Présidentielle : cinq questions clés avant le premier tour

Les indécis, la participation, le nom des deux qualifiés... Franceinfo revient sur les enjeux du premier tour de l'élection présidentielle dimanche. 

Les panneaux électoraux dans la ville de Pau (Pyrénées-Atlantiques) pour le premier tour de l\'élection présidentielle, le 23 avril 2017.
Les panneaux électoraux dans la ville de Pau (Pyrénées-Atlantiques) pour le premier tour de l'élection présidentielle, le 23 avril 2017. (LAURENT FERRIERE / AFP)
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Margaux DuguetIlan CaroFrance Télévisions

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Après deux primaires, des débats télévisés, et plusieurs dizaines de meetings, la campagne présidentielle touche à sa fin. Onze candidats vont s'affronter dimanche 23 avril lors du premier tour de l'élection. Les 47 millions d'électeurs sont appelés aux urnes pour choisir le futur président de la République et successeur de François Hollande. Qui de Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, François Fillon, Benoît Hamon, Jean Lassalle, Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Luc Mélenchon ou Philippe Poutou se qualifiera pour le second tour ? En attendant de connaître le résultat, franceinfo répond à cinq questions clés pour comprendre les enjeux du scrutin.

1Pourquoi cette élection est plus indécise que les précédentes ?

Hormis l'énorme surprise survenue le 21 avril 2002 (avec la qualification de Jean-Marie Le Pen et l'élimination de Lionel Jospin), une logique droite-gauche classique entre partis prévaut lors des scrutins présidentiels depuis 1974. Cette année, rien de tel : si l'on en croit les sondages, le candidat du Parti socialiste, Benoît Hamon, est promis à un score famélique et celui des Républicains, François Fillon, est en mauvaise posture pour se qualifier au second tour.

Au-delà de cette configuration totalement inédite, c'est un match à quatre qui se profile à quelques heures du scrutin. Selon notre dernière enquête Ipsos/Sopra Steria, les quatre candidats en tête se tiennent en seulement cinq points : Emmanuel Macron à 24%, Marine Le Pen à 22%, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon à 19% chacun. Compte tenu des marges d'erreur (environ 2,3 points à la hausse ou à la baisse pour chacun des candidats), il est très difficile d'imaginer le scénario possible à la sortie des urnes.

Deux facteurs viennent conforter la très forte incertitude qui entoure ce scrutin. D'abord le niveau de l'abstention, qui pourrait atteindre un niveau proche de celui du premier tour de 2002. Mais surtout l'indécision des électeurs : à seulement quarante-huit heures du scrutin, près d'un tiers des Français se disant certains d'aller voter affirment que leur choix n'est pas définitif et peut encore évoluer. 

2Connaîtra-t-on les noms des deux qualifiés pour le second tour dès 20 heures dimanche ?

Si la question peut paraître saugrenue au regard des précédentes élections présidentielles, elle l'est beaucoup moins lorsqu'on prend en compte un fait nouveau. Pour la première fois, les bureaux de vote fermeront à 19 heures et non 18 heures, voire à 20 heures dans certaines grandes villes. Cette heure supplémentaire a de quoi angoisser les sondeurs qui auront mécaniquement beaucoup moins de temps pour travailler.

La plupart des instituts de sondage ont pris des mesures afin d'anticiper ce retard, en doublant, par exemple, le nombre de bureaux-tests. "Au lieu d'avoir 200 à 250 bureaux, on en aura 500, explique à franceinfo Stéphane Zumsteeg, sondeur à l'institut Ipsos qui travaille pour France Télévisions, Radio France, les chaînes parlementaires, Le Monde, Le Point et France 24. On double car on manque de temps, il faut donc multiplier les possibilités de faire remonter l'information. Si un bureau ne dépouille pas assez vite, on pourra se replier."

Cela suffira-t-il ? Pas sûr. Tous les sondeurs contactés par franceinfo sont unanimes : il existe bien une possibilité que les noms des deux qualifiés ne soient pas connus à 20 heures, si les écarts sont trop faibles. "On jouera, à ce moment-là, la rigueur. On pourrait alors, par exemple, afficher trois visages à 20 heures", assure Frédéric Dabi, interrogé par franceinfo. Cette éventualité est, bien sûr, étudiée dans les rédactions. "Si l'écart est trop faible, on ne donnera pas les finalistes. On ne cédera pas", affirme Elizabeth Martichoux, chef du service politique de RTL. Cette dernière y voit même un avantage.

D'un point de vue éditorial, on fera vivre le suspens. Si l'écart est trop fort, la soirée sera vite pliée.

Elizabeth Martichoux, chef du service politique de RTL

à franceinfo

3L'abstention va-t-elle atteindre un record ?

On l'appelle communément le "premier parti de France". Et depuis plusieurs mois, commentateurs et experts s'alarment sur le fait que l'abstention puisse atteindre cette année un record pour une élection présidentielle. Selon les prévisions du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), les abstentionnistes pourraient dépasser 30% du corps électoral, soit 10 points de plus qu'en 2012. Phénomène nouveau : de plus en plus politisés, nombre de ces électeurs "silencieux" veulent se faire entendre. "Le taux d'abstention est un moyen de s'exprimer, car il est relayé par les médias, explique Pierre, qui a rejoint le Parti des abstentionnistes et des sans-voix (PAS). Notre objectif est de montrer que les abstentionnistes ont des idées politiques qu'ils ne peuvent pas exprimer aujourd'hui à travers le vote."

Pour autant, beaucoup d'abstentionnistes restent pour la plupart indécis. "On a 2% d'abstentionnistes certains. Mais on a surtout 10% d'abstentionnistes probables et 20% d'abstentionnistes potentiels", affirme à franceinfo Bruno Cautrès, chercheur au Cevipof. Enfin, les derniers sondages montrent une participation potentielle en progression. D'après notre enquête Ipsos/Sopra Steria, diffusée vendredi, le potentiel de participation s'établit à 73%.

4L'attentat sur les Champs-Elysées, jeudi soir, peut-il avoir une influence sur le résultat ?

Jeudi soir, une fusillade s'est produite en plein Paris, sur la "plus belle avenue du monde", les Champs-Elysées. Un policier a été tué et deux autres blessés, tandis qu'une touriste a été légèrement touchée. L'organisation Etat islamique a revendiqué l'attentat. A quarante-huit heures du premier tour, cet événement peut-il avoir un impact majeur sur le vote en avantageant certains candidats, comme Marine Le Pen, qui ont fait de la lutte contre le terrorisme l'un des axes majeurs de sa campagne ? Ce n'est pas certain, à en croire plusieurs spécialistes.

"Les Français sont habitués depuis 2015 à une situation de menace d'attentat. Ils savent quelles sont les réponses des différents candidats à cette question. Je ne crois pas qu'un événement de ce type soit de nature à changer radicalement ce que pensent les Français et à influencer leur vote directement", assure à franceinfo Daniel Boy, directeur de recherche au Cevipof.

"Cela va consolider un peu plus ceux qui avaient décidé de voter FN mais les personnes qui ont des verrous oraux sur le vote frontiste ne franchiront pas le cap malgré l'attentat", renchérit auprès de franceinfo Christèle Marchand-Lagier, spécialiste du vote FN et maître de conférences en science politique à l'Université d'Avignon et des pays du Vaucluse. "De plus, si on se souvient de l'élection de 2012, on a eu une série d'attentats avec Mohammed Merah (...), c'était au mois de mars et l'élection a eu lieu en avril, on n'a jamais dit que ça avait influencé l'élection ou le score de Marine Le Pen", rappelle encore Daniel Boy.

5Pourquoi cette élection peut chambouler le paysage politique ? 

Avec quatre candidats susceptibles de se qualifier, six affiches pour le second tour sont envisageables, toutes laissant envisager une recomposition de la vie politique française. D'après les dernières enquêtes, le candidat du PS, Benoît Hamon n'accédera pas au second tour, et pourrait même réaliser un score en dessous de la barre des 10%. Une première depuis 1969 !

Quel que soit le résultat de la présidentielle, le rapport de force à gauche sera bouleversé. Les élections législatives s'annoncent très indécises, avec un Jean-Luc Mélenchon en position de force mais sans structure partisane. Dans l'hypothèse d'une victoire d'Emmanuel Macron, le PS sera tiraillé entre les partisans d'une alliance avec la France insoumise et ceux d'une participation à la nouvelle majorité présidentielle.

A droite, l'avenir n'est guère plus clair. Une victoire de François Fillon ressouderait à coup sûr les rangs, mais en cas de défaite au premier ou au second tour, les règlements de comptes ne tarderont pas. Les tenants d'une droite dure, favorables à des alliances avec le Front national, pourraient faire entendre leurs voix. A moins que la perspective d'une possible victoire aux élections législatives ne prolongent pour quelques semaines l'unité au sein des Républicains.

Enfin, le scrutin du 23 avril est à hauts risques pour Marine Le Pen. Donnée qualifiée depuis des mois par les sondages, une élimination serait pour elle une contre-performance. Le leadership de Marine Le Pen se trouverait fragilisé en interne, et la ligne étatiste défendue par Florian Philippot, critiquée par la députée du Vaucluse Marion Maréchal-Le Pen, pourrait en faire les frais.