-de-Maruéjols (Gard). Ce dernier revendait les animaux à un négociant de Narbonne qui est suspecté d'être l'organisateur du trafic.

Quels sont les risques pour la santé ? 

"A ce stade, rien ne permet de dire qu'il y a un problème sanitaire", a déclaré le ministre de l'Agroalimentaire, Guillaume Garot. Sanofi précise à francetv info que ces chevaux ne sont en aucun cas destinés à l’alimentation mais qu’ils sont "suivis au-delà de la normale". A l'AFP, le porte-parole du laboratoire indique qu'il est précisé "dans le certificat de vente, pas parce qu'il y a un danger mais par mesure de précautions, que ces animaux ne doivent pas intégrer la filière alimentaire". Selon France 3 Languedoc-Roussillon, les vaccins expérimentés sur ces animaux auraient été testés et homologués par l'Agence nationale de santé.

Une convention internationale souligne que tout animal ayant servi à des programmes scientifiques ne peut être destiné ensuite à la consommation humaine. Une source proche de l'enquête confirme : "Cela ne veut pas dire qu'il y ait eu un risque pour le consommateur, mais de toute façon, ces chevaux n'auraient jamais dû se retrouver dans l'assiette du consommateur."

"Je n'ai pas la preuve que ces animaux étaient toxiques ou qu'ils étaient nuisibles pour la santé humaine", a précisé le procureur de la République qui a indiqué qu'aucun examen toxicologique n'était présent dans le dossier.

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