Régionales : "Le vote FN progresse dans toutes les catégories d'électeurs"

Professeur à la Business School de Harvard et cofondateur de la start-up en stratégie électorale Liegey Muller Pons, Vincent Pons analyse les évolutions du vote des Français au premier tour des élections régionales.

Des partisans du Front national à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 13 septembre 2015.
Des partisans du Front national à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), le 13 septembre 2015. (CHAMUSSY / SIPA)
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Propos recueillis parIlan CaroFrance Télévisions

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Au lendemain du premier tour des élections régionales, marqué par une nouvelle poussée historique du Front national, Vincent Pons, professeur à la Business School de Harvard et cofondateur de la start-up en stratégie électorale Liegey-Muller-Pons, analyse les évolutions du vote des Français.

Francetv info : Comment le vote Front national évolue-t-il ?

Vincent Pons : Le FN reste plus important chez les ouvriers. Mais, depuis 2012, sa progression est forte dans toutes les catégories socio-professionnelles, dans toutes les tranches d'âge, chez les hommes comme chez les femmes. Désormais, le FN fait de bons scores chez les étudiants, les cadres, les professions intermédiaires. Il progresse chez les diplômés, y compris de l'enseignement supérieur.

La nouvelle carte de France politique montre aussi une poussée du FN sur presque tout le territoire…

Effectivement. La tripartition n'est pas seulement électorale, elle est aussi territoriale. Le Front national est fort dans toute la moitié est du pays (du Nord-Pas-de-Calais à la région Paca, en passant par les régions du centre). La gauche conserve des bastions, notamment en Bretagne et en Aquitaine. Entre les deux, il y a une zone tampon où la droite domine. Mais, d'élection en élection, on observe en effet une progression du FN en direction de l'ouest de la France.

A l'intérieur des régions, on peut aussi regarder les choses plus finement : le FN fait de meilleurs scores dans les communes rurales, les petites villes et les zones périurbaines. Il se heurte en revanche à des poches de résistance dans les grandes agglomérations. Cela tient surtout à la composition sociologique de ces centres urbains.

Comment la poussée du FN peut-elle être contenue ?

Peu de personnes en parlent, mais c'est l'abstention qui est l'enjeu majeur. Il ne s'agit pas d'inciter les électeurs à ne pas voter FN, mais de convaincre les électeurs de gauche et de droite à se déplacer aux urnes. Le résultat du premier tour peut provoquer un sursaut.

Ce parti se retrouve confronté à une sorte de plafond de verre, comme s'il faisait le plein de ses voix au premier tour. La question est donc de savoir si la gauche et la droite réussiront à mobiliser leurs électeurs.

Dans le Nord-Pas-de-Calais, qui était l'un de ses fiefs, la gauche a presque disparu de la carte. Comment expliquer ce changement brutal ?

Cela tient surtout à l'évolution socio-démographique de l'électorat du Front national, qui prospère dans une région où les ouvriers et les employés sont très représentés.

La gauche paie aussi le prix de ses divisions. Car l'addition PS-EELV-Front de gauche est majoritaire dans certaines villes, alors que le FN est hégémonique à l'extrême droite et que la droite a réussi à s'unir. Dans un contexte de tripartisme, c'est extrêmement coûteux : la gauche n'arrive pas en tête et c'est donc à elle de prendre la décision de se retirer.

A l'inverse, le PS réussit très bien en Bretagne. Particularisme local ou effet Le Drian ?

La situation est très particulière en Bretagne. Il y a plusieurs raisons pour l'expliquer, mais il est difficile de les quantifier. La Bretagne est une terre historiquement de gauche, ce n'est donc pas très étonnant que le PS sorte en tête. Mais la gauche est beaucoup plus dominatrice en Bretagne que dans les autres régions de la façade atlantique où elle fait généralement de bons scores. Cela peut en effet être lié à la candidature de Jean-Yves Le Drian.

Comment analysez-vous ces fortes évolutions de l'électorat ?

C'est un moment de recomposition du paysage électoral. Les électeurs poursuivent des trajectoires qui modifient leur vote. Les partis sont un peu déboussolés. Qui représente le cœur de leur électorat ? Quelles sont leurs cibles ? Quand une force politique passe de 10% à 30% en à peine dix ans, cela brouille forcément les cartes.