Régionales : que va changer la victoire des nationalistes pour la Corse ?

En Corse, la liste nationaliste de Gilles Simeoni enregistre une victoire historique. Pour André Fazi, politologue à l'université de Corse, "une nouvelle ère politique" s'ouvre pour un parti en voie de "normalisation".

Le nationaliste Gilles Simeoni (au centre) est élu maire de Bastia (Haute-Corse), le 30 mars 2014.
Le nationaliste Gilles Simeoni (au centre) est élu maire de Bastia (Haute-Corse), le 30 mars 2014. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)
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La grande gagnante de ces élections, c'est elle… en tout cas sur l'île de Beauté : Per A Corsica. Alors que, sur le continent, le Front national ne remporte aucune région, que la gauche sauve les meubles et que la droite va au devant de remous internes, la liste nationaliste corse conduite par le maire de Bastia, Gilles Simeoni, a raflé près de 35,34% des suffrages, dimanche 13 décembre, au second tour des régionales, remportant la tête de la collectivité territoriale. Une première.

Quelles sont les racines de sa victoire ? Que va-t-elle changer en Corse ? Explications avec André Fazi, politologue à l'université de Corse et spécialiste des systèmes politiques régionaux et insulaires.

Un parti qui a su prendre la place vacante

La victoire de Per A Corsica s'explique, d'abord, par la défaillance des deux grands partis de gouvernement dans l'île. La popularité en perte de vitesse de Paul Giacobbi (divers gauche), président sortant de l'exécutif territorial, n'y est pas pour rien. "L’incapacité de Giacobbi à trouver le juste équilibre entre les deux courants de gauche dominants l'ont décidément mené à sa perte", analyse André Fazi. Quant à la droite, elle n’a pas su galvaniser ses électeurs lors de ces dernières élections. "Depuis 2010 même, elle peine à trouver un leader digne d'incarner les idées du parti."

Un vide politique qu’a su combler Gilles Simeoni, de façon "imprévue mais remarquable", en créant la liste Per A Corsica issue de la fusion au second tour des indépendantistes et des autonomistes.

Des nationalistes "normalisés"

Sur le plan des idées, les nationalistes et les indépendantistes ont fait du chemin. "Les revendications nationalistes sont en voie de normalisation depuis le processus de Matignon débuté en 1999", qui a abouti au statut particulier de la Corse, rappelle André Fazi.

Le vote en faveur d’une unité corse touche désormais "un électorat plus modéré". "Voter nationaliste, se sentir français et montrer un intérêt enthousiaste envers les continentaux" apparaît, à l’heure actuelle, "comme tout à fait compatible".

Favorable à une autonomie élargie, Gilles Simeoni a, certes, fait alliance avec les indépendantistes, mais n'a pas pour ambition de se séparer du continent. "Prétendre à ce stade que l'on se dirige vers une indépendance de la Corse est totalement illusoire", explique André Fazi. Avec un score au premier tour de 10% pour les indépendantistes, l'île de Beauté n'est pas près de faire ses adieux à la France.

Une marge de manœuvre limitée

Le score des nationalistes est écrasant, certes, mais doit être tempéré. Pour André Fazi, "c’est une victoire historique, mais ce n’est pas encore le grand soir". Passant de quinze à vingt-quatre sièges, la coalition menée par Gilles Simeoni gagne du galon, mais ne détient pas la majorité absolue dans l'hémicycle. "On se dirige vers une nouvelle ère politique, mais il n'y aura pas, dans l'immédiat, de grande rupture en termes de politiques publiques."

Notamment parce que les compétences du conseil exécutif, "bien qu'elles soient dorénavant élargies, et qu'elles octroient un budget par tête plus important", n'offrent pas "une marge de manœuvre suffisante pour opérer de réels changements".

L'impact des élus sur le quotidien des Corses sera d'autant plus limité qu'ils devront "négocier avec deux majorités départementales, une à droite en Corse-du-Sud et une à gauche en Haute-Corse", gérer "l'esprit de profond consensus qui règne au sein de cette collectivité législative" et faire face au blocage "encore très fort" de l'Etat. Les nationalistes seront-ils prêts à endosser leurs nouvelles responsabilités ? "Ils devront assumer les attentes populistes du dernier scrutin et affronter toutes les contraintes intrinsèques au conseil. C’est un défi à relever."