"Ce sont des menaces inacceptables" : des magistrats répondent aux "intimidations" de Marine Le Pen

En meeting à Nantes ce week-end, la candidate du Front national a menacé de représailles tous ceux qui participent aux enquêtes judiciaires qui la visent. 

La candidate du Front national, Marine Le Pen, en meeting à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), le 26 février 2017.
La candidate du Front national, Marine Le Pen, en meeting à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), le 26 février 2017. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)
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A force, Laurence Blisson en a pris l'habitude. Les critiques sur la justice ? Elles sont "quasi permanentes". Mais "le coup des menaces, franchement, c'est autre chose". La secrétaire générale du Syndicat de la magistrature (SM) n'a "pas de mots" pour qualifier la dernière charge de Marine Le Pen contre les juges. "C'est trop !" s'agace-t-elle. 

Lors d'un meeting à Nantes, dimanche 26 février, la candidate du Front national s'en est ouvertement prise aux fonctionnaires, et en particulier ceux à qui, selon elle, "un personnel politique aux abois demande d'utiliser les pouvoirs d'État pour surveiller les opposants ou organiser à leur encontre des persécutions, des coups tordus ou des cabales d'État". Dans son viseur : les juges, les policiers et, plus globalement, ceux qui enquêtent sur elle ou son parti. 

Dans quelques semaines, ce pouvoir politique aura été balayé par l’élection. Mais ses fonctionnaires devront assumer le poids de ces méthodes illégales. Ils mettent en jeu leur propre responsabilité.

Marine Le Pen

en meeting à Nantes

"Il y a une volonté d'intimidation"

Attaquer la justice, "c'est un grand classique", estime de son côté Virginie Duval, la présidente de l'Union syndicale des magistrats (USM). "C'est ce qu'on appelle faire diversion. On savait que ça allait arriver. On se demandait juste quand. Eh bien voilà, c'est fait." Affaiblie depuis quelques jours par plusieurs affaires, Marine Le Pen semble avoir trouvé "cette parade un peu facile" pour "retourner la situation" en sa faveur, raille la présidente de l'USM.

La différence, cette fois, c'est que "ce ne sont pas que des mots en l'air. Il y a une volonté d'intimidation, relève Virginie Duval. Ce qu'elle dit à demi-mot, c'est qu'elle n'oubliera pas les policiers et les magistrats qui auront simplement fait leur travail, ce pour quoi ils sont payés. Ce sont des menaces inacceptables."

Au Syndicat de la magistrature, Laurence Blisson, qui évoque un jeu "dangereux" et "hypocrite", s'interroge : "Où va-t-on ? Quelle sera la prochaine étape ? Marine Le Pen dit souhaiter une justice ferme et rapide pour tout le monde. Très bien, nous aussi. Sauf lorsqu’elle concernée. Ça ne fonctionne pas comme ça."

"On n'a pas à être patriotes, juste républicains"

Céline Berthon aussi en a vu d'autres dans sa carrière. Mais cette fois, les propos de Marine Le Pen ont créé "un véritable émoi chez les policiers qui enquêtent sur ce genre de dossiers politico-financiers", assure la secrétaire générale adjointe du Syndicat des commissaires de la police nationale. Ces dernières heures, elle a reçu une dizaine d'appels et de SMS de collègues "inquiets". "C'est vraiment mal vécu parce que ça met un coup à la sérénité", regrette-t-elle. Marine Le Pen dit vouloir des fonctionnaires "patriotes", mais "on n'a pas à être patriotes, juste républicains".

Les syndicats appellent les candidats à la présidentielle à "plus de retenue". En 2014, Nicolas Sarkozy avait "déjà comparé la justice française à la Stasi, la police politique de l'ex-RDA, se souvient Virginie Duval. Là, on nous menace de représailles. Maintenant, ça suffit."