Procès Merah : l'attitude de la mère provoque la colère des parties civiles

La mère de la fratrie Merah s'est livrée, mercredi 18 octobre, à une défense acharnée de son fils Abdelkader, quitte à enfoncer son fils Mohamed.

La mère de la fratrie Merah, Zoulikha Aziri, au palais de justice de Paris, le 18 octobre 2017.
La mère de la fratrie Merah, Zoulikha Aziri, au palais de justice de Paris, le 18 octobre 2017. (MAXPPP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Elle a chargé l'un de ses fils pour mieux défendre l'autre. La mère de la fratrie Merah, Zoulikha Aziri, s'est livrée, mercredi 18 octobre, à une défense acharnée mais souvent invraisemblable de son fils Abdelkader, jugé aux assises de Paris pour complicité. Pour cela, elle n'a pas hésité à charger Mohamed Merah, l'auteur des tueries de mars 2012, tué par la police.

"Abdelkader n'a rien à voir dans l'histoire qui s'est passée. Ce qu'a fait Mohamed, c'est très grave mais il est mort", a d'emblée déclaré Zoulikha Aziri, vêtue d'une djellaba beige et d'un foulard moutarde, donnant le ton à ses 3h30 de témoignage. 

"Abdelkader, il était normal, ne posait pas de problème", a insisté la mère, présentant Mohamed comme "un fou" pour expliquer ses actes. "Depuis tout petit, il a eu des problèmes. Il me disait, 'J'ai un homme qui me parle dans la tête'", a-t-elle raconté.

Les parties civiles réclament "la vérité"

En complète contradiction avec le dossier et les témoignages entendus, Zoulikha Aziri, a dépeint, dans une salle sous tension, l'image idyllique d'un accusé "gentil à la maison", pratiquant "un islam normal", quand des proches ont décrit sa violence et son prosélytisme salafiste. "C'est moi qui ai appris la religion, la prière à mon fils", "c'est moi qui l'ai envoyé en vacances et suivre des cours en Egypte", a-t-elle notamment affirmé.

Sur son mariage avec Mohamed Essid, père de Sabri Essid, parti combattre en Syrie, elle explique encore que c'est Mohamed qui l'a voulu, alors qu'Abdelkader lui-même a reconnu l'avoir organisé. Enfin, quand on évoque son antisémitisme, rapporté notamment par l'ex-compagne de son fils aîné, elle avance : "Tous mes médecins sont juifs". Une phrase qui provoque des ricanements dans la salle.

Son attitude jugée insupportable a provoqué la colère des parties civiles. "Les familles attendent la vérité depuis cinq ans", lui a hurlé Mehana Mouhou, avocat de la famille d'Imad Ibn Ziaten, le premier soldat tué par Mohamed Merah. "Vous êtes méchants, vous êtes de la merde", a lancé à la mère de Mohamed Merah le frère d'Imad Iban Ziaten, en pleurs, avant de quitter la salle soutenu par un proche.

"Entre son fils et la justice, elle a choisi son fils"

"C'est la mère d'un mort", a avancé Eric Dupond-Moretti pour les calmer, provoquant en retour de vives protestations du public et des parties civiles debout. "Oui, cette femme a menti sur un certain nombre de points, c'est une évidence", a convenu l'avocat d'Abdelkader Merah. Entre son fils et la justice, elle a choisi son fils."

Eric Dupond-Moretti, le 18 octobre 2017, au tribunal de grande instance de Paris.
Eric Dupond-Moretti, le 18 octobre 2017, au tribunal de grande instance de Paris. (MAXPPP)

"Dire que cette femme a perdu son fils n'est pas une injure faite aux autres victimes. Les larmes s'additionnent, elles ne s'opposent pas", a-t-il lancé, avant que la mère ne quitte la salle escortée par des gendarmes.

Toujours des zones d'ombre

Au final, Zoulikha Aziri aura gardé le silence sur un point clef de la procédure : les connexions effectuées à son domicile le 4 mars 2012, vers 23 heures, à une annonce postée par la première victime sur le site Le Bon Coin pour vendre sa moto. Imad Ibn Ziaten avait précisé qu'il était militaire, un détail qui lui a été fatal.

"Il n'y avait personne chez moi, j'étais seule", a affirmé la mère. Elle a reconnu qu'Abdelkader était bien chez elle vers 19h30, mais a affirmé qu'il n'est resté que 20 minutes avant de partir et a dit ne pas avoir vu Mohamed. L'enquête n'a pas permis de déterminer qui s'était connecté.