Affaire Grégory : trois questions sur l’expertise psychologique de Murielle Bolle

Une expertise psychologique accrédite la thèse de sa complicité présumée dans l'enlèvement du petit Grégory. Mais les résultats sont à prendre avec des pincettes.

Murielle Bolle à la cour d\'appel de Dijon, en novembre 1993. Agée de 15 ans en 1984 au moment des faits, elle a aujourd\'hui 48 ans.
Murielle Bolle à la cour d'appel de Dijon, en novembre 1993. Agée de 15 ans en 1984 au moment des faits, elle a aujourd'hui 48 ans. (ROBERT PRATTA / REUTERS)
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Les enquêteurs continuent de penser que Murielle Bolle détient une des clés de l'affaire Grégory. En octobre 1984, alors adolescente, elle avait accusé son beau-frère, Bernard Laroche, d'avoir enlevé Grégory Villemin, retrouvé mort noyé dans une rivière des Vosges. Avant de se rétracter.

Mise en examen en juillet dernier pour sa complicité présumée dans l'enlèvement, la femme de 48 ans a été libérée le 4 août et assignée à résidence. Sa défense a annoncé vouloir demander l'annulation de la procédure, faute de preuves suffisantes.

Une expertise psychologique a été pratiquée sur Murielle Bolle pour tenter de comprendre sa personnalité. Les résultats ont été révélés par Le Figaro, mardi 26 septembre. Franceinfo vous explique ce qu'il faut en retenir.

Pourquoi cette expertise a-t-elle été menée ?

Les avocats de Murielle Bolle veulent faire annuler la procédure en déposant une requête en nullité. Pour eux, la mise en examen "est irrégulière" en raison "de l'absence d'indices graves et concordants". Agée de 15 ans lors des faits, elle avait affirmé avoir vu son beau-frère, Bernard Laroche, emmener l'enfant dans sa voiture, puis l'avoir déposé quelque part – chez des amis, pensait-elle.

Elle s'était ensuite rétractée. Murielle Bolle avait expliqué ne pas s'être "rendue compte des conséquences que ce qu'on lui faisait dire auraient sur sa famille, la conséquence la pire étant la mort de Bernard Laroche". Le procureur général, lui, a évoqué "un témoignage très précis" d'un cousin éloigné selon lequel cette rétractation aurait été due à des violences de la part de son entourage. 

Par le passé, les enquêteurs avaient exploré une piste selon laquelle l'adolescente aurait pu prendre une part active à l'enlèvement de Grégory en lui injectant une dose d'insuline –prise à sa mère, diabétique– pour le plonger dans le coma. Un flacon et une seringue avaient été retrouvés au bord de la Vologne. Mais en 1993, son intention criminelle avait été écartée par la cour d'appel de Dijon, dans l'arrêt innocentant Christine Villemin, la mère de Grégory.

Une expertise médicale a donc été ordonnée pour tenter de percer la psychologie de Murielle Bolle. L'experte, Laurence François, mandatée par la cour d'appel de Dijon, l'a rencontré à la mi-juillet en détention provisoire, pour lui faire subir des tests.

Quels en sont les principaux résultats?

Le rapport accrédite la thèse de l'accusation, selon laquelle Murielle Bolle serait complice de l'enlèvement de Grégory Villemin. L'experte lui a notamment fait subir "le test de l'arbre" : il s'agit de dessiner un arbre pour révéler les traits de personnalité d'un individu et les événements qui l'ont marqué.

Conclusion de l'experte : "Nous remarquons la présence d’une zone oblongue sur la surface du tronc, pouvant attester (…) d’un événement majeur, traumatique, qui serait survenu dans la vie de l’intéressée entre 13,4 et 16,2 ans."

Murielle Bolle était justement âgée de 15 ans au moment des faits. Selon l'experte, ce traumatisme pourrait renvoyer à des violences dont la jeune fille aurait été victime de la part de ses frères après ses premiers aveux, qui auraient conduit à sa rétractation. En clair, l'interprétation va dans le sens des gendarmes.

L'experte a observé que la suspecte montre une "tendance à l'entêtement" et une "volonté de ne rien dire". Au cours des tests, l'évocation d'une toupie, d'une araignée, d'un crabe et d'un taureau couché ont amené la psychologue à mieux cerner la personnalité de Murielle Bolle.

Elle montre une individualité "fragilisée dans sa volonté de maîtrise", "terrassée et en perte de combativité", qui "tente de se protéger de l'extérieur par une carapace". L'experte évoque aussi une "charge affective qui ne trouve pas de voie socialisée pour s’exprimer".

Quelle valeur donner à cette expertise ?

Le Figaro met en doute la valeur de cette étude et regrette le fait que l’experte prenne pour acquis cet épisode de violence, qui est toujours réfuté par le camp de Murielle Bolle. "Cette façon de se saisir de n'importe quel élément pour le retourner systématiquement à charge est insupportable", a réagi Jean-Paul Teissonnière, son avocat, qui reproche le manque de recul de la psychologue.

Le Figaro pointe aussi le fait que les éléments recueillis par la spécialiste n'ont pas été mis en relation avec d'autres événements qui auraient pu jouer sur la psychologie de Murielle Bolle. La psychologue "ne met pas ces subtiles associations en parallèle, par exemple, avec l'incarcération subie par Mme Bolle", relève le journal.