Six moments marquants du procès du frère de Mohamed Merah

Abdelkader Merah a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste, mais acquitté du chef de complicité des assassinats commis par son frère Mohamed en mars 2012 à Toulouse et Montauban.

Abdelkader Merah à l\'ouverture de son procès devant la cour d\'assises spéciale de Paris, le 2 octobre 2017.
Abdelkader Merah à l'ouverture de son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris, le 2 octobre 2017. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)
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Robin PrudentFrance Télévisions

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La cour d'assises spéciale de Paris a livré son verdict. Abdelkader Merah a été condamné, jeudi 2 novembre, à vingt ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste. Au terme de cinq semaines de procès, les juges l'ont, en revanche, jugé non coupable de complicité des assassinats commis par son frère Mohamed en mars 2012 à Toulouse et Montauban. L'autre accusé, Fettah Malki, qui avait reconnu avoir apporté un soutien logistique au "tueur au scooter", a lui écopé de quatorze ans de prison. Franceinfo revient sur les moments marquants de ce procès qui a déchaîné les passions.

1Le long interrogatoire d'Abdelkader Merah 

Mardi 24 octobre, Abdelkader Merah est entendu afin de déterminer si, oui ou non, il a influencé les actes de son frère. Longuement interrogé sur les nombreux cours à la préparation au jihad qu'il consultait à l'époque sur son lieu de travail, Abdelkader Merah répond : "On parlait tellement d'Al-Qaïda que je voulais connaître leur projet, leur idéologie, leur méthodologie, leurs arguments, je suis entré dans le cœur d'Al-Qaïda", relate France 2"Avec mon frère, je n'avais pas d'échanges religieux", assure-t-il.

Quelques jours plus tôt, il s'était dépeint  "comme un musulman orthodoxe" qui "n'appelle pas" à "des actions violentes". "Ce n'est pas avec des morts que l'on fait progresser l'islam", avait-il affirmé. "Le jihad fait partie de notre religion comme le jeûne ou la prière. Il est intéressant de connaître les diverses positions existant sur ce thème", avait cependant aussi expliqué Abdelkader Merah.

2La colère des parties civiles face à la mère de la fratrie Merah

Mercredi 18 octobre, la mère des frères Merah, Zoulikha Aziri, se livre à une défense acharnée mais souvent invraisemblable de son fils Abdelkader. Pour cela, elle n'hésite pas à charger Mohamed Merah. En complète contradiction avec le dossier et les témoignages entendus, Zoulikha Aziri dépeint, dans une salle sous tension, l'image idyllique d'un accusé "gentil à la maison", pratiquant "un islam normal", quand des proches ont décrit sa violence et son prosélytisme salafiste.

Son attitude, jugée insupportable, provoque la colère des parties civiles. "Les familles attendent la vérité depuis cinq ans", lui hurle Mehana Mouhou, avocat de la famille d'Imad Ibn Ziaten, le premier soldat tué par Mohamed Merah. "Vous êtes méchants, vous êtes de la merde", lance à Zoulikha Aziri le frère d'Imad Ibn Ziaten, en pleurs, avant de quitter la salle, soutenu par un proche.

Lors de l'ouverture du procès, la mère d'Abdelkader Merah avait envoyé un baiser de la main à son fils. Là aussi, un geste de trop pour les parties civiles. "Grosse merde", avait lancé depuis son banc le père de Jonathan Sandler, tué avec ses deux enfants Arié et Gabriel, 5 et 4 ans, devant l'école Ozar Hatorah, à Toulouse, le 19 mars 2012. "C'est sorti tout seul, mais ça m'a fait du bien", avait expliqué Samuel Sandler.

3Le témoignage de Latifa Ibn Ziaten, mère de la première victime

Le 25 octobre, Latifa Ibn Ziaten, mère d'Imad Ibn Ziaten, le premier militaire tué par Mohamed Merah, vient raconter son expérience au commissariat de Toulouse après l'assassinat de son fils. "On était comme des suspects, raconte-t-elle. On m'a dit : 'Votre fils, c'est un trafiquant'."

"Le commissaire était debout, même pas assis. Il m'a dit : 'Vous êtes sûre que c'est pas un autre fils jaloux ?', se souvient Latifa Ibn Ziaten. En sortant, j'ai dit à mes enfants : 'Là, c'est une seule personne qui nous a humiliés, il faut rester droits.' Le commissaire m'a dit : 'Madame, il faut se calmer, sinon moi je vais vous calmer'."

4La voix de Loïc Liber, resté tétraplégique

Mercredi 25 octobre, le seul survivant de la tuerie du 15 mars prend la parole pour raconter sa terrible épreuve. Depuis son lit d'hôpital, Loïc Liber, ancien militaire du 17e régiment parachutiste de Montauban, raconte par vidéotransmission l'insupportable "cauchemar" qu'est devenue sa vie. Il est resté tétraplégique. "Il m'a carrément détruit la vie, confie-t-il. Je me sens malheureux de savoir que je suis tout le temps dans un fauteuil ou dans un lit. J'essaye de m'accrocher comme je peux, à la vie surtout."

Sa voix résonne dans la salle d'audience, sans image. "Ce procès ne me rendra pas mon corps, ajoute-t-il, mais je serai plus serein en me disant que justice aura été faite, que les crimes ne restent pas impunis dans notre pays."

5La lettre de menaces envoyée à l'avocat d'Abdelkader Merah

Jeudi 5 octobre, l'avocat d'Abdelkader Merah, Me Eric Dupond-Moretti, dénonce devant la cour d'assises une lettre anonyme proférant des menaces de mort contre ses enfants. "J'ai reçu ce matin une lettre qui me met dans un état particulier parce qu'on promet une balle dans la tête à chacun de mes enfants", déclare le ténor du barreau, en assurant ne s'être "jamais senti aussi avocat".

Il est notamment écrit : "Dupond-Moretti, tu vas manger si Merah sort. Tes enfants vont avoir la même chose que les enfants de l'école Ozar Hatorah, une balle dans la tête." Les avocats de la partie civile manifestent leur solidarité avec leur confrère, de même que le président de la cour.

6Une atmosphère irrespirable à l'annonce du verdict

Jeudi 2 novembre, les deux accusés ont droit une dernière fois à la parole avant que la cour se retire pour délibérer. Vers 17 heures, en attendant le verdict, la presse et le public commencent à se masser devant la salle d'audience. Il y a beaucoup de monde, et des gendarmes tentent de contrôler cette cohue. La mère de l'une des victimes, Latifa Ibn Ziaten, est bousculée par un individu.

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A l'intérieur, l'ambiance est tout aussi tendue. Deux avocats s'invectivent, l'un accusant l'autre de l'avoir "agressé"Après le rendu du verdict, qui condamne Abdelkader Merah à vingt ans de prison et Fettah Malki à 14 ans de prison, l'agitation reprend dans la salle des pas perdus. L'avocat du principal accusé, Me Eric Dupond-Moretti, est copieusement hué et contraint de patienter de longues secondes avant de s'exprimer devant les médias.

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