Ils défient Sarkozy, épisode 2 : Xavier Bertrand, l'outsider discret

L'ancien ministre du Travail croit en son destin présidentiel, mais le retour de l'ancien chef de l'Etat risque de contrarier ses ambitions.

Xavier Bertrand, le 10 octobre 2011.
Xavier Bertrand, le 10 octobre 2011. ( AFP )
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"Je ne veux plus être ton ministre, je veux être président." L'avertissement lancé par Xavier Bertrand à Nicolas Sarkozy lors d'une rencontre a le mérite de la clarté. L'ancien ministre du Travail est le premier à avoir dévoilé ses ambitions présidentielles, dès le mois de septembre 2012. Après avoir renoncé à la présidence de l'UMP, le député de l'Aisne croit maintenant en ses chances pour la primaire 2016, l'élection qui désignera le candidat de l'UMP pour la présidentielle de l'année suivante. Avec le retour de Nicolas Sarkozy au premier plan, l'ancien ministre émancipé tente, avec difficulté, de s'imposer dans le paysage pour résister aux poids lourds de l'UMP.

"A l'image de Chirac avant 1995"

Xavier Bertrand se définit d'une droite populaire qui "n'est pas dure avec les plus faibles et les plus fragiles", comme il l'affirme dans Libération. Sa différence à l'UMP s'exprime principalement sur l’Europe. Il revendique un héritage séguiniste dans lequel les intérêts français passent avant le reste, quitte à froisser l'Union européenne. Mais parmi les ténors de l'UMP sur la ligne de départ pour la primaire, Xavier Bertrand est sans doute celui qui part avec le plus de retard. 

"C’est certainement le moins présent, celui qu’on a le moins entendu", estime le filloniste Dominique Bussereau. Pour Alexandre Brugère, jeune élu UMP à Asnières et soutien de Xavier Bertrand, il s'agit d'une démarche calculée : "Il a pris du champ en se montrant moins dans les médias pour se reconnecter à la réalité du pays, à l'image de Chirac avant 1995." Le député Benoist Apparu, proche d'Alain Juppé, observe également ce début de campagne : "Bertrand joue à fond son rôle d’outsider, il sait que le chemin est très long, et il a bien observé la stratégie de Hollande en 2012."

"Il ne reste pas à Paris au milieu des patrons du CAC 40"

Xavier Bertrand choisit désormais avec soin ses apparitions sur les plateaux de télévision, une stratégie à double tranchant pour sa notoriété. Pour travailler celle-ci, le challenger de 2016 préfère amener de nouvelles idées dans le débat public, comme l'instauration d'un septennat unique ou le recours plus systématique au référendum. "Il teste ses idées auprès de plusieurs personnes aux quatre coins de la France avant de les avancer dans les médias", explique une conseillère du candidat Bertrand, en citant l'exemple récent du moratoire sur les charges fiscales et sociales des très petites entreprises.

La méthode rappelle Nicolas Sarkozy. Mais autour de Xavier Bertrand, on souligne une différence de taille avec l'ancien président : "Pour trouver de nouvelles idées, il s'entoure de gens issus du terrain, il ne reste pas à Paris au milieu des patrons du CAC 40." Un député UMP, soutien de Xavier Bertrand, enfonce le clou : "Sarkozy ferait mieux de s’occuper un peu plus du sentiment des Français, plutôt que d’aller un peu partout dans le monde dire ce qu’il faut faire."

"Il n'est pas issu de l'aristocratie politique"

Pour se démarquer lors de la primaire, le maire de Saint-Quentin souhaite exploiter son image d'élu au parcours atypique. "Il n'a pas fait l'ENA, il n'est pas issu de l'aristocratie politique, et c'est important pour changer le système", note Alexandre Brugère. Un avantage, selon ses partisans, pour déverrouiller "certains blocages" de la société française, comme la fin de la carrière continue dans la fonction publique. Xavier Bertrand a commencé sa vie professionnelle en tant qu'agent d'assurance, "ce qui lui permet d'avoir une connaissance du monde de l’entreprise", ajoute Alexandre Brugère.

Tout en appelant au renouveau des élites politiques, le député de 49 ans ne fait pas de sa jeunesse un atout politique. "Il refuse d’être dans une logique générationnelle. Il estime que ce n'est pas parce qu'on a moins de 50 ans qu'on est meilleur que les autres", explique l'un de ses soutiens. D'autant qu'il cherche, dans le même temps, à valoriser son expérience gouvernementale. "Réforme sur les régimes spéciaux, interdiction de fumer dans les lieux publics, il a l'image d'un ministre avec un bon bilan", assure l'un de ses supporters. Du côté de ses opposants, on se demande si les Français associent vraiment l'ancien ministre à ses réformes.

"Il ne pèse rien"

Pour l'instant, Xavier Bertrand ne décolle pas dans les sondages. Selon une enquête Harris Interactive pour LCP, seulement 1% des sympathisants UMP souhaite le voir désigné par la primaire (contre 58% pour Nicolas Sarkozy). Ses proches préfèrent regarder le dernier baromètre Ifop pour Paris Match, où il recueille 41% de bonnes opinions (Alain Juppé est à 66%, François Fillon à 50% et Nicolas Sarkozy à 43%). Ils sont en outre persuadés que le travail effectué ces derniers mois finira par payer, et que le député de l'Aisne comblera ce retard dans l'opinion. 

Pour ses concurrents, Xavier Bertrand ne représente pas pour l'instant une menace. "Il ne pèse rien", lâche un député UMP. Ses adversaires raillent notamment son manque de soutien parmi les parlementaires. "Il n'en a pas moins que les autres. Simplement, il ne fait pas de photo à chaque réunion, comme certains", s'indigne un proche, qui cite pour l'exemple un quatuor de fidèles à l'Assemblée : David Douillet, Damien Meslot, le jeune maire de Reims Arnaud Robinet, ainsi que Gérald Darmanin - aussi courtisé par Nicolas Sarkozy. 

"Une lucidité sur le bilan du quinquennat"

Pour regagner du terrain, Xavier Bertrand n'hésite pas à critiquer ouvertement les erreurs commises sous Nicolas Sarkozy. Dans une interview au JDD, il est même allé jusqu'à demander à l'ancien président de se tenir à l'écart de l'élection à la présidence de l'UMP, en raison des suspicions liées à l'affaire Bygmalion. "Pour moi, cela montre une lucidité sur le bilan du quinquennat. Les autres refusent de dire les choses, lui montre qu'il est un homme libre", se félicite un proche.

Pour Damien Meslot, qui se fait plus indulgent envers Nicolas Sarkozy, "Xavier Bertrand a été obligé d'émettre quelques doutes pour crédibiliser sa candidature, et montrer sa détermination". Les propos ont déplu à Nicolas Sarkozy. "C'est un médiocre. Ce n'est pas la reconnaissance qui l'étouffe", aurait déclaré ce dernier au Parisien. Mais les partisans de Xavier Bertrand n'ont plus peur de l'ancien président : "Sa base est plus réduite qu’on le pense, il a perdu de nombreux soutiens, et du coup, il fait venir des gens de plus en plus jeunes autour de lui."

"Il va chercher à peser pour obtenir un poste"

Pour l'élection à la présidence de l'UMP, Xavier Bertrand aurait souhaité la candidature de François Baroin, mais ce dernier a préféré partir à la conquête de l'Association des maires de France. Orphelin, le député de l'Aisne se retrouve devant un choix compliqué. Il peut difficilement soutenir Nicolas Sarkozy, son concurrent pour la primaire. Quant à Bruno Le Maire, qui défend comme lui le renouveau du parti, il pourrait représenter une menace. "Bertrand n'a pas intérêt à ce que Le Maire fasse un trop gros score pour [la présidence de] l'UMP, car il pourrait lui prendre le créneau du renouveau en 2016", analyse un responsable de l'UMP. Reste Hervé Mariton, dont la position libérale est assez éloignée de l'interventionnisme de la ligne Bertrand. 

Dans ces conditions, la neutralité pourrait être tentante, mais ses amis assurent qu'il va faire un choix : "La neutralité n’est pas son tempérament, il n’a pas pour habitude de garder le secret sur son vote." Après avoir attaqué l'ancien président, Xavier Bertrand peut-il se décider à rentrer dans le rang et rallier le camp Sarkozy ? "Non, s'il l'avait envisagé, il ne serait pas allé aussi loin dans ses déclarations", certifie un proche. "Je ne comprends pas ce que veut Bertrand", aurait lâché récemment Nicolas Sarkozy. Pour un proche de l'ancien président, la réponse est simple : "Comme beaucoup d'autres, il va chercher à peser dans la primaire pour obtenir un poste."

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