D'un côté, des centaines de feuilles tirées du dossier d'instruction de l'affaire Merah. De l'autre, deux enregistrements vidéo réalisés par Mohamed Merah. Ces documents révélés respectivement par Le Monde et Le Parisien mardi 12 juin apportent de nouveaux éléments sur le parcours du "tueur au scooter" de Toulouse et Montauban. FTVi en tire les principaux enseignements.

• L'emprise du grand frère

Le dossier d'instruction de l'affaire est composé de notes d'éducateurs, de rapports d'assistantes sociales, d'expertises de psychologues qui racontent l'enfance chaotique de Mohamed Merah et dont Le Monde publie des extraits. 

Le garçon a à peine 4 ans lorsque ses parents se séparent. Sa mère, Zoulikha Aziri, ne travaille pas et vit de la pension versée par son ex-mari. Seule, elle tente d'élever cinq enfants. Les aînés quittent le foyer familial. Les deux derniers restent : Abdelkader et Mohamed. La maman perd vite toute autorité.

La famille est déjà suivie par les services sociaux qui s'inquiètent de cet enfant sans "aucun repère", dont "personne ne se soucie" et qui "évolue au milieu d'un grand vide affectif". Dans une lettre envoyée au procureur en 2001, la principale du collège décrit Mohamed comme un élève "particulièrement doué", qui "risque de se transformer en adolescent dangereux au vu de ses capacités intellectuelles"

Mohamed semble souffrir très jeune de l'absence de son père. Il prend vite son grand frère Abdelkader pour "un modèle masculin à qui s'identifier". Comme lui, il sort tard le soir, ne se couchant qu'au matin. Comme lui, il frappe sa mère.

• Les violences physiques contre sa mère

Mohamed "aimerait que sa mère puisse lui consacrer plus de temps et d'attention, [mais] il pense qu'[elle] est trop occupée par Abdelkader pour s'occuper de lui", juge une assistante sociale. 

Deux ans plus tard, sa mère confie aux services sociaux son impuissance face à un enfant devenu violent. "Il me frappait, me mordait, vidait tout le frigo par terre, cassait tout (...). Je ne peux pas lui parler méchamment, sinon il s'échappe ou alors il m'insulte devant tout le monde, et j'ai honte", déclare-t-elle à une psychologue de la cour d'appel de Toulouse en 2002.

• Fugues et placements en foyers

Mohamed Merah est placé d'urgence en foyer, une solution qui n'en sera pas une. "Il injurie, insulte les filles (...) qui nous demandent de les protéger et de fermer leur chambre à clef, raconte le chef de service du foyer. Chaque jour, nous devons intervenir pour une dégradation, un vol, un conflit, une agression dont Mohamed est l'auteur."

L'adolescent multiplie les menaces de suicide et les fugues qui le conduisent à chaque fois chez sa mère dont il revient "soit par les services de police, soit par ses propres moyens". Mohamed est un "grand enfant" qui éprouve un sentiment de "toute-puissance". Il "ne semble pas avoir intégré des acquis de base comme se nourrir, rester à table, faire sa toilette, se coucher le soir", lit-on dans un rapport. Lui se résume en une phrase : "J'ai une vie de merde, je vais tout le temps dans un foyer, j'ai pas de collège."

• Une taupe des services de renseignement ? 

Le 22 mars dernier, le Raid assiège l'appartement de Mohamed Merah. A 23 ans, il est accusé d'avoir froidement assassiné sept personnes entre les 11 et 19 mars, à Montauban et Toulouse. Le Parisien a pu se procurer la retranscription des deux enregistrements vidéo réalisés par le tueur à la fin de ce siège. Des vidéos également retranscrites dans la plainte pour meurtre déposée lundi 11 juin par le père de Mohamed Merah et dont la justice française a réclamé la transmission mardi.

Il se filme au téléphone, en train de parler avec celui qu’il pensait être son ami, un certain Zouhair, en fait un capitaine des services secrets français dont il a découvert l’identité. "C’est toi qui m’a mis dans cette histoire et cette galère, dénonce Merah. Rappelle-toi que tu m’as envoyé en Irak, au Pakistan, en Syrie pour aider les musulmans, et après je découvre que tu es à la solde des services français, que t’es un criminel et que tu es un officier des services, sale traître." 

A l’autre bout du fil, son interlocuteur confirme à demi-mot : "Ce qui est passé, c’est arrivé, maintenant il faut que je te sauve la vie, et te sortir de cette affaire, rends-toi ou tu me laisses entrer et je récupère tes armes ?"  Après trente-deux heures de siège, le Raid donne l'assaut. Mohamed Merah est abattu, touché par deux balles mortelles.