Antiaméricanisme, théorie du complot et Space Mountain : qui est François Asselineau, le "pestiféré" des régionales ?

Avec son mouvement, l'UPR, cet énarque de 58 ans dénonce "l'entreprise de domestication américaine" dont serait victime la France.

François Asselineau, candidat aux élections régionales en Ile-de-France, à Paris, le 26 novembre 2015.
François Asselineau, candidat aux élections régionales en Ile-de-France, à Paris, le 26 novembre 2015. (MATHIEU DEHLINGER / FRANCETV INFO)
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Partout où on l'invite, il répond présent : que ce soit sur Radio Soleil, sur Radio Fréquence Evasion ou sur Radio France Maghreb 2. Tête de liste de son parti (l'Union populaire républicaine) aux élections régionales en Ile-de-France, François Asselineau ne décolère pas de ne pas avoir accès aux médias nationaux, qu'il accuse sans cesse de "censure". Alors quand on lui donne la parole, il ne la lâche pas. En 2012, ce grand bavard avait déjà pris son temps – cinq heures de discours ! – pour présenter son programme à la présidentielle, à laquelle il n'avait d'ailleurs finalement pas pu concourir, faute de parrainages. Autant vous dire que lorsque nous le rencontrons, à une semaine du premier tour, nous ne sommes pas franchement étonnés d'avoir droit à un tête-à-tête de plus de trois heures.

A 58 ans, François Asselineau présente 13 listes aux élections régionales avec son mouvement, qui recueille 1% des intentions de vote dans le dernier sondage national Ipsos-Sopra Steria pour France 3. Autoproclamé "parti qui monte malgré le silence des médias", il veut sortir unilatéralement de l'Union européenne, de l'euro et de l'Otan. Autant d'institutions qui sont le signe, selon lui, que la France est aujourd'hui "victime d'une entreprise de domestication américaine".

Le tract de François Asselineau pour les élections régionales de décembre 2015 en Ile-de-France.
Le tract de François Asselineau pour les élections régionales de décembre 2015 en Ile-de-France. (UNION POPULAIRE REPUBLICAINE)

Les Etats-Unis à la manœuvre, partout

François Asselineau voit l'oncle Sam tirer les ficelles en coulisses un peu partout. "Par une sorte de pied de nez de l'histoire, la France est devenue une colonie, mais version troisième millénaire", assure-t-il. Les signes sont là, devant nous. Mais personne ne les voit. Ou en tout cas personne n'en parle, à en croire François Asselineau. "On est le seul parti à expliquer aux électeurs pourquoi on a charcuté leurs régions, assure le candidat, tête de liste en Ile-de-France. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais la Bourgogne-Franche-Comté a la taille de la Virginie occidentale, la Normandie a celle du Maryland, l'Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes a celle de la Caroline du Sud." Coïncidence ? François Asselineau ne le croit pas.

Derrière la construction européenne ? François Asselineau voit aussi la marque des Etats-Unis. Derrière le logo de feu l'UMP ? Aussi. Et derrière les attentats ? "Systématiquement les gens meurent, s'étonne François Asselineau. C'est très dommage qu'on n'arrête pas les auteurs, ce qui nous permettrait de
remonter les filières." Jusqu'à l'oncle Sam, encore ? François Asselineau cite un rapport de l'organisation Human Rights Watch, selon laquelle le FBI a "encouragé, poussé et parfois même payé" des musulmans américains pour les inciter à commettre des attentats. "Je ne dis pas que c'est forcément le cas ici, mais ce n'est pas exclu et on ne débat pas de ça."

Un homme "adulé par toute la complosphère"

François Asselineau est, avec Jacques Cheminade, l'entrepreneur politique qui a le mieux compris ce qu'il pouvait tirer du complotisme.

Rudy Reichstadt, fondateur du site Conspiracy Watch

à francetv info

"Je ne pense pas qu'il soit dingue, mais qu'il utilise le complotisme parce qu'il a compris que c'est ce qui marche sur internet, observe Rudy Reichstadt, membre de l'Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès. Il est adulé par toute la 'complosphère', des gens proches de Dieudonné et Alain Soral."

Me qualifier de complotiste, c'est une forme d'excommunication. C'est une façon de ne pas répondre aux questions de fond.

François Asselineau, président de l'UPR

à francetv info

Pour convaincre de la pertinence de ses propos, François Asselineau saupoudre ses longs discours de références littéraires et historiques. Et cite pêle-mêle L'Enfer de Dante, l'écrivain Denis de Rougemont ou la bataille des plaines d'Abraham de 1759. "Quand il intervenait auprès de l'électorat populaire, il avait l'habitude d'illustrer ses propos de citations grecques et latines", s'amuse Marie-France Coquard, avec qui il a mené une liste tibériste à Paris pour les municipales de 2001.

François Asselineau et Marie-France Coquard, lors de la campagne pour les municipales dans le 19e arrondissement de Paris, le 16 janvier 2001.
François Asselineau et Marie-France Coquard, lors de la campagne pour les municipales dans le 19e arrondissement de Paris, le 16 janvier 2001. (DANIEL JANIN / AFP)

Un énarque "tout excité" à l'inauguration de Space Mountain

Car François Asselineau est une tête bien faite : derrière son costume-cravate se cache un diplômé de HEC, sorti de l'ENA en 1985. "C'était un garçon qui était déjà original, mais sympathique, sans que l'on puisse se douter qu'il allait se tourner vers des idées extrémistes", se souvient pour francetv info son camarade Philippe Capron, son principal concurrent sur les bancs de l'école à l'époque, aujourd'hui directeur financier du groupe Veolia.

C'était quelqu'un de pas nécessairement comme tout le monde, un peu bizarre, un peu atypique, un peu précieux.

Philippe Capron, camarade de promo de François Asselineau à l'ENA

à francetv info

Une fois l'ENA terminée, François Asselineau mène une carrière des plus classiques, à l'inspection des finances d'abord, puis dans des cabinets ministériels de droite : aux côtés de Gérard Longuet à l'Industrie, Hervé de Charette aux Affaires étrangères ou de Françoise de Panafieu, dont il a été le directeur de cabinet au ministère du Tourisme.

J'ai un souvenir de lui tout excité à l'époque. Il avait inauguré Space Mountain à Disneyland Paris avec Claudia Schiffer, et il était tout frétillant !

Philippe Capron, camarade de promo de François Asselineau à l'ENA

à francetv info

Difficile d'imaginer aujourd'hui cet américanophobe farouche en train de s'afficher, bras dessus, bras dessous, avec Mickey et sa bande...

"Rebelle"... comme De Gaulle

Après ses expériences dans les cabinets ministériels, l'énarque se rapproche de Charles Pasqua, qu'il suit au conseil général des Hauts-de-Seine. "Une fois élu conseiller de Paris en 2001, il a brillé par ses absences", dénonce Marie-France Coquard. "Je garde de mauvais souvenirs de ce mandat, c'était de la politique politicienne, assure François Asselineau. On nous demandait de taper systématiquement sur Delanoë."

"A l'époque, il avait des idées très arrêtées, très à droite", juge Cécile Renson, avec qui il a – brièvement – formé un groupe au Conseil de Paris. L'ancienne élue se remémore "un ego assez prononcé" : "Ça m'amuse aujourd'hui de le voir sur des affiches un peu partout."

Car François Asselineau croit en son destin. "Vous allez penser que j'ai la grosse tête", débute-t-il, avant de se présenter comme "honnête", "courageux" et "rebelle", à l'instar du général De Gaulle. Avant de rapporter cette discussion, qui l'aurait un jour opposé à Charles Pasqua :

"– Vous ne pouvez pas avoir raison seul contre tout le monde !, lui dit Pasqua.

– Et De Gaulle alors ?, répond François Asselineau.

– Vous n'êtes pas De Gaulle !

– Qu'est-ce que vous en savez ?"

Des supporters-militants très, très, actifs

Le président de l'UPR fait en tout cas figure d'homme providentiel pour ses équipes, qui ne tarissent pas d'éloges sur lui – "érudit", "brillant" –, et dénoncent le mutisme des grands médias. Son responsable presse s'est longuement plaint, auprès de francetv info, de ne pas voir son champion invité aux "4 Vérités" de France 2. "Tout journaliste a subi, un jour ou l'autre, [du harcèlement] de la part de certains de ses militants", raconte sur son blog le journaliste politique Laurent de Boissieu.

"Ses équipes appelaient deux ou trois fois par semaine", se souvient aussi Jérôme Schrepf, journaliste à La Dépêche du Midi, installé à Villeneuve-sur-Lot (Lot-et-Garonne). François Asselineau s'y est présenté en 2013, après la démission du député de la circonscription, un certain Jérôme Cahuzac.

"Il était clairement là pour se faire connaître et était très déconnecté des problèmes locaux, explique Jérôme Schrepf. Mais il était entouré de gens de bon niveau, comme un ancien pilote de l'armée de l'air. On avait l'impression qu'il était investi d'une mission, en dépit de ce que tout le monde pouvait penser de lui. Il s'en fichait, il traçait son chemin."

"J'ai quand même des amis"

Ça ne me dérange pas d'être seul quand je sais que j'ai raison !

François Asselineau, président de l'UPR

à francetv info

"J'ai quand même des amis, assure François Asselineau, même si beaucoup se sont éloignés de moi, comme si j'étais un pestiféré." Lors de la législative partielle de Villeneuve-sur-Lot, Nicolas Dupont-Aignan l'avait soutenu, vantant les liens entre leurs deux partis "sur la défense de notre souveraineté" ou "sur l'indépendance de la France". Aujourd'hui, "NDA" ne souhaite plus parler de celui qui est désormais son adversaire en Ile-de-France, et dément toute forme de soutien.

Isolé politiquement et médiatiquement, François Asselineau revendique tout de même plus de 9 000 adhérents, auxquels il délivre ses analyses notamment via internet. Sur son compte YouTube, il diffuse des enregistrements de ses conférences-fleuves, durant lesquelles, Powerpoint à l'appui, il explique "qui gouverne la France et l'Europe", "la tromperie universelle comme mode de gouvernement" ou "les petits secrets" des Le Pen. En attendant, il l'espère, de pouvoir se présenter à la présidentielle de 2017. Pour enfin dénoncer au grand jour "l'atmosphère de mensonge, de duplicité, d'escroquerie du peuple français" qu'il a pu découvrir "dans les allées du pouvoir".