Elections régionales : "Les attentats motivent les électeurs du FN à aller voter"

A moins de dix jours du scrutin, Jean-François Doridot, directeur général d'Ipsos, mesure les effets des attentats sur les intentions de vote aux élections régionales.

Des panneaux électoraux à Marseille, le 25 novembre 2015.
Des panneaux électoraux à Marseille, le 25 novembre 2015. (BORIS HORVAT / AFP)

Propos recueillis par

Mis à jour le , publié le

Un Front national plus que jamais en pole position, un PS qui frémit et une droite en baisse : tels sont les enseignements du dernier sondage Ipsos Sopra-Steria pour France Télévisions, publié vendredi 27 novembre, à moins de dix jours des élections régionales. Jean-François Doridot, directeur général d'Ipsos, analyse les résultats de cette enquête nationale qui permet de sonder les effets des attentats sur les intentions de vote.

Francetv info : Les attentats de Paris bouleversent-ils la donne du premier tour des élections régionales ?

Jean-François Doridot : Par rapport à notre dernière enquête, réalisée fin octobre, le Front national progresse de 4 points, le Parti socialiste gagne 2 points et Les Républicains sont en recul de 3 points.

Mais il faut relativiser l'impact des attentats. La dernière enquête avait été réalisée en pleine polémique sur les impôts locaux pour les retraités, c'est-à-dire dans un moment très favorable à la droite traditionnelle. Cette fois, après les attentats, on observe parmi les préoccupations des Français un pic sur les thématiques favorables au Front national (insécurité, immigration…).

L'émotion suscitée par ces attentats peut-elle amener les Français à se déplacer massivement aux urnes ?

On note, après ces attentats, un effet sur la participation attendue (+5 points par rapport à la dernière enquête). Mais on partait d'un niveau très bas (40% de participation), jamais vu pour des élections sous la Ve République. C'était en partie dû au fait que les Français n'ont pas l'habitude de se rendre aux urnes en fin d'année.

Malgré cette progression de cinq points, on reste à un niveau inférieur à la participation observée aux élections de 2010. On ne peut donc pas parler de "surmobilisation". Par ailleurs, il est difficile de savoir si ce frémissement est dû aux attentats ou au fait que l'on se rapproche du scrutin.

Les attaques du 13 novembre ont-elles modifié les critères qui détermineront le vote des électeurs ?

La menace terroriste arrivait en 14e position (9%) des motivations de vote il y a un mois. Elle s'établit désormais en 5e position, en progression de vingt points. Par ricochet, les thèmes de l'insécurité et de l'immigration progressent et se retrouvent en haut de classement. L'agenda de campagne s'en trouve modifié dans un sens très favorable au Front national.

Autre fait marquant : juste avant la COP21, on remarque que les préoccupations en matière d'environnement sont très faibles.

François Hollande enregistre une forte hausse de popularité. Pourquoi les candidats socialistes n'en profitent-ils pas davantage ?

La popularité du chef de l'Etat a plus que rebondi (+17 points dans le baromètre Ipsos-Le Point). Dans notre enquête, le vote sanction contre François Hollande est en nette baisse, mais ça ne se traduit pas par un soutien aux listes PS. Les Français distinguent le François Hollande chef de guerre et le François Hollande responsable du chômage et des déficits.

On peut trouver que François Hollande a bien réagi aux attentats, être favorable aux mesures qu'il propose, mais trouver qu'il aurait dû les prendre plus tôt ou qu'elles ne vont pas assez loin. Dans les enquêtes effectuées immédiatement après les attentats, la réaction de François Hollande récoltait 70% à 75% d'approbation. Dix jours plus tard, ses propositions ne sont plus approuvées que par 51% des Français. Nous ne sommes plus tout à fait dans l'unité nationale.

La petite hausse dont bénéficie le Parti socialiste est due à une remobilisation de son propre électorat. Certains électeurs de François Hollande en 2012 qui avaient prévu de s'abstenir aux régionales ou de voter pour une liste autre que celle du PS reviennent au bercail.

Combien de régions le Front national est-il susceptible de remporter ?

Le FN est en bonne position en Paca et en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Nous n'avons pas réalisé récemment d'enquête en Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, mais il devrait là aussi se retrouver en bonne position. Le Front national a de très sérieuses chances dans ces régions en cas de triangulaire au second tour. Dans l'hypothèse d'un duel (retrait d'une des listes, ou fusion entre la droite et la gauche), ce sera plus compliqué, mais pas du tout impossible.

Les attentats n'ont pas fondamentalement changé la donne : Marine Le Pen était déjà largement en tête dans le Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Mais les électeurs du FN sont plus nombreux qu'il y a un mois à dire qu'ils sont certains d'aller voter. Les attentats ont eu pour effet de motiver l'électorat du FN.

Pour la gauche, la déroute est-elle inévitable ?

Ce sera forcément une déroute, puisque la gauche détient 21 régions sur 22. Elle peut espérer en sauver deux ou trois [sur les 13 nouvelles régions]. L'analyse du résultat de la gauche s'appuiera aussi sur des symboles. Si le Front national s'empare de plusieurs régions, la droite sera moins à même de s'approprier la victoire, et cela atténuera donc la défaite de la gauche. De même, en sauvant l'Ile-de-France, le PS relativiserait la déroute.