Mohamed Merah a-t-il agi seul comme il l'a répété aux négociateurs du RAID ?   L’enquête tente désormais de répondre à cette épineuse question, au lendemain de la mort de l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban, jeudi 22 mars. 

Alors que la mère a été libérée vendredi soir, l’enquête se concentre particulièrement sur le frère aîné de Mohamed, 29 ans. Il est entendu avec sa compagne, au siège de la Sous-direction antiterroriste (SDAT), à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).

Selon Le Parisien qui cite une source policière "des éléments montrent qu’il lui a fourni assistance au cours des sept meurtres". Il était notamment présent lors du vol du scooter utilisé par Mohamed lors des meurtres et s'est dit "fier" des actes de son petit frère. Au cours de sa garde à vue, Abdelkader Merah a déclaré aux policiers n'avoir pas été au courant des projets criminels, mais quel rôle aurait-il pu jouer ? FTVi fait le point sur les contradictions autour de ce personnage.

• Un grand frère influent

Mohamed Merah, 23 ans, était le quatrième enfant d’une fratrie de cinq, "petit frère à la remorque des deux grands, coincé entre deux sœurs", écrit Le Monde dans son portrait de "l’homme aux cent visages". Mohamed a 5 ans quand sa mère et son père divorcent. Ce dernier, aujourd’hui âgé de 67 ans, selon Europe 1, est parti vivre en Algérie. Il brille par son absence. "On ne dit pas un mot de son père, relève le psychiatre Bertrand Garnier dans La Voix du Nord. A mon avis, le personnage intéressant serait le frère - on sait que dans une fratrie, il y a souvent un leader et un exécutant", avance-t-il.

Un animateur du quartier des Izards, à Toulouse, où a grandi Mohamed Merah, semble aller dans ce sens. Abdelkader "était à l'époque la référence de Mohamed et incarnait pour lui une forme d'autorité paternelle", confie-t-il au Figaro, se demandant même si le jeune homme ne "couvrait" pas son frère.

Faut-il entendre ainsi ses déclarations aux hommes du Raid ? "Moi je n'ai pas confiance en mon frère, je ne lui ai jamais dit ce que je faisais. Ni à ma mère", leur a-t-il lancé, rapporte Bernard Squarcini, le patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), dans une interview au Monde vendredi. Lors de sa garde à vueAbdelkader Merah a assuré aux enquêteurs qu'il n'était pas au courant des projets criminels de son frère.  

• Un islamiste plus engagé

Tous les proches de la famille l’assurent : Abdelkader Merah, peintre en bâtiment, présentait beaucoup plus que son cadet le "profil" d’un islamiste engagé. "Il porte la barbe, la tunique, et son épouse est voilée", rappelle dans Le Figaro Marie-Christine Etelin, l’une des avocates de Mohamed Merah. Dans la maison du couple, parti vivre il y a quelques mois à Auterive, au sud de Toulouse, figure, selon Le Monde, une bibliothèque remplie de livres et de revues coraniques. Dans sa voiture, les enquêteurs retrouvent des explosifs.

( France 3 Midi Pyrénées)

Toujours selon le quotidien du soir, Abdelkader Merah aurait en outre multiplié les séjours en Egypte en 2006, 2007, pour "apprendre le Coran". Bernard Squarcini confirme que ce dernier s’est rendu dans une école coranique au Caire, avec l’une de ses sœurs, en juillet 2010.

Dans l’entourage des Merah, certains s’interrogent : n’est-ce pas ce frère aîné, tenant d’un islam radical, qui a entraîné le jeune Mohamed ? Selon France 2, qui cite une source policière, Abdelkader Merah aurait affirmé, en garde à vue, être "fier" de ce qu’a fait son petit frère et être "extrêmement serein" par rapport à toutes ces affaires.  

Un "organisateur de voyages"

En plus d’avoir influencé son frère, Abdelkader Merah est soupçonné de lui avoir apporté une aide logistique pour son voyage en Irak. Selon le procureur de Paris, François Molins, l’aîné est en effet  "apparu en 2007 comme impliqué" dans une filière d'acheminement de jihadistes en Irak, sans toutefois être mis en examen. Selon Le Monde, cette filière, implantée dans la région toulousaine, aurait été mise sur pied en partie au cours de ses séjours au Caire. Bernard Squarcini confirme que Mohamed Merah a passé du temps chez son frère, dans la capitale égyptienne, en novembre 2010, après avoir voyagé au Proche-Orient.  

Les membres du groupe d'apprentis-jihadistes issu de l'Ariège et de la ville de Toulouse ont été interpellés en 2007 puis condamnés, pour la plupart, en 2009 pour "association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste". Ces derniers semblaient agir sous la houlette d'un gourou religieux autoproclamé de l'Ariège, Olivier Corel, qui, interpellé, a toutefois bénéficié d'un non-lieu. France 2 a rencontré ce Français d’origine syrienne. Selon le maire de son village, il avait reçu la visite des frères Merah il y a quelque semaines pour régler "un divorce".

( France 3 Midi Pyrénées)

En 2008, Mohamed Merah avait par ailleurs rendu visite en prison à Sabri Essid, l'un des principaux protagonistes de ce groupe de jihadistes, et lui avait fait parvenir de l'argent. Selon le patron de la DCRI, il ne s'agissait "peut-être" alors que d'"une simple solidarité de cité. Il a à peine 18 ans à l'époque des faits. Il ne peut pas apparaître comme un activiste chevronné." Reste que les familles Merah et Essid se sont ensuite liées lors du mariage de la mère, Zoulikha, avec le père de Sabri Essid. Une union dans laquelle, selon des policiers toulousains cités par Le Monde, Mohamed Merah aurait joué un rôle actif. 

Malgré ces éléments, les autorités se montrent très prudentes sur la responsabilité éventuelle d'Abdelkader dans les agissements de son frère. "Ce n'est pas le même type de personnalité", assure Bernard Squarcini dans Le Monde. Et sur la liste des six noms d'islamistes radicaux transmise par les services de renseignements de Midi-Pyrénées dimanche soir, un seul nom figurait : celui de Mohamed Merah.